C'est une déclaration d'intention qui n'est pas passée inaperçue. Et qui ne manquera sans doute pas de susciter des réactions, alors que l'avenir des activités de l'intercommunale Publifin et de sa filiale Nethys fait l'objet d'âpres discussions politiques depuis plusieurs mois. Pierre Meyers, le président du conseil d'administration de Nethys, voit grand pour le groupe qu'il préside depuis fin mars : "En association avec des entreprises privées de la région, nous devons conjuguer nos forces, et nous avons la capacité, la possibilité et le devoir de devenir, peut-être, progressivement, oserai-je dire sans choquer personne, l'Electrabel des Grands Lacs, voire l'Electrabel de la République démocratique du Congo."
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C'est une déclaration d'intention qui n'est pas passée inaperçue. Et qui ne manquera sans doute pas de susciter des réactions, alors que l'avenir des activités de l'intercommunale Publifin et de sa filiale Nethys fait l'objet d'âpres discussions politiques depuis plusieurs mois. Pierre Meyers, le président du conseil d'administration de Nethys, voit grand pour le groupe qu'il préside depuis fin mars : "En association avec des entreprises privées de la région, nous devons conjuguer nos forces, et nous avons la capacité, la possibilité et le devoir de devenir, peut-être, progressivement, oserai-je dire sans choquer personne, l'Electrabel des Grands Lacs, voire l'Electrabel de la République démocratique du Congo."C'est en ces termes que l'homme d'affaire liégeois s'est exprimé, mardi soir à Liège, lors d'un discours intitulé "Une initiative industrielle publique wallonne pour l'électrification de la RDC: pourquoi cela a beaucoup de sens". Son intervention ponctuait la conférence "Enjeux électriques en République Démocratique du Congo" organisée par l'Association des ingénieurs de Montefiore (AIM) dans les locaux de la Fédération des entreprises de l'industrie technologique (Agoria). Plus de 120 personnes ont assisté à cette soirée mise sur pied à la demande de Nethys, avec son soutien financier et celui de la banque ING.Marc Beyens, responsable du Développement international de Nethys, et Loïc Vanhoutte, ingénieur de la société congolaise STS (partenaire local de Nethys), ont indiqué que leur première centrale hydroélectrique, celle d'Ivugha, au Nord Kivu, sera opérationnelle en décembre. Cette petite centrale d'une puissance annoncée de 2,4 mégawatts devrait être officiellement inaugurée fin janvier 2018. Mais ce n'est qu'un début. Nethys et son partenaire développent actuellement d'autres projets de centrales : Talihya Nord I (10 MW), pour laquelle une route de 20 km est en cours de construction, mais aussi Talihya Nord II (8 MW) et Lohulo II (2,5 MW), opérationnelles dans un "futur proche".Ces trois projets visant la production, le transport et la distribution de courant électrique (via des compteurs prépayés installés chez l'habitant) sont portés par la société congolaise Electricité du Nord Kivu (ENK). Cette dernière regroupe Elicio (filiale de Nethys), STS et la province du Nord Kivu. Pour la centrale d'Ivugha, le montage est similaire à ceci près qu'Elicio est remplacée par Électricité du bassin d'Ivugha (EBI), une SA de droit belge créée en août 2016 par... Elicio et trois hommes forts de Nethys: Stéphane Moreau (CEO), Pierre Meyers (président du CA) et Marc Beyens (Développement international). Suspectant un conflit d'intérêts, la justice a ouvert une instruction judiciaire en mai pour abus de biens sociaux, comme l'a révélé Le Vif/L'Express."STS a, à ce jour, investi 4,5 millions d'euros et nos partenaires belges environ 4,2 millions", nous a glissé Filip Vanhoutte, père de Loïc et patron de STS. Il s'agit, de part et d'autres, d'avances réalisées sur les comptes courants d'actionnaires. Ni Pierre Meyers ni Marc Beyens, les deux actionnaires privés d'EBI qui ont mis la main au portefeuille pour avancer l'argent, n'ont souhaité confirmer ces chiffres. La centrale d'Ivugha aurait coûté 6 millions d'euros, le solde ayant servi à amorcer les autres projets. Le CEO de Nethys, Stéphane Moreau, était le seul actionnaire du projet à ne pas être présent, mardi soir, à la conférence de l'AIM.Maximilien Munga Mibindo, ancien directeur de la Société nationale d'électricité (SNEL) en RDC, a déclaré que son pays était "le moins électrifié du monde", derrière le Bangladesh. En 2012, seuls 9% des Congolais avait accès à l'électricité dans le pays, "mais la situation s'est dégradée depuis", a-t-il ajouté. L'objectif des autorités est d'atteindre, en 2025, une desserte en électricité touchant 60% de la population. L'ex-directeur de la SNEL a conclu en soulignant que "le ministre [congolais] de l'Énergie serait très heureux de nouer un partenariat stratégique avec la Région wallonne" en la matière. L'électrification de la RDC, estime le professeur Damien Ernst (ULiège), est une nécessité humanitaire doublée d'un véritable "eldorado" pour les investisseurs.André Mounif de Proparco, une filiale de l'Agence française de développement, a loué les qualités des projets hydroélectriques développés par ENK. Mais les juristes de Proparco ont décelé "un trou dans la raquette" qui les empêche d'investir dans ces projets: l'absence d'appels d'offre. En effet, la loi congolaise de 2014 relative au secteur de l'électricité est très claire : "Les concessions et les licences sont accordées sur la base d'un appel d'offres conforme aux procédures de passation des marchés publics." Un décret d'application pourrait néanmoins corriger le tir prochainement, et lever ce risque juridique. Mais ce n'est pas le cas actuellement