Qu'est-ce que Nadia Geerts, qui défend une laïcité engagée, et Ihsane Haouach, qui défend à l'inverse la liberté de choix de porter ou non le foulard, ont en commun? Sur le plan des idées, des engagements, des prises de position voilà deux personnes qui se situent aux antipodes l'une de l'autre.

Et pourtant, au-delà des apparences, je ne peux m'empêcher de voir les convergences entre leurs deux expériences.

Ce sont toutes les deux des femmes de convictions, qui s'expriment, qui militent, qui s'engagent, qui agissent. Qui toutes deux s'intéressent à la question de la présence, de la visibilité de la religion, des signes convictionnels en général et du foulard en particulier dans notre société. Et qui toutes deux ont dû faire faire face au cloaque des réseaux sociaux: insultes, menaces, intimidations, pressions, harcèlement...

A la suite d'une publication #JeSuisSamuelPaty, Nadia Geerts a en effet fait l'objet d'une campagne cristallisant tout ce que les réseaux sociaux peuvent véhiculer de plus fétide. Pour Ihsane Haouach, c'est à la suite de sa nomination comme Commissaire de gouvernement au sein du Conseil d'administration de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes que les internautes se sont acharnés sur elle.

Même si les raisons peuvent être multiples, elles n'occupent plus la fonction qu'elles exerçaient: professeure dans une haute école à Bruxelles pour Nadia Geerts, Commissaire de gouvernement pour Ihsane Haouach.

Qu'est-ce qui explique ce torrent de haine? Dans les deux cas, c'est la personne qui est visée, pas ses idées, pas ses opinions.

Si des études et des enquêtes montrent que les femmes font proportionnellement plus l'objet de cyberharcèlement que les hommes, l'expérience empirique chez Unia montre que cela vaut également pour les personnalités publiques. Pour des mêmes propos, des mêmes commentaires, des mêmes actions ce sont les femmes qui vont plus souvent être agressées sur les réseaux sociaux, de manière plus violente, que ce soit en raison de leur origine, de leur couleur de peau, de leurs convictions...

On peut être bien entendu être en désaccord tant avec Nadia Geerts qu'avec Ihsane Haouach. Il est sain et nécessaire de pouvoir contre-argumenter, de formuler des questions, d'apporter des objections, de défendre ses propres idées. Mais jouons la balle, pas la joueuse.

Contre les simplismes et les raccourcis qui caractérisent une certaine pratique des réseaux sociaux, on peut se plonger dans le petit ouvrage de Jean Birnbaum, Le courage de la nuance. A travers quelques figures du XXème siècle, il illustre l'importance de rester en éveil, de ne jamais renoncer à rester lucide et critique, surtout par rapport à son propre camp. Et l'on sait que les algorithmes qui tournent derrière ces réseaux ont tendance à créer des bulles, à promouvoir les expressions les plus extrêmes, à participer à la polarisation plus qu'à la rencontre. Contre le dogmatisme, pratiquer l'honnêteté intellectuelle, garder sa liberté de pensée. Quitte à être perçu comme un dissident, un paria voire même un traitre. Quitte à se voir reprocher de faire le jeu de...

Une figure comme celle de Hervé Hasquin, laïque affirmé et assumé, ancien recteur puis président de l'ULB, parmi bien d'autres titres, n'a pas hésité à exprimer ses réserves sur les limitations et les interdictions générales du foulard, notamment dans l'enseignement, un peu contre son propre camp.

De même, Michaël Privot, islamologue, musulman converti, directeur d'ENAR, le réseau européen des organisations antiracistes, n'a pas hésité à se montrer critique à l'égard d'Ihsane Haouach par rapport à ses propos et son attitude à l'égard des Frères musulmans, alors qu'on aurait pu croire, compte tenu de son profil et de sa fonction, qu'il serait plus naturellement venu à sa défense.

C'est aussi dans cet esprit que Simone Süsskind, ancienne parlementaire, militante infatigable pour les droits humains et la démocratie, a construit le projet des Ambassadeurs de nuance. S'adressant aux jeunes, sur la question du conflit israélo-palestiniens, sujet ô combien polarisé, elle fait le pari de la rencontre, de la réflexion, poussant chacune et chacun à sortir de sa bulle pour entrer dans la complexité de notre monde et pouvoir se l'approprier plutôt que de la rejeter et apprendre à jouer la balle plutôt que le joueur.

Qu'est-ce que Nadia Geerts, qui défend une laïcité engagée, et Ihsane Haouach, qui défend à l'inverse la liberté de choix de porter ou non le foulard, ont en commun? Sur le plan des idées, des engagements, des prises de position voilà deux personnes qui se situent aux antipodes l'une de l'autre. Et pourtant, au-delà des apparences, je ne peux m'empêcher de voir les convergences entre leurs deux expériences.Ce sont toutes les deux des femmes de convictions, qui s'expriment, qui militent, qui s'engagent, qui agissent. Qui toutes deux s'intéressent à la question de la présence, de la visibilité de la religion, des signes convictionnels en général et du foulard en particulier dans notre société. Et qui toutes deux ont dû faire faire face au cloaque des réseaux sociaux: insultes, menaces, intimidations, pressions, harcèlement...A la suite d'une publication #JeSuisSamuelPaty, Nadia Geerts a en effet fait l'objet d'une campagne cristallisant tout ce que les réseaux sociaux peuvent véhiculer de plus fétide. Pour Ihsane Haouach, c'est à la suite de sa nomination comme Commissaire de gouvernement au sein du Conseil d'administration de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes que les internautes se sont acharnés sur elle.Même si les raisons peuvent être multiples, elles n'occupent plus la fonction qu'elles exerçaient: professeure dans une haute école à Bruxelles pour Nadia Geerts, Commissaire de gouvernement pour Ihsane Haouach.Qu'est-ce qui explique ce torrent de haine? Dans les deux cas, c'est la personne qui est visée, pas ses idées, pas ses opinions.Si des études et des enquêtes montrent que les femmes font proportionnellement plus l'objet de cyberharcèlement que les hommes, l'expérience empirique chez Unia montre que cela vaut également pour les personnalités publiques. Pour des mêmes propos, des mêmes commentaires, des mêmes actions ce sont les femmes qui vont plus souvent être agressées sur les réseaux sociaux, de manière plus violente, que ce soit en raison de leur origine, de leur couleur de peau, de leurs convictions... On peut être bien entendu être en désaccord tant avec Nadia Geerts qu'avec Ihsane Haouach. Il est sain et nécessaire de pouvoir contre-argumenter, de formuler des questions, d'apporter des objections, de défendre ses propres idées. Mais jouons la balle, pas la joueuse.Contre les simplismes et les raccourcis qui caractérisent une certaine pratique des réseaux sociaux, on peut se plonger dans le petit ouvrage de Jean Birnbaum, Le courage de la nuance. A travers quelques figures du XXème siècle, il illustre l'importance de rester en éveil, de ne jamais renoncer à rester lucide et critique, surtout par rapport à son propre camp. Et l'on sait que les algorithmes qui tournent derrière ces réseaux ont tendance à créer des bulles, à promouvoir les expressions les plus extrêmes, à participer à la polarisation plus qu'à la rencontre. Contre le dogmatisme, pratiquer l'honnêteté intellectuelle, garder sa liberté de pensée. Quitte à être perçu comme un dissident, un paria voire même un traitre. Quitte à se voir reprocher de faire le jeu de...Une figure comme celle de Hervé Hasquin, laïque affirmé et assumé, ancien recteur puis président de l'ULB, parmi bien d'autres titres, n'a pas hésité à exprimer ses réserves sur les limitations et les interdictions générales du foulard, notamment dans l'enseignement, un peu contre son propre camp.De même, Michaël Privot, islamologue, musulman converti, directeur d'ENAR, le réseau européen des organisations antiracistes, n'a pas hésité à se montrer critique à l'égard d'Ihsane Haouach par rapport à ses propos et son attitude à l'égard des Frères musulmans, alors qu'on aurait pu croire, compte tenu de son profil et de sa fonction, qu'il serait plus naturellement venu à sa défense.C'est aussi dans cet esprit que Simone Süsskind, ancienne parlementaire, militante infatigable pour les droits humains et la démocratie, a construit le projet des Ambassadeurs de nuance. S'adressant aux jeunes, sur la question du conflit israélo-palestiniens, sujet ô combien polarisé, elle fait le pari de la rencontre, de la réflexion, poussant chacune et chacun à sortir de sa bulle pour entrer dans la complexité de notre monde et pouvoir se l'approprier plutôt que de la rejeter et apprendre à jouer la balle plutôt que le joueur.