La dispute se déroule avec la fête du travail du 1er mai, en toile de fond. Lors de son discours, Georges-Louis Bouchez frappe fort sur l'extrême gauche: "Le PTB soutient des régimes dictatoriaux, qui ont réduit les libertés ou qui les suppriment et répriment les opposants politiques, comme au Venezuela et a des positions ambiguës face à des actes criminels au regard des droits de l'homme, par exemple vis-à-vis des populations ouïghoures en Chine.
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La dispute se déroule avec la fête du travail du 1er mai, en toile de fond. Lors de son discours, Georges-Louis Bouchez frappe fort sur l'extrême gauche: "Le PTB soutient des régimes dictatoriaux, qui ont réduit les libertés ou qui les suppriment et répriment les opposants politiques, comme au Venezuela et a des positions ambiguës face à des actes criminels au regard des droits de l'homme, par exemple vis-à-vis des populations ouïghoures en Chine.L'argumentation est facile pour un président libéral. Du pain béni pour sa base.Raoul Hedebouw, figure de proue du PTB, contre-attaque en retour. Il dénonce le soutien du gouvernement fédéral, dont le MR fait partie, à la loi pandémie "liberticide". Et il reproche l'opposition des libéraux à une augmentation salariale digne de ce nom: "lui-même gagne 18 900 euros par mois mais veut bloquer les salaires de l'ensemble des travailleurs".Nouvelle riposte du libéral qui demande à son adversaire de réviser ses classiques en distinguant notamment le salaire brut du salaire net. Match nul, balle au centre, mais les militants des deux camps ont pu s'en donner à coeur joie pour renforcer leurs convictions: l'ascenseur social ou l'élitisme pour le MR, la lutte des classes ou l'égalitarisme pour le PTB.Les invectives entre Georges-Louis Bouchez et Raoul Hedebouw sont récurrentes. En juin de l'année dernière, déjà, ils s'étaient opposés durement - et faut-il le dire de manière stérile - à l'occasion d'une joute télévisée sur LN24.L'objectif, pour les deux protagonistes de cette farce, est évident: le MR tente de rendre le PS invisible et se donne une chance de devenir le premier parti de Belgique francophone - le rêve de toujours. Le PTB, pour sa part, renforce son caractère "chevaleresque" de cette "vraie" gauche qu'il entend incarner, avec une lutte des classes revisitée façon populiste - lui aussi veut dépasser le PS.Inutile de dire que le PS enrage. Contre le PTB, bien sûr, en première instance, qui le déborde sur sa gauche. Laurette Onkelinx, son ancienne cheffe de file au fédéral, sonnait la charge le 1er mai: "Le PTB ne représente pas la classe ouvrière, en ce sens qu'il ne la défend pas autour de la table pour avoir des avancées. (...) Et puis nous avons une définition très différente des libertés. Moi, mon modèle, ce n'est pas la Chine." Et d'ajouter: "Le PTB c'est le ministère de la parole, ils ne font rien concrètement. A un moment donné, la baudruche se dégonflera."Mais les socialistes enragent aussi contre la stratégie libérale et deviennent de plus en plus exaspérés par le comportement de leur président, qui fait feu de tout bois. Quand Paul Magnette, président du PS, choisit trois personnalités à mettre sur le podium lors de l'émission dominicale de RTL-TVI, il place Raoul Hedebouw et omet Georges-Louis Bouchez. Au nom de la convergence des luttes. "Sympa pour des partenaires des différents gouvernements. Jolie cohésion...", souligne l'ancien ministre MR Philippe Goffin, pourtant pas le plus déchaîné des libéraux. "Parlons de cohésion à ce même président du MR...", riposte Hervé Rigot, député fédéral PS.MR et PS sont partenaires de majorités, mais ils se cherchent en permanence. Sur le fond, le PS soutient les demandes de revalorisation salariale, le MR rappelle les engagements de l'accord de gouvernement, notamment. sur la forme, ils y vont gaiement. Quand Paul Magnette défend Jean-Charles Luperto, député-bourgmestre condamné pour outrage aux moeurs, ce sont les libéraux qui épinglent son incohérence. Quand un élu communal MR participe à La Boum 2 du Bois de La Cambre en disciple de Trump, ce sont les socialistes qui ne manquent pas de dénoncer la dérive.Ce sont des manières de se positionner, de part et d'autres: les vice-Premiers du gouvernement fédéral, Sophie Wilmès (MR) et Pierre-Yves Dermagne (PS), restent davantage dans la conciliation. Pour le PS, c'est aussi une manière de rester dans le jeu à gauche, en montrant un visage combatif.Mais dans cette triangulation de la lutte, c'est sans aucun doute le parti de Paul Magnette qui a le plus à perdre.