La recomposition du paysage politique francophone est un sujet récurrent, même si rien ne bouge de façon très fondamentale depuis des années, mis à part l'explosion d'un vieux parti revisité, le PTB.
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La recomposition du paysage politique francophone est un sujet récurrent, même si rien ne bouge de façon très fondamentale depuis des années, mis à part l'explosion d'un vieux parti revisité, le PTB. De façon sporadique, et ce jeudi encore, on en reparle avec les souhaits exprimés ça et là de rapprocher CDH et DéFI dans un mouvement du centre, sur fond d'initiatives parlementaires communes, ou, désormais, le rêve cultivé par certains de réveiller l'alliance MR-DéFI.Avec quelles chances de succès? Très minces. En Belgique francophone, le "conservatisme" est globalement de mise. Les greffes citoyennes inspirées par le mouvement En Marche d'Emmanuel Macron en France n'ont pas pris - et leurs initiateurs ont déchanté. La tentative de créer une plateforme politique transcendant les partis, baptisée eChange, a échoué. Dans tous ces cas de figure, des personnalités de plusieurs partisagissaient en coulisses. La droite extrême du Parti populaire a patiné sur place. Les voix se dispersent, mais entre les formations existantes. Alors qu'en Flandre, par exemple, la N-VA a explosé au départ d'une recomposition du paysage nationaliste.Les regroupements tentés par le MR, pour "déplacer le centre de gravité" et remplacer le PS en tant que premier parti, ont émaillé les débats durant trois décennies. Avec des résultats à la clé, c'est vrai, le PRL d'antan s'est associé au FDF d'antan et au MCC (Mouvement des citoyens pour le changement) de Gérard Deprez. Mais le vote de la sixième réforme de l'Etat, en 2011, a fait éclater le cartel et, depuis, les partis se regardent avec une hostilité certaine - même si cela s'est apaisé - sur fond de querelles financières devant les tribunaux.Certains, singulièrement à Bruxelles, cultivent l'espoir de réveiller cette fédération. La Libre s'en fait l'écho ce jeudi matin. "Concrètement, ces dernières semaines, des contacts ont été pris tous azimuts avec des personnalités amarante, souligne le quotidien. Il semble que plusieurs d'entre elles laissent la porte ouverte à la reconstruction d'une solidarité entre les deux partis en vue des élections générales de 2024.""En additionnant les scores du MR et de Défi cela en ferait de loin la principale dynamique politique au parlement bruxellois et cela permettrait de peser sur toute une série d'orientations économiques, de bonne gestion ou de mobilité afin de changer de cap", soutient l'avocat Etienne Dujardin, conseiller communal à Woluwe-Saint-Pierre et chroniqueur au ton très décomplexé. Objectif : renforcer le poids libéral et, accessoirement, mettre par terre l'actuelle majorité régionale PS-Ecolo-DéFI.Georges-Louis Bouchez, président du MR, ne cache pas, pour sa part, sa volonté d'oeuvrer à une recompositon du paysage politique francophone, sur le modèle de Mons en mieux avec certains CDH et transfuges d'autres partis. Mais au niveau régional, rien de concret pour l'instant ;Dans La Libre, le chef du parti amarante, François De Smet, confirme que les relations avec le MR se sont réchaufées. Mais il rejette l'idée d'un retour au vieux cartel : "Défi est équidistant vis-à-vis de toutes les formations. Il n'y a pas de discussions de ce genre en cours." Sophie Rohonyi, l'autre députée fédérale DéFI, est encore plus claire : "En fait. Que certains au CdH ou au MR rêvent d'un cartel avec DéFI, c'est plutôt flatteur. Mais NON merci. Notre progressisme, notre défense de la laïcité et des minorités ou encore le respect de nos engagements font et feront notre singularité." "Démocrates, Fédéralistes et... Indépendants", a appuyé le président François De Smet en relayant son message..La discussion se greffe sur des débats internes au deux formations politiques. La présidence de Georges-Louis Bouchez, au MR, avait été contestée lors de la composition des castings ministériels, à l'automne. Le ton très ferme qu'il utilise dans certains dossiers - à l'image du "racailles" employé dans le cadre des violences contre la police à Liège - rebute certains tant il serait l'illustration d'une "droite conservatrice" (terme utilisé par le chroniqueur Alain Gerlache, qui fut notamment l'ancien porte-parole du libéral flamand, Guy Verhofstadt, sur la RTBF).Quant à DéFI, les difficultés pour le parti de s'implanter en Wallonie génèrent des mini-crises locales à répétition. Une affaire, révélée par La DH Namur-Luxembourg, a fait grand bruit à Sambreville. Deux élus Défi de la commune, Monique Félix, pionnière de l'implantation du parti en Wallonie et Philippe Kerbush, ont été sommés de rendre leur mandat au parti. La décision a été prise par les instances fédérales du parti et donc validée par l'actuel président de Défi, François De Smet. Elle a fait bondir son prédécesseur, l'emblématique Olivier Maingain, président durant 24 ans. "Je tire la sonnette d'alarme contre un débandade générale", exprimait-il dans le quotidien ce jeudi matin. "Cette affaire est révélatrice d'un problème plus large, ajoute-t-il. J'observe un malaise qui s'installe dans certaines sections locales de Défi et auprès de certains mandataires."De là à considérer que les humeurs internes à l'un ou l'autre parti pourraient provoquer une recomposition plus générale, il y a un pas... Si de telles alliances structurelles étaient vraiment en gestation, cela ne se crierait sans doute pas sur tous les tois.