"Stéphane Moreau n'est pas mon ami. Mais ce qu'il a fait est extraordinaire. C'est un génie." En septembre 2019, sur la chaîne d'infos en continu LN24, François Fornieri est sommé de s'expliquer sur la vente secrète, quatre mois plus tôt, par Nethys, de sa filiale informatique Win à... François Fornieri, administrateur de Nethys. Une vente sans mise en concurrence, pour un prix sacrifié, et à l'insu des actionnaires publics de la maison mère Enodia (ex-Publifin). L'info est sortie quelques jours plus tôt dans Le Soir et empeste le renfermé d'une salle de réunion de laquelle, bien sûr, les administrateurs Fornieri et Moreau sont sortis prendre l'air au moment du vote, vu leur flagrant conflit d'intérêts. Car Stéphane Moreau est dans la combine : il est administrateur délégué et doit devenir actionnaire d'Ardentia Tech, la holding créée par Fornieri pour racheter Win à prix cassé. Même scénario pour la vente de la filiale Elicio pour deux euros symboliques, ce que d'aucuns ont qualifié de "casse du siècle".
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"Stéphane Moreau n'est pas mon ami. Mais ce qu'il a fait est extraordinaire. C'est un génie." En septembre 2019, sur la chaîne d'infos en continu LN24, François Fornieri est sommé de s'expliquer sur la vente secrète, quatre mois plus tôt, par Nethys, de sa filiale informatique Win à... François Fornieri, administrateur de Nethys. Une vente sans mise en concurrence, pour un prix sacrifié, et à l'insu des actionnaires publics de la maison mère Enodia (ex-Publifin). L'info est sortie quelques jours plus tôt dans Le Soir et empeste le renfermé d'une salle de réunion de laquelle, bien sûr, les administrateurs Fornieri et Moreau sont sortis prendre l'air au moment du vote, vu leur flagrant conflit d'intérêts. Car Stéphane Moreau est dans la combine : il est administrateur délégué et doit devenir actionnaire d'Ardentia Tech, la holding créée par Fornieri pour racheter Win à prix cassé. Même scénario pour la vente de la filiale Elicio pour deux euros symboliques, ce que d'aucuns ont qualifié de "casse du siècle".Alors, amis ? Pas amis ? Peu importe, ils sont en tout cas très proches. Car il en faut, de la confiance mutuelle, pour échafauder et réaliser des opérations aussi périlleuses, à la légalité douteuse. Si le secret n'avait pas été éventé, les deux hommes auraient pour la première fois été partenaires en affaires, coactionnaires de deux anciens bijoux de famille de Nethys. Moreau n'est pas un entrepreneur dans l'âme. Fornieri, si. Moreau s'est enrichi dans l'ombre en construisant un groupe avec des deniers publics sans prendre de risque financier personnel. Fornieri a bâti sa fortune dans le secteur privé, au culot, à l'esbroufe, dopé aux subsides publics, sous la lumière des médias. Ces deux-là sont en fait les deux faces d'une même médaille, dont le métal trempe ses racines dans le monde ouvrier. A Ans pour Moreau, dans les pas d'un grand-père cheminot. A Ougrée pour Fornieri, sur les traces d'un papa sidérurgiste. Ambitieux, déterminés, opportunistes, rusés, ces deux Rastignac des bords de Meuse emprunteront rapidement l'ascenseur social pour contourner les règles du déterminisme. Puis bien d'autres... Et, ces dernières années, ils n'ont eu de cesse de se renvoyer cet ascenseur en mettant les deniers publics au service de leurs ambitions respectives. Quand Fornieri rejoint Mithra en 2001, deux ans après la création de la spin-off de l'université de Liège avec du capital de Meusinvest, Stéphane Moreau est administrateur de l'invest liégeois depuis plusieurs années. Via notamment son ami Lucien D'Onofrio qui est proche de Michel Daerden, Fornieri croisera Moreau à plusieurs reprises mais leurs trajectoires sont différentes : le second est happé par la politique et les affaires dans le secteur public, alors que le premier incarne le renouveau du secteur privé wallon. Mais un homme les a pris tous les deux sous son aile : Jean-Claude Marcourt, alors ministre (PS) wallon de l'Economie. C'est ce dernier, dit-on, qui a rapproché les deux hommes, qui a cristallisé leur relation, jusque-là flottante. C'était au printemps 2014. La trésorerie de Mithra est dans le rouge. Il faut renflouer les caisses très rapidement, sans quoi la société va devoir solliciter une procédure de réorganisation judiciaire, l'antichambre de la faillite. Or, dans deux mois se tiennent les élections régionales, fédérales et européennes du 25 mai. Si Mithra tombe en faillite, c'est un symbole du plan Marshall si cher à Marcourt qui s'écroule. Une calamité pour le PS et le renouveau de la Wallonie. Mis au parfum, Jean-Claude Marcourt empoigne son téléphone. Très vite, ING accorde à Mithra un crédit à court terme de deux millions d'euros garanti par Meusinvest, qui investit aussi 7,7 millions. La SRIW, bras financier de la Région wallonne, en prête dix. Et, surtout, Stéphane Moreau injecte au capital de la spin-off dix millions d'euros du fonds de pension Ogeo Fund, dont il est le big boss. Mithra est sauvée. Fornieri et Marcourt respirent. Moreau boit du petit lait et attend, patiemment, les retours d'ascenseur. Fin 2016 éclate le scandale des "comités de secteur" au sein de l'intercommunale Publifin, où des élus locaux sont payés jusqu'à 500 euros la minute pour ne rien faire ou presque. Déstabilisé par l'ouragan qui emporte Claude Parmentier début 2017, Moreau se tourne vers Fornieri pour le remplacer au conseil d'administration de Nethys. Pilier de l'intercommunale Publifin et administrateur chez Nethys grassement rémunéré, Parmentier était aussi le chef de cabinet adjoint du ministre de tutelle Paul Furlan : soit le contrôleur payé par l'instance qu'il était censé contrôler. Le 16 janvier à 22h52, deux heures après les révélations du Vif, il présente sa démission à Paul Furlan et lâche ses mandats chez Publifin.Alors, pourquoi Fornieri ? Parce que les deux hommes se sont rapprochés depuis le sauvetage de Mithra. Quarante-huit heures après la démission de Parmentier, Stéphane Moreau, sous pression depuis des semaines, fait un malaise cardiaque. Mis au repos forcé, c'est dans la villa ultrasécurisée de François Fornieri, à Rocourt, qu'il va passer quelques jours en convalescence et ce, dans le plus grand secret. Une villa protégée 24h/24 par la société de sécurité et de gardiennage Protection Unit dont Fornieri est actionnaire depuis 2014. Et qui a raflé le contrat de surveillance de tous les bâtiments du groupe Nethys à la même époque. Fin mars 2017, via sa société de management Yima, Fornieri devient donc administrateur chez Nethys en remplacement de Parmentier. Il est également bombardé président du comité de nomination et de rémunération (CNR) - le mandat de trop qui a aujourd'hui propulsé le patron de Mithra, celui de Nethys, et deux autres dirigeants, en détention préventive...