D'ici à 2025, l'emploi devrait y croître en raison des nombreux chantiers en cours et à venir. D'une part, après les multiples plans d'investissement et de relance gouvernementaux (plan Infrastructures, plan Hôpitaux, plan de Rénovation énergétique, plans de relance post-Covid et reconstruction postinondations...) et, d'autre part, compte tenu de l'augmentation du nombre des constructions et rénovations résidentielles.
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D'ici à 2025, l'emploi devrait y croître en raison des nombreux chantiers en cours et à venir. D'une part, après les multiples plans d'investissement et de relance gouvernementaux (plan Infrastructures, plan Hôpitaux, plan de Rénovation énergétique, plans de relance post-Covid et reconstruction postinondations...) et, d'autre part, compte tenu de l'augmentation du nombre des constructions et rénovations résidentielles. "En Wallonie, on dénombre actuellement 7 000 postes vacants dans la construction, note Francis Carnoy, directeur général de la Confédération construction wallonne (CCW), même si le site du Forem n'en renseigne que 3 000, car de nombreuses offres sont diffusées par d'autres canaux. Dans le secteur, il existe quarante métiers, majoritairement ouvriers, mais on y recrute aussi des employés. Ce chiffre pourrait croître jusqu'à 10 000 voire 20 000 travailleurs à cause de tous les plans de relance. Si tout se déroule comme prévu, la situation s'aggravera encore. Le taux de vacance dans le secteur est de 8%, contre 4% pour le taux wallon moyen tous secteurs confondus." Comme ailleurs, les entreprises de la construction souffrent du vieillissement et du problème de remplacement des générations précédentes. "La tendance générale à valoriser les métiers en col blanc et à discréditer les métiers techniques et manuels n'arrange rien, regrette Francis Carnoy. Cette mauvaise image repose sur des clichés injustifiés du siècle dernier, voire du précédent. Les ouvriers de la construction sont les mieux payés, après ceux de la chimie. De plus, les conditions de travail et de sécurité sont fortement réglementées et des outils technologiques tels que les drones et les tablettes facilitent le travail et en diminuent la pénibilité." Avec l'aide des syndicats et le soutien du gouvernement, la CCW a lancé la campagne "Je construis mon avenir" pour démontrer aux jeunes les différents avantages d'une carrière dans le secteur. Elle s'adresse aussi aux femmes. "Dans la peinture, la décoration, l'électricité, c'est l'intelligence des mains qui compte, pas les biceps. Ces métiers ne connaissent pas les distinctions de genre. Nous visons aussi les personnes en procédure de demande d'asile. Ce sont souvent des jeunes hommes de 15 à 25 ans qui ont traversé la mer en bateau et ne demandent qu'à travailler. Ce sont des professions qui nécessitent l'intelligence de la main, mais aussi l'intelligence tout court. Nous avons besoin de jeunes compétents. Bien sûr qu'il faut y être formé, mais les connaissances approfondies s'acquièrent sur le tas, avec les collègues. Aucune école ne pourra enseigner ça." > Lire aussi: Métiers en pénurie: quelles sont les causes et comment y remédier?Francis Carnoy souligne aussi le piège à l'emploi que constitue le différentiel entre revenus de remplacement et premiers salaires. "Avant, il y avait pénurie de jobs par rapport au nombre de demandeurs d'emploi. Aujourd'hui, il y a un déficit de travailleurs ou de candidats à l'emploi qualifiés. Pour augmenter le taux d'emploi à 80% et ramener au travail ceux qui ont quitté le marché depuis longtemps, il faut créer des incitants financiers. Le revenu du premier job doit être largement supérieur à celui du chômage. Le premier salaire pourrait, par exemple, être cumulé avec 25% de l'allocation de remplacement. Il faut aussi des incitants à se former aux métiers en pénurie. Le gouvernement wallon a annoncé une prime de deux mille euros pour les travailleurs qui intègrent le secteur ou entament une formation, mais elle n'est pas encore opérationnelle. Il y a aussi l'intervention dans le coût de l'examen du permis de conduire et, pour cette année scolaire, les patrons augmenteront de cent euros par mois la rétribution d'un jeune qui entame une formation en alternance, tant dans l'enseignement (Cefa) qu'à l'IFAPME. Toutes ces primes devraient être défiscalisées et immunisées!" Le secteur de la construction couvre une large palette de métiers et fonctions. Il existe de nombreuses possibilités d'emploi en Wallonie, diffusées à travers des canaux multiples tels que le Forem, les journaux, les sites Internet des entreprises, les réseaux sociaux, les agences de travail temporaire. Le bouche-à-oreille et les candidatures spontanées prédominent néanmoins comme pratiques de recrutement. L'Office de l'emploi ne gère donc qu'une partie des opportunités disponibles. > Lire aussi: La sacrée paire de Mélanie Geelkens: Sophie Wilmès voudrait-elle devenir carreleuse, peut-être ? (chronique)A Bruxelles, le secteur bénéficiera bientôt d'un nouveau pôle formation emploi (PFE) appelé Construcity.brussels. Il regroupera les acteurs de la formation, de l'emploi et le secteur de la construction. "Nous le savons, le secteur passe encore peu par Actiris pour recruter, admet Selin Salün, porte-parole de Bruxelles Formation. C'est tout l'enjeu de Construcity, où l'on travaillera main dans la main pour capter l'ensemble des offres et anticiper les besoins à moyen terme. La stratégie "Rénolution" du gouvernement doit se traduire par de l'emploi pour les Bruxellois et les Bruxelloises. En 2020, nous avons formé 724 stagiaires dans ces métiers. Le domaine de la construction figure d'ailleurs sur le podium des formations qualifiantes, derrière le numérique et le management.""Une partie des gens que l'on a dû mettre au chômage pendant de longs mois à cause de la Covid s'est tournée vers d'autres activités et hésite à revenir dans l'Horeca", constate Patrick Triest, restaurateur à Bruxelles (Le Guignol et Charlu). C'est un dommage collatéral important de la crise: certains ont dû quitter le secteur contre leur volonté mais ont découvert ailleurs des salaires acceptables avec des horaires moins difficiles à gérer. Conséquence: l'Horeca, qui reprend, a toutes les peines à recruter. Le métier de cuisinier était déjà considéré en pénurie structurelle par le Forem. Celui de serveur est vu comme une fonction critique conjoncturelle. D'après les avis recueillis, les tensions de recrutement pour ces deux métiers semblent à la fois liées à un manque de candidatures et à une inadéquation entre les profils et les besoins des entreprises de restauration. Ce serait principalement l'expérience des candidats qui paraît insuffisante. Une faible maîtrise des langues étrangères dans les régions touristiques et/ou le bilinguisme français-néerlandais constitue également un frein à l'embauche des serveurs. De plus, les horaires de travail et le difficile équilibre entre vies professionnelle et privée sont souvent des éléments qui découragent. Ces difficultés préexistaient aux crises sanitaire et économique liées à la Covid-19. Néanmoins, elle semble les avoir accentuées et a conduit certains professionnels à se réorienter, notamment dans la grande distribution ou la logistique. > Lire aussi: "Il y a 150 métiers en pénurie, ne me dites pas qu'il n'y en a aucun qui vous intéresse"En Région bruxelloise, pour les métiers de l'Horeca, Bruxelles Formation propose des apprentissages qualifiants en partenariat avec de nombreux organismes d'insertion socioprofessionnelle, mais aussi des formations plus courtes telles que barman, cuisinier, premier chef de rang, premier commis, garçon de restaurant, serveuse, réceptionniste d'hôtel, en collaboration avec Horeca forma Be pro, le centre de référence professionnelle pour le secteur. Vu la demande, elles devraient déboucher facilement sur un job. A Bruxelles, il existe une pénurie structurelle d'instituteurs primaires et d'enseignants pour le secondaire dans les branches scientifiques (sciences exactes et mathématiques) et les langues germaniques. La difficulté à trouver des instituteurs est un problème récurrent que connaissent de nombreuses écoles. Certains, en poste, renoncent avant la retraite. Le manque cause une charge de travail supplémentaire pour les enseignants présents, engendrant à son tour usure et absentéisme. "Pour pallier le déficit d'enseignants, une solution serait de rendre le métier plus attractif, peut-on lire dans l'analyse 2019 d'Actiris. [...] Il n'est plus rare qu'un jeune diplômé accumule trois à cinq ans de contrats de remplacement, de mi-temps, voire de quart-temps, avant de devenir titulaire de sa classe et plus encore d'être nommé à titre définitif. En 2013, une étude de l'UCLouvain mettait en évidence que 20% des jeunes diplômés quittaient l'enseignement au cours des cinq premières années faute de perspectives de valorisation à moyen terme." Les abandons en début de carrière, conséquence d'horaires incomplets ou trop éparpillés, d'absence de perspectives quant aux possibilités de stabilisation, d'insécurité dans l'emploi, de manque d'encadrement des directions touchent également les profs du secondaire.Par ailleurs, , dès 2022, les études supérieures des instituteurs du primaire et du maternel pourraient passer de trois à quatre ans, comme c'était déjà le cas dans la plupart des pays européens. "Enfin, l'un des défis majeurs que la Région bruxelloise a à relever est celui de l'essor démographique", lit-on dans le même document. L'accroissement de la population bruxelloise et son rajeunissement nécessiteront la création de 18 000 places supplémentaires dans l'enseignement fondamental d'ici à 2024, ce qui aggravera encore la pénurie d'enseignants. > Lire aussi: Les métiers en pénurie ne font pas rêver les jeunes WallonsLa Formation professionnelle individuelle en établissement d'enseignement (FPIEE) donne la possibilité aux chercheurs d'emploi de suivre un cycle complet d'études pour les métiers d'infirmier ou d'enseignant (dans le primaire ou le secondaire inférieur) dans une école bruxelloise. Cette mesure, lancée en 2013 pour le métier d'infirmier, s'est élargie par la suite au métier d'instituteur primaire. En 2020, elle était également élargie au métier d'enseignant dans le secondaire inférieur et plus précisément, pour les matières suivantes: langues germaniques, français, mathématique, sciences, géographie, histoire, sciences sociales, sciences économiques et cours techniques. Il n'existe actuellement plus de dispositif équivalent en Wallonie. Les PME et les TPE représentent 96% des entreprises wallonnes et sont généralement en recherche permanente de personnel polyvalent et motivé. En boucherie comme en boulangerie-pâtisserie, les candidats manquent pour ces fonctions "qui se caractérisent par des horaires, une pénibilité ou des statuts qui n'incitent pas les chercheurs d'emploi à s'y engager ou à y rester", peut-on lire dans l'analyse 2019 d'Actiris. Pour Albert Denoncin, président de la Fédération francophone de la boulangerie, pâtisserie, glacerie, confiserie, chocolaterie, "la polyvalence est un élément indispensable et nécessaire dans l'organisation du travail de boulanger-pâtissier. Or, actuellement, la plupart des formations répondent aux attentes des grandes entreprises et non à la réalité des PME-TPE. Dans les petites entreprises, il est indispensable d'être pétrisseur, ouvrier de banc, fournier, de pouvoir dresser à la poche, d'être capable de donner des tours au feuilleté, de réaliser des compositions diverses de pâtisserie... La polyvalence est nécessaire car lorsque la pâte se pétrit, on ne regarde pas tourner le pétrin. Pendant qu'elle lève, qu'elle est au repos ou qu'elle cuit, on ne reste pas les bras croisés. On réalise, par exemple, la crème pâtissière, on fouette la crème fraîche, on fabrique la pâte à choux, on décore un gâteau, etc. Dans les grandes entreprises, c'est une production à la chaîne et chacun a son rôle: la personne qui est occupée au four s'occupe uniquement du four, la personne qui fourre les éclairs le fait durant toutes ses heures de prestation." Albert Denoncin constate que les formations en boulangerie-pâtisserie ont beaucoup de succès, mais que seuls 10% des personnes les ayant suivies restent dans le métier. Des confrères et consoeurs l'appellent plusieurs fois par jour pour savoir s'il connaît des personnes disponibles pour travailler. "A défaut, ils sont contraints de fermer leur boutique un jour de plus par semaine." Philippe Bouillon, coprésident de la Fédération nationale des bouchers de Belgique, ajoute qu'"en boucherie aussi, la pénurie de personnel qualifié est énorme. Grandes surfaces et artisans recrutent à tour de bras, mais ce secteur ne bénéficie pas de la même aura glamour que l'artisan boulanger. Il n'existe pas de Top Butcher à la télé! Aujourd'hui, la reprise d'entreprise est de l'ordre d'une sur dix. Etre patron nécessite de connaître au moins une deuxième langue, de maîtriser les réseaux sociaux, la gestion, la découpe... Pendant vingt ans, on a arrêté de former l'élite en mettant fin à l'enseignement technique de qualification. Dans les années 2000, le ministre de l'Enseignement a décidé que ces études n'étaient plus nécessaires en boucherie et boulangerie. Depuis trois ans, un cursus technique a été remis en oeuvre en 4e, 5e et 6e secondaires. Il a fallu se battre pour obtenir cela." Bien avant la crise sanitaire, le secteur des soins de santé subissait l'hémorragie d'infirmier(e)s parti(e)s vers d'autres horizons en raison de conditions de travail pénibles et de salaires jugés trop bas. La pression exercée par la Covid-19 sur les hôpitaux et le secteur des soins a encore aggravé la situation en épuisant le personnel infirmier, alors que le vieillissement de la population augmente les besoins. Dès 2000, les partenaires sociaux et les ministres concernés se préoccupaient de la grave pénurie d'infirmiers et d'infirmières et élaboraient un projet de formation en art infirmier, approuvé dans le cadre d'un plan pluriannuel pour le secteur de la santé. Ce projet, connu comme le "Projet 600" et confié au Fonds intersectoriel des services de santé (FINSS), permet aux travailleurs des secteurs de la commission paritaire des établissements et services de santé (CP 330) de suivre la formation de bachelier en art infirmier en maximum quatre ans, le brevet en art infirmier en maximum trois ans et demi et la formation d'aide-soignant(e) en un an. Cette dernière enregistrait 430 nouvelles inscriptions en 2020 et plus de mille personnes y sont actuellement inscrites. Christine Van Dam, responsable de projet (FINSS) au sein de l'asbl FeBi, mentionne aussi l'initiative "#choisislessoins". Accessible à toute personne qui travaille dans un autre secteur que la CP 330, elle forme aides-soignant(e)s et infirmier(e)s depuis septembre 2021. "Nous avons presque 450 personnes inscrites, issues de tous les secteurs: magasins, ouvriers, employés, administrations, secteurs public et privé, les gens viennent de partout. Un tiers d'entre eux obtiendra le bachelier, un tiers sera breveté et un tiers deviendra aide-soignant. Ce sont des cours du jour à temps plein, du lundi au vendredi, de septembre à juin. Les personnes signent un contrat avec un employeur de la CP 330 et reçoivent un salaire du 1er au dernier jour scolaire. Elles travaillent pendant les mois d'été tout en ayant droit à leurs congés payés. Au cours de leur formation, elles feront au moins un stage chez l'employeur contractuel." > Lire aussi: Pénurie de personnel soignant dans les hôpitaux: la relève ne sera pas assuréeIl existe encore une Formation professionnelle individuelle en établissement d'enseignement (FPIEE) et les projets Tremplin vers l'art infirmier (hors FINSS) et Tremplin vers l'aide-soignant pour les maisons de repos. Enfin, avec le projet pilote IntegraSoins, l'asbl FeBi veut offrir la possibilité à des réfugiés reconnus ayant de l'expérience dans le secteur des soins, de se former en tant qu'aide-soignant ou en art infirmier, par le biais d'un emploi dans un des secteurs de la CP 330. Une vingtaine de personnes sont inscrites dans le projet qui a démarré en mars 2020, la semaine même où la crise sanitaire débutait...