Osons le dire : on s'en fout ! C'est sans doute une position à contre-courant de ce que disent les acteurs judiciaires et les médias, mais c'est la seule réaction digne dans cette affaire.

Expliquons-nous. Il n'est pas contesté que c'est le policier qui a tiré une balle qui a atteint la petite fille en pleine tête. Le policier a refait le geste fatal lors de la reconstitution et c'est la balle qui a tué l'enfant. Aucun doute là-dessus.

Le fait que cette reconstitution se fasse un et demi après les faits pose question. En effet, il ne faut pas être un expert dans les mécanismes de la mémoire pour se rendre compte que la fiabilité d'une reconstitution diminue avec le temps et les souvenirs des différents intervenants.

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps? La juge d'instruction répondra certainement que c'est parce que l'extradition du "chauffeur" a mis du temps. Or cette reconstitution aurait pu avoir lieu sans lui. Il nie qu'il était au volant au moment de la course poursuite. Il ne peut dès lors pas refaire les gestes qui ont été décisifs ce 17 mai 2018.

Sa présence ne change rien à la version du policier. Et cette version consiste à dire "j'ai voulu tirer dans le pneu et suite à une violente embardée de la camionnette, mon tir a été dévié."

Ces collègues confirment la "violente embardée", tous en utilisant le même terme, ce qui laisse perplexe et sous-entend que la version a été discutée et approuvée en groupe. C'est d'autant plus étonnant que ce sont les mêmes collègues qui affirmaient au début de l'enquête que la petite fille n'était pas morte par balle.

La stratégie politico-judiciaire est donc de prétendre que le chauffeur de la camionnette serait co-auteur de l'homicide puisqu'il a fait une embardée. Le policier ne serait donc qu'à moitié, voir pas fautif du tout.

Pourtant, il est évident qu'on ne peut pas tirer sur un véhicule en marche, même sur les pneus. Un policier ne peut pas causer un accident de la route dans le seul but d'arrêter des migrants.

Le policier avait armé son révolver et enclenché la balle. Son intention de tirer est incontestable. La faute est indiscutable.

L'autre chauffeur - celui du véhicule de police - lui n'a jamais parlé d'embardée violente. Son véhicule n'est d'ailleurs pas endommagé, la camionnette non plus. Il n'y a eu aucun contact entre la camionnette et la voiture de police.

L'hypothèse du tir dévié n'est absolument pas démontrée.

Rappelons et rappelons encore et encore : il ne fallait pas tirer!

Qu'elle qu'ait été la conduite du chauffeur de la camionnette et qui que soit ce chauffeur, cela ne change strictement rien à la faute impardonnable commise par le policier. ll a tiré sur un véhicule surchargé de victimes de la traite et a tué une enfant de deux ans.

Le policier n'est pourtant toujours pas inculpé. Nous le dénoncions déjà depuis plus d'un an et nous le dénonçons encore.

Les questions sur l'identité réelle du chauffeur ne sont que de nouvelles manières de tenter d'évacuer deux questions centrales : un policier dont les ordres étaient d'arrêter les migrants a tué une petite fille, a-t-il commis une faute pénale en tirant? Notre politique migratoire est-elle criminelle?

Selon le Comité Mawda - Vérité et Justice, les réponses à ces deux questions sont OUI.

Comité Mawda - Vérité et Justice