Le gouvernement fédéral et les entités fédérées se sont engagés le 24 avril, à l'issue du Conseil national de Sécurité, à mettre en place une stratégie commune garantissant à chaque citoyen de recevoir un masque en tissu couvrant la bouche et le nez, et répondant à une norme de qualité. La Défense a été chargée le 27 avril de réaliser le marché public pour concrétiser cet engagement.
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Le gouvernement fédéral et les entités fédérées se sont engagés le 24 avril, à l'issue du Conseil national de Sécurité, à mettre en place une stratégie commune garantissant à chaque citoyen de recevoir un masque en tissu couvrant la bouche et le nez, et répondant à une norme de qualité. La Défense a été chargée le 27 avril de réaliser le marché public pour concrétiser cet engagement. Une trentaine d'entreprises ont remis une offre. Deux ont été retenues, Tweeds&Cottons, société gantoise, et Avrox, basée au Luxembourg. La première doit livrer 3 millions de masques buccaux, la deuxième 15 millions d'ici le 24 mai. Une commande estimée au total à 45 millions d'euros.Mais la deuxième société choisie, qui doit donc fournir la majorité des masques, pose question : elle inconnue dans le secteur textile et il est difficile de trouver des informations concrètes la concernant. Selon des renseignements disponibles sur internet, elle est spécialisée dans le transport, mais aucun numéro de téléphone ou site internet ne sont mentionnés.Ce choix a créé des remous ces derniers jours, particulièrement dans le secteur belge du textile, qui estime être le mieux qualifié en la matière. La fédération des marques et fabricants de vêtements Creamoda se pose des questions et qualifie la société de "boîte aux lettres". Elle parle de "gifle" pour le secteur alors que deux mois de concertation ont eu lieu avec les autorités pour la confection des masques avant que la Défense ne se voie confier le marché. Avrox est "un bureau comptable, refuge de sociétés boîtes aux lettres sans personnel, sans réelle activité", précise Le Soir. À sa tête, deux hommes : Hamzeh Talhouni, riche héritier jordanien passionné de cinéma et de yachts, et Laurent Hericord, ex-restaurateur cannois. En résumé : pas des spécialistes de masques au premier abord. Pour séduire la Défense, un troisième protagoniste, au profil multiple, s'ajoute à cet étonnant duo: Brice Erniquin, collaborateur d'une société de gestion des risques suisse, partenaire de sociétés d'import-export et agent de joueurs agréé par la Fédération luxembourgeoise de football, selon son profil Linkedin. Un homme mystérieux qui préfère, semble-t-il, rester dans l'ombre : le député N-VA Michael Freilich, qui suit le dossier de près, a tenté de le contacter, en vain. Son profil Linkedin a par ailleurs été supprimé entre-temps. Nos confrères du Soir et du Standaard ont également fait chou blanc. C'est le ministère de la Défense qui a été chargé par le gouvernement fédéral de commander ces masques. Interrogé par de nombreux députés, le ministre de la Défense Philippe Goffin a défendu le choix des deux entreprises finalement retenues. Concernant Creamoda, il explique pourquoi elle a été écartée : elle ne pouvait fournir que 1,2 million de masques dans les délais impartis, indique De Standaard. Le député fédéral N-VA Michael Freilich s'étonne notamment de ne pas avoir accès à des informations détaillées concernant ce dossier, mais uniquement un dossier "mince" et a priori incomplet. Mais le ministre de la Défense persiste. S'il avoue qu'il n'y a pas eu de scanning des actionnaires d'Avrox car "ce n'est pas prévu dans les règles des marchés publics", il assure que la société a fourni tous les documents exigés. La société a, selon le ministre, également fourni un million de masques à un autre pays. Jusqu'à présent, "rien n'indique qu'ils ne sont pas en mesure de remplir leurs obligations." Philippe Goffin défend également la procédure et les précautions prises par le gouvernement dans l'achat de ces masques. Des diplomates belges en poste au Vietnam et à Hong Kong se sont rendus dans les usines qui produiront les masques en question, a-t-il assuré à la RTBF. "Il n'est pas anormal qu'une société luxembourgeoise remette une offre." Plusieurs critères devaient être remplis dont celui de satisfaire à une norme de qualité et de pouvoir livrer une très grande quantité en un temps très court, sans compter le prix. "La plupart des firmes qui ont remis un prix proposaient des masques fabriqués à l'étranger, sauf pour des quantités trop limitées."Des échantillons ont été envoyés et devraient arriver sous peu. Un test aura lieu avant la fabrication définitive et le paiement n'aura lieu qu'après réception définitive de la commande et vérification de celle-ci. "J'ai veillé à ce que nos représentants sur place aillent voir les usines. On y fabrique bien des masques", insiste encore le ministre de la Défense.Le premier million des masques de protection en tissu commandés par la Défense nationale est attendu ce vendredi à la base militaire de Peutie (Vilvorde). Les modalités de distribution de ces masques doivent encore faire l'objet de concertation. Un recours aux pharmacies est envisagé, mais doit être encore confirmé. Le ministre s'est dit confiant que les 18 millions de masques commandés seront livrés pour le 24 mai au plus tard, comme convenu contractuellement, soit 20 jours après le début du déconfinement.