La Belgique est-elle au bord de la crise de nerfs?Les incidents enregistrés les 1er et 2 avril au bois de la Cambre, à Bruxelles, ont été perçus par beaucoup comme le symbole d'une rupture dans l'adhésion citoyenne aux mesures pour lutter contre cette "interminable" épidémie de coronavirus. Il est difficile de nier, il est vrai, que le port du masque laisse de plus en plus à désirer, que les gestes barrières ne sont plus scrupuleusement suivis et que l'aspiration à la liberté tend à supplanter l'impératif de solidarité. Le dossier que nous consacrons à la Belgique frondeuse confirme la réalité des dîners dans des restaurants clandestins, des fêtes lors de soirées privées, des rendez-vous entre de trop n...

La Belgique est-elle au bord de la crise de nerfs?Les incidents enregistrés les 1er et 2 avril au bois de la Cambre, à Bruxelles, ont été perçus par beaucoup comme le symbole d'une rupture dans l'adhésion citoyenne aux mesures pour lutter contre cette "interminable" épidémie de coronavirus. Il est difficile de nier, il est vrai, que le port du masque laisse de plus en plus à désirer, que les gestes barrières ne sont plus scrupuleusement suivis et que l'aspiration à la liberté tend à supplanter l'impératif de solidarité. Le dossier que nous consacrons à la Belgique frondeuse confirme la réalité des dîners dans des restaurants clandestins, des fêtes lors de soirées privées, des rendez-vous entre de trop nombreux amis. Pour autant, est-ce grave, docteur? Primo, la désobéissance, même croissante, ne concerne encore qu'une minorité de la population. "Comme l'air du temps est au moralisme, on a très vite fait de pointer du doigt les petites incivilités et de ne pas voir tout le reste: les citoyens sur lesquels on a pu compter", observe le sociologue de l'ULiège Bruno Frère. Deuzio, la contestation en Belgique n'a pas atteint les degrés de violence enregistrés dans d'autres pays et n'a heureusement pas été instrumentalisée par les extrêmes politiques, comme on a pu le constater chez nos voisins néerlandais à la mi-février à la simple annonce de l'instauration d'un couvre-feu. Tertio, la relative mansuétude des autorités à l'égard des contre-venants, par stratégie politique ou plus prosaïquement par insuffisance de moyens, n'offre-t-elle pas une soupape de sécurité en définitive bienvenue, rempart contre une explosion sociale plus préjudiciable? Cette dernière perspective ne peut toutefois pas être garantie tant les motifs de mécontentement et de découragement s'accumulent. La lassitude générale un an après le début de l'épidémie et les montagnes russes des espoirs de sortie de crise et des rechutes au gré des variations et de la résistance du virus. L'incohérence de certaines dispositions d'une région à l'autre d'un si petit pays, d'une période à l'autre selon la disponibilité d'un moyen de prévention. Les ratés hier du dépistage, aujourd'hui de la vaccination alors que d'autres Etats, à chaque fois, ont été plus efficaces. La douloureuse comparaison, dès lors, entre ceux qui autorisent leurs citoyens à retourner sur les terrasses et ceux qui ne cessent de les reconfiner. Les interrogations croissantes, à force d'avancer et de reculer, sur la réelle efficacité des mesures. Le sentiment enfin, fondé ou fantasmé, que le gouvernement infantilise la population, culpabilise tantôt un secteur professionnel, tantôt une classe d'âge et, au final, se défausse facilement de ses propres responsabilités. La critique peut paraître facile. Elle engage aussi celui qui l'énonce. "On a beau dire que nous aimerions que nos politiques soient plus honnêtes. En général, nous ne leur montrons guère que nous sommes prêts à les récompenser de leur franchise", se désole l'écrivain Tom Phillips dans Bobards! Une brève histoire des plus gros mensonges. Cette catastrophe sanitaire inédite est, en vérité, très démocratique. Elle renvoie chacun de nous à ses responsabilités. Et l'urgence reste aujourd'hui de sauver des vies.