Pour vous, la question, ici, n'est pas l'accès à un compte bancaire mais plutôt son usage ?
...

Pour vous, la question, ici, n'est pas l'accès à un compte bancaire mais plutôt son usage ? Aujourd'hui, il est impossible de vivre sans posséder un compte bancaire, ne serait-ce que pour percevoir un salaire, une pension, une allocation, etc., et payer ses factures : dans la vie quotidienne, les virements et paiements bancaires sont omniprésents. Ne pas en avoir est un facteur de désocialisation, de marginalité. C'est pourquoi un service bancaire de base est garanti dans les textes européens. Mais une fois l'accès aux services bancaires assuré, encore faut-il pouvoir les utiliser facilement et normalement. Or, pour certains publics, comme les seniors, en difficulté avec les usages numériques, la digitalisation est devenue une véritable barrière, et c'est inacceptable ! Il existe pourtant des initiatives, portées par les banques elles-mêmes ou par Digital Wallonia, qui visent l'éducation des seniors au numérique. En effet, chez BNP Paribas Fortis, le numéro un du pays, on met des iPad à la disposition des clients. Très bien, mais souvent, les personnes âgées se disent perdues. C'est intimidant pour beaucoup d'entre elles, sans compter la longue file d'attente que cela engendre. En ce qui concerne l'opération " J'adopte la banque digitale " (NDLR : menée conjointement par Digital Wallonia, Febelfin et le réseau des Espaces publics numériques (EPN) de Wallonie), il s'agit davantage de séances d'information - qui durent une demi-heure - que d'ateliers de formation plus poussés. Finalement, leurs réponses sont sans commune mesure avec les réalités. On ne va pas embarquer tout le monde dans le " train numérique ". Chez des aînés, Internet est arrivé trop tard dans leur vie ; ils n'en ont pas vu l'utilité. Par exemple, en Région bruxelloise, 44 % des 65-74 ans n'ont jamais utilisé Internet. Le secteur bancaire répond qu'il est conscient que, pour certains, la digitalisation va trop vite et qu'il souhaite renforcer l'accompagnement proposé aux éloignés du numérique. L'éducation, la pédagogie, c'est de l'hypocrisie. Les capacités cognitives régressent après 70 ans. La faculté d'apprentissage, la mémoire à court terme, la capacité d'attention diminuent. Les banques ignorent-elles ce phénomène ? L'an dernier, en France, l'Autorité des marchés financiers a publié une étude sur la vulnérabilité des seniors dans la gestion de leur vie financière. Tout comme le G20, qui fait état des mêmes observations. Pour passer à la banque digitale, il faut aussi s'équiper (téléphone portable, une connexion, un PC ou une tablette...), un coût qui est par ailleurs sous-estimé. Dans les faits, le passage forcé à la banque digitale conduit à exclure les personnes âgées et le secteur bancaire se montre peu concerné par ces nouveaux exclus. Il porte pourtant une responsabilité. Vous dénoncez dans le même temps la hausse des tarifs bancaires annoncée par la majorité des banques, pénalisant doublement les seniors. Si vous n'optez pas pour la banque digitale, l'alternative se révèle alors onéreuse. Au cours de mon enquête, nous avons estimé qu'une personne de 70 ans effectuant, chaque mois, quatre virements manuels, deux paiements par domiciliation, quatre retraits d'argent liquide au distributeur et qui se fait envoyer par la poste un relevé des comptes devra débourser jusqu'à sept fois plus que le montant de base - qui s'élève à 16,26 euros : les tarifs vont de 80 euros chez Belfius à 111 euros chez BNP. Rien ne justifie ça. Ces hausses visent principalement un recul de l'argent liquide. Oui, et je pense qu'il faut, ici, faire un lien avec la suppression des distributeurs de billets. Or, contrairement à ce qui est parfois avancé un peu trop rapidement, l'utilisation du cash reste importante en Belgique, comme dans le reste de l'Europe. La part du marché du cash pour la Belgique se situe autour de 65 %. Et, pour les transactions de proximité, le cash reste le moyen de paiement indispensable. Le cash, le liquide c'est quand même un bien public, un bien commun partagé par une collectivité ! Le " cashless ", c'est aussi, au nom de la lutte contre le blanchiment d'argent, la traçabilité des transactions. Ce que vous pointez également. On ouvre la possibilité de tracer et générer des informations sur nos comportements financiers, et d'exploiter ces informations pour proposer des services de crédit, d'assurance, etc. Une aubaine pour les acteurs du secteur. Mais aussi des données qui, par nature, intéressent particulièrement les Gafa. Cela pose évidemment beaucoup de questions en matière de préservation de la vie privée. Pour les personnes âgées, il existe un sérieux risque de vulnérabilité. Elles sont supposées rentables aux yeux des escrocs. Elles restent peu ou mal informés des menaces que représentent les diverses arnaques en ligne.Vous affirmez qu'il s'agit même de maltraitance à leur égard. Oui, il s'agit d'une maltraitance silencieuse à l'égard d'une population qui ne se plaint pas, qui n'est pas organisée et surtout qui n'a pas l'énergie de changer de banque... Résultat : alors que ces personnes âgées étaient parfaitement intégrées dans leur vie quotidienne, elles perdent aujourd'hui en dignité. La dignité, c'est ce que donne un sens à leur vie. Au cours de mon enquête (1), j'ai constaté que de plus en plus d'entre elles sont obligées de faire appel à leurs proches, leurs enfants, un voisin, parfois l'aide familiale, dans des conditions de sécurité qui ne sont pas optimales, puisqu'elles doivent alors partager leur identifiant. Et puis, personne n'est à l'aise avec cela. Quelles sont les pistes de solutions pour y remédier, alors ?Le réseau Financité plaide pour un véritable débat démocratique sur le sujet. On se trouve face à des décisions décrétées par le secteur bancaire alors qu'il s'agit d'une question essentielle dans le fonctionnement des sociétés. Il est urgent de se mettre au travail pour créer un mécanisme adapté et testé par les personnes âgées. Nous proposons également d'élargir le service bancaire de base aux personnes qui ne peuvent pas suivre le tout-digital.