Commençons par rappeler que chez nous, les banques ont l'obligation légale d'offrir un (maigre) taux minimal de 0,11 % (0,01 % d'intérêt de base et 0,1 % de prime de fidélité) aux titulaires d'un compte d'épargne réglementé - ce compte-refuge dont les avoirs sont garantis par l'Etat à concurrence de 100 000 euros et sur lequel les Belges thésaurisent quasi 280 milliards. 1,1 euro d'intérêt annuel pour 1 000 euros placés, ce n'est pas gras mais, du point de vue des institutions financières, c'est encore trop.
...

Commençons par rappeler que chez nous, les banques ont l'obligation légale d'offrir un (maigre) taux minimal de 0,11 % (0,01 % d'intérêt de base et 0,1 % de prime de fidélité) aux titulaires d'un compte d'épargne réglementé - ce compte-refuge dont les avoirs sont garantis par l'Etat à concurrence de 100 000 euros et sur lequel les Belges thésaurisent quasi 280 milliards. 1,1 euro d'intérêt annuel pour 1 000 euros placés, ce n'est pas gras mais, du point de vue des institutions financières, c'est encore trop. En cause ? Les banques placent une grande partie de leurs surplus de liquidités auprès de la Banque centrale européenne (BCE) qui leur verse en échange un intérêt. Mais depuis plusieurs années, cet intérêt est négatif. Le taux de dépôt de la BCE est actuellement fixé à - 0,5 %. Objectif : inciter les banques à stimuler l'économie en octroyant des crédits bon marché aux entreprises et aux particuliers. C'est notamment ce qui explique, par exemple, le niveau historiquement bas des taux hypothécaires.Si, au contraire, elles laissent dormir leur cash auprès de la BCE, cela leur coûte cher. Dans ce contexte, Karel Van Eetvelt, le président sortant de la Fédération belge des banques, s'est récemment fendu de déclarations qualifiant " d'intenables " les intérêts payés par le secteur sur les comptes d'épargne. Selon Febelfin, un taux ramené à zéro permettrait aux banques d'économiser 300 millions par an. D'où son souhait d'obtenir le feu vert du (prochain) gouvernement pour répercuter sur l'épargnant les loyers négatifs imposés par la BCE, en faisant sauter le verrou du taux minimal. Certaines banques ont déjà franchi le cap aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Italie ou en Suisse. Si cela ne concerne le plus souvent que les dépôts supérieurs à 100 000, voire 1 million d'euros, une banque coopérative allemande applique depuis novembre un taux de - 0,5 % dès le premier euro déposé par ses clients. Jusqu'ici, le mouvement reste marginal. Mais il se répand. En Belgique, plusieurs banques pénalisent déjà les dépôts les plus importants de leurs gros clients institutionnels ou entreprises. En novembre dernier, la banque privée Puilaetco Dewaay devenait la première à répercuter les taux négatifs sur ses plus riches clients particuliers - ceux qui sont investis en cash pour plus de 5 millions d'euros. Jusqu'à nouvel ordre, les petits épargnants restent donc... épargnés. La situation risque-t-elle d'évoluer dans les prochains mois, sachant que personne ne s'attend à voir les taux remonter avant un bon moment ? " Ce serait totalement contre-productif, estime Sylviane Delcuve, senior economist chez BNP Paribas Fortis. Comment réagiraient les épargnants si les banques appliquaient des taux négatifs ? Ils risqueraient de fuir les banques, quitte à mettre leur argent dans un coffre comme certains le font en Allemagne, et cela perturberait lourdement le fonctionnement du secteur financier : comment les banques pourraient-elles encore octroyer des crédits si elles manquent de dépôts ? La Suède l'a bien compris : elle a officiellement renoncé aux taux négatifs en décembre. "