Le journal flamand Het Laatste Nieuws révèle que pas moins de 25 alertes ont été transmises aux autorités avant les inondations. Pourquoi personne n'y a réagi ? Qui en est responsable ? Le quotidien retrace le fil des événements.
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Le journal flamand Het Laatste Nieuws révèle que pas moins de 25 alertes ont été transmises aux autorités avant les inondations. Pourquoi personne n'y a réagi ? Qui en est responsable ? Le quotidien retrace le fil des événements. Premier élément : qui émet ces alertes ? Il s'agit de l'EFAS, le système européen d'alerte aux inondations. L'objectif de l'organisation européenne est simple : il a pour but de "soutenir les mesures préparatoires avant que des inondations majeures ne surviennent, en particulier dans les grands bassins fluviaux transnationaux et dans toute l'Europe en général."Le système tire une première fois la sonnette d'alarme le vendredi 9 juillet, déjà, en pointant des inquiétudes concernant le Rhin, qui sort de son lit, en particulier sur le tronçon transfrontalier entre la Belgique et l'Allemagne. Le lendemain, le samedi 10 juillet, c'est, cette fois, La Meuse qui est pointée du doigt. Et particulièrement le segment entre l'Est de la Belgique, et les Pays-Bas. "Nous avons transmis ces alertes à chaque autorité compétente", affirme l'EFAS à Het Laatste Nieuws. Mais ces deux premières alertes ne sont qu'un début. Le système européen précise qu'il a ensuite envoyé pas moins de... 25 alertes en quatre jours de temps.A partir de ce constat, il devient difficile de comprendre comment tous ces avertissements sont passés entre les mailles du filet, sans réaction aucune, ni anticipation des autorités compétentes. Mais qui est compétent, au juste ? Et où ces alertes ont-elles atterri ? L'IRM botte directement en touche. "Nous ne les avons pas reçues", affirme David Dehenauw, chef du service scientifique de l'IRM, qui se justifie et renvoie l'ascenseur aux Régions. "Nous ne sommes pas abonnés à l'EFAS, leurs rapports sont transmis aux Régions. Les inondations sont d'ailleurs une compétence régionale, nous n'avons pas le droit de nous occuper des inondations à l'IRM." Première esquive. Qu'en disent les Régions, qui sont donc compétentes en la matière ? HLN affirme que les informations sont parvenues au centre de crise fédéral, d'une part, et à la Direction de la Gestion Hydrologique wallonne, d'autre part. La Région ne répond pas clairement sur le sujet, souligne le journal flamand. Quand ils demandent des explications à la Direction de la Gestion Hydrologique wallonne, celle-ci balaye la question. "Il faut voir avec le cabinet du ministre de la Mobilité." Deuxième esquive. Qu'en pense alors Philippe Henry, ministre wallon du Climat, de l'Energie et de la Mobilité ? Son porte-parole reste vague, lui aussi. "Ces alertes ne sont qu'un paramètre sur lequel nos services gardent un oeil. Il y a beaucoup de 'fake news' qui se répandent". Troisième esquive.Le degré de précision et de véracité de ces alertes est critiqué à certains égards. L'agence flamande pour l'environnement n'est pas convaincue par ce système européen. "Les notifications ne contiennent pas d'informations très concrètes", dit-elle.Le lundi 12 juillet, aux alertes européennes, viennent s'ajouter les alertes nationales, avec l'IRM qui transforme rapidement son alerte orange en alerte rouge, mercredi. Mais rien ne bouge. Aucune action anticipative, aucun message à la population, aucune évacuation. La suite, tout le monde la connaît. La catastrophe se produit jeudi et vendredi. La ville de Liège est finalement évacuée, mais les torrents d'eau frappent aussi et surtout ailleurs, où rien ou presque n'a été fait. Alors, à qui la faute, in fine ? Si tout le monde semble se refiler la patate chaude pour le moment, il semble de plus en plus évident que personne n'a utilisé les informations de l'EFAS à bon escient. Toutes les décisions seraient basées sur les informations de l'IRM, qui a déclenché son alerte rouge mercredi. Plus tard que l'EFAS, donc, mais suffisamment tôt pour que des actions soient prises avant jeudi matin. Tout n'est donc pas excusé et le flou persiste.Le Ministre-président wallon Elio Di Rupo a déjà promis que "toute la lumière sera faite" et qu'une enquête serait menée pour tirer les leçons de ces énormes manquements. Mais population n'aura pas de réponse immédiate. Di Rupo prétextant la hiérarchisation des urgences. "Je comprends les questions, nous y sommes sensibles, mais il y a une hiérarchie dans les priorités", expliquait-il à Belga. Quatrième esquive... mais une promesse. "Il va sans dire que les différents services, à la lumière de ce que l'on entend çà et là, préparent des éléments qui seront transmis à tous ceux qui le demanderont"."Mais le temps est encore à l'urgence. Nous aurons ensuite tout le temps d'examiner avec précision ce qu'il s'est passé, de manière transparente, en interrogeant tous les services qu'il conviendra. Pour le moment, il reste encore un travail colossal sur le terrain.""En Belgique, la responsabilité est partagée entre tellement de couches qu'en fin de compte personne n'est responsable", résumait de façon piquante le célèbre The Economist plusieurs semaines avant la catastrophe. Malheureusement visionnaire.