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"En tant que professeur d'université, je lis de nombreux écrits d'étudiants. Depuis dix ans, cette tâche m'est devenue pénible, tellement l'expression écrite de nos étudiants est insuffisante dans 80 % des cas. " Dans une carte blanche publiée voici quelques mois dans La Libre, le professeur Vincent Seutin, médecin et pharmacologue à l'université et au CHU de Liège, faisait part de son désarroi face à la piètre orthographe estudiantine. " Je me permets d'implorer les instituteurs, institutrices et enseignant(e)s du secondaire d'en revenir aux exigences d'antan en grammaire et en orthographe. Chez 50 % de nos étudiants, l'expression écrite est tellement faible que le concept exprimé devient flou, voire incompréhensible. En réalité, nous nous mettons à coter les étudiants sur ce que nous pensons être leur vision du problème posé et non sur ce qu'ils expriment. " La faute aux instituteurs et aux enseignants du secondaire, accusés d'avoir eux-mêmes une piètre maîtrise de la langue ? Le site Bescherelle ta mère se fait une joie sadique de compiler le meilleur des pires fautes d'orthographe et de syntaxe des enseignants francophones. En 2009 déjà, le Conseil de l'éducation et de la formation soulignait l'insuffisance des acquis de base en maîtrise de la langue française des futurs enseignants. Elle serait responsable de 50 % des échecs en première année du supérieur... Pour mettre fin à ce cercle vicieux, le ministre francophone de l'Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), a émis l'idée que l'accès à ces cursus soit soumis à la présentation obligatoire d'une épreuve de maîtrise du français. Concrètement, les jeunes visant une carrière d'enseignant en haute école (là où sont formés instituteurs et professeurs du secondaire inférieur) devraient tester leur connaissance de la langue française avant la rentrée académique et suivre des remédiations pour combler leurs lacunes. Quant aux jeunes qui se destineront à une carrière d'enseignant dans le secondaire supérieur, ils devront, préalablement à l'acceptation de leur inscription au master universitaire, réussir un examen testant leur connaissance du français. Jusqu'ici, ces idées saluées par beaucoup sont cependant restées lettre morte... Au détour d'une réunion de professeurs de haute école, ils sont nombreux à grogner : les étudiants ne comprennent pas les énoncés ni les questions écrites et y répondent dès lors de plus en plus souvent à côté. Cette mauvaise compréhension à la lecture entraînerait de nombreux échecs. Et elle prendrait ses racines au début de la scolarité. Début décembre 2017, le résultat du programme international d'évaluation des compétences en lecture (Pirls 2016) tombait comme un couperet : les capacités de lecture des jeunes francophones de Belgique placent la Fédération Wallonie-Bruxelles en dernière place de l'Union européenne et des pays développés. Or, un élève qui lit mal est handicapé dans l'acquisition de toutes les autres matières. Les professeurs déplorent également l'écriture en " pattes de mouche " qui semble s'imposer sur les copies. Les jeunes parviennent-ils encore à manier correctement le stylo ou le crayon pour déposer une jolie calligraphie sur le papier ? Si aucune étude récente ne permet un état des lieux, des chercheurs l'affirment : les jeunes écrivent moins facilement qu'auparavant. La faute à l'omniprésence des photocopies et des écrans, mais aussi à moins de bricolage durant les loisirs. Lorsqu'ils regardent la télévision, surfent sur Internet ou jouent sur console, les jeunes exercent moins leur doigté et leur psychomotricité fine permettant de tracer de belles lettres et même de tenir correctement un stylo. Enfin, il est révolu le temps où, pour faciliter l'apprentissage, les enfants devaient apprendre à recopier les modèles de lettres fournis par les enseignants. Désormais, ils développent directement leur écriture personnelle. Et le résultat désole de nombreux enseignants.Par Laetitia Theunis