La caserne Fritz Toussaint: Etterbeek ou Ixelles? Il y a longtemps que les Bruxellois ont pris l'habitude d'associer géographiquement à la première des bâtiments relevant pourtant de la seconde. Qu'importe. En matière d'urbanisme, d'aménagement d'espace et de reconversion immobilière, aujourd'hui plus personne ne peut encore jouer seul dans son coin avec son lego communal. Le pouvoir politique régional, le ministre-président Rudy Vervoort (PS) en tête, y veille de très près. Notamment lorsqu'il s'agit du projet USquare/SeeU caserné depuis trois ans sur le site de l'ex-école de gendarmerie.
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La caserne Fritz Toussaint: Etterbeek ou Ixelles? Il y a longtemps que les Bruxellois ont pris l'habitude d'associer géographiquement à la première des bâtiments relevant pourtant de la seconde. Qu'importe. En matière d'urbanisme, d'aménagement d'espace et de reconversion immobilière, aujourd'hui plus personne ne peut encore jouer seul dans son coin avec son lego communal. Le pouvoir politique régional, le ministre-président Rudy Vervoort (PS) en tête, y veille de très près. Notamment lorsqu'il s'agit du projet USquare/SeeU caserné depuis trois ans sur le site de l'ex-école de gendarmerie.Le projet phare de la zone Etterbeek-Ixelles évolue à flanc du dense boulevard Général Jacques, qui coule entre les deux communes. Après trois ans d'une occupation temporaire enquillant les activités dans un esprit "tiers-lieu" (espaces où le travail se mélange à d'autres aspects de la vie en collectif), ce bloc de patrimoine est sur le point d'entamer sa deuxième phase de transformation. Celle de sa reconversion lourde en un must du renouveau urbanistique bruxellois. Soit la mutation, encadrée par la Société d'aménagement urbain (SAU), de l'ancien complexe de 45 000 m2 en un "nouveau quartier ouvert, mixte, dynamique, urbain, convivial, durable et innovant", comprenant des logements publics familiaux, des kots étudiants, une halle alimentaire (installée dans l'ancien manège d'entraînement équestre), des services partagés et de proximité. Concrètement, 21 000 m2 d'espaces publics, accessibles à tous, seront aménagés pour connecter harmonieusement l'ensemble. Sur les 22 bâtiments concernés, six (totalisant 11 000 m2), alignés tout le long de la façade Général Jacques, ont été octroyés par emphytéose de 50 ans au duo VUB/ULB pour y développer conjointement un "pôle universitaire" composé de locaux équipés pour la recherche et de logements réservés aux chercheurs. Les travaux débuteront sur cette partie fin 2021. Face à un tel site, l'enjeu est hautement architectural. Kristiaan Borret, bouwmeester de Bruxelles et éminence grise de la nouvelle politique urbanistique régionale, tient SeeU/USquare bien à l'oeil: "Le défi est d'ouvrir l'ex-caserne tout en préservant son identité d'enclave, de paradis caché. Il faut certes casser son hermétisme en pratiquant des ouvertures dans son mur d'enceinte, mais pas partout. Le charme actuel de SeeU est qu'on ne le découvre qu'en y pénétrant. Bruxelles a besoin de préserver des quartiers qui ne se donnent pas immédiatement." La mixité sociale du lieu, son offre de services, commerces et restauration devraient faire de SeeU un des spots bruxellois les plus vivants et attractifs des prochaines années. En ira-t-il de même des campus universitaires de l'autre côté du boulevard? Sur ce point, le BMA Borret est plus réservé: "Nous essayons de sensibiliser les deux universités à mieux gérer leurs sites. Pourquoi leurs campus ne deviendraient-ils pas des parcs accueillants pour un public extérieur de riverains, de promeneurs? Cela pousserait à embellir, systématiser l'assainissement et l'entretien de ces lieux parfois en désordre." Dans son bureau des Jardins de la Chasse - le nouveau centre administratif d'Etterbeek -, Frank Van Bockstal, l'échevin CD&V de l'Urbanisme, complète: "Nous entretenons des contacts constructifs avec l'ULB et la VUB mais nous voudrions, il est vrai, que la communauté étudiante universitaire ne s'enferme pas dans ses campus tout en laissant les nuisances aux communes." Comme ailleurs à Bruxelles, souffle donc sur Etterbeek-Ixelles la tendance à "ouvrir", "connecter", "cocréer" un nouveau cadre de vie plus en lien avec la réalité locale. A Etterbeek, le mot d'ordre est clairement de "protéger l'habitat et la mixité sociale des habitants, en ce compris les fonctionnaires de l'Union européenne qui viennent s'y installer durablement. On pousse à plus de logements familiaux et on veille à limiter les grandes surfaces de bureaux. On favorise surtout la mixité de fonctions et de loisirs en lien avec les parcs et espaces verts. Sur ce terrain, la reconversion magistrale envisagée pour le cours Saint-Michel (site ING) s'annonce exemplaire!" se réjouit l'édile etterbeekois. Sur la carte de sa commune clignotent d'autres points. Le quartier Jourdan, par exemple, aligne quelques défis dans et autour de la rue Froissart. "Il faut s'efforcer de faire de ce quartier une grande entité plus harmonieuse. Cela passe par la rénovation de centres de conférences (comme celui du Borschette), la réaffectation durable de bâtiments tels que ceux de l'ex-clinique du Parc Léopold (dont les services ont déménagé dans de nouveaux locaux à Ixelles). Ou encore, par rencontrer la forte demande des habitants et usagers de la rue Froissart pour que soit créé un accès plus direct et pratique vers le parc Léopold tout proche." C'est sûr, la promenade est une activité pleine d'avenir.