"Les zones monofonctionnelles de bureaux, c'est totalement dépassé. Il faut remettre de la vie dans la ville! Une opportunité unique se présente aujourd'hui de réparer les erreurs urbanistiques du passé, de réactiver des quartiers entiers de notre capitale. Finis le brol, le plic-ploc, il faut du waouw, de l'audace, une volonté et une vision!" Planté sur le toit de son habitation au coeur de Bruxelles, Pascal Smet a visiblement la pêche. Dans le collimateur du secrétaire d'Etat régional à l'Urbanisme (Vooruit, ex-SP.A), deux grandes zones: le quartier Nord (de la petite ceinture au parc Gaucheret, de Tour et Taxis à la gare et au CCN) et le boulevard Pacheco, "cette cicatrice urbaine" héritée des travaux de jonction ferroviaire souterraine Nord-Midi de la première moitié du siècle passé.
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"Les zones monofonctionnelles de bureaux, c'est totalement dépassé. Il faut remettre de la vie dans la ville! Une opportunité unique se présente aujourd'hui de réparer les erreurs urbanistiques du passé, de réactiver des quartiers entiers de notre capitale. Finis le brol, le plic-ploc, il faut du waouw, de l'audace, une volonté et une vision!" Planté sur le toit de son habitation au coeur de Bruxelles, Pascal Smet a visiblement la pêche. Dans le collimateur du secrétaire d'Etat régional à l'Urbanisme (Vooruit, ex-SP.A), deux grandes zones: le quartier Nord (de la petite ceinture au parc Gaucheret, de Tour et Taxis à la gare et au CCN) et le boulevard Pacheco, "cette cicatrice urbaine" héritée des travaux de jonction ferroviaire souterraine Nord-Midi de la première moitié du siècle passé. A ces deux territoires très symboliques, Pascal Smet - solidement épaulé par le bouwmeester/maître architecte Kristiaan Borret et l'échevine de l'Urbanisme de la Ville de Bruxelles, Ans Persoons (Vooruit elle aussi) -, veut appliquer une vision solidement coulée en un socle de principes clés. "Le principe majeur pour réveiller ces espaces impersonnels et morts le soir et le week-end, c'est la mixité de fonctions. Celle-ci passe par la réduction du nombre de bureaux et l'augmentation des logements et équipements (Horeca, commerces, infrastructures sportives, etc.) au service de tous: habitants, employés navetteurs et quiconque viendra s'y promener. Parallèlement à cette offre enrichie, il faut verduriser et réaménager de manière sexy les espaces publics", défend le secrétaire d'Etat, déterminé à "injecter au Nord un minimum d'un tiers de logements et d'équipements collectifs en plus". De ce premier principe censé réchauffer le pôle Nord découle un chapelet de "recommandations" claires. En front uni, les pouvoirs publics en charge d'encadrer les projets urbanistiques s'emploient à faire percoler ces "conseils" vers tout promoteur désireux de rafler une part du gros gâteau que constitue cette transition planifiée sur dix ans de l'ex-quartier Manhattan. En tête figure "l'activation de tout rez-de-chaussée". Comprenez: chaque bâti au niveau du sol doit être conçu en lien ouvert avec l'espace public afin d'abolir au maximum toute limite rigide entre intérieur et extérieur. Tout bâtiment neuf ou reconverti devra disposer de socles proposant des fonctions ou activités commerciales capables d'animer l'espace public. Le projet Zin de réaffectation des deux ex-tours WTC en un mix bureaux-logements-hôtel prévoit, par exemple, à ses pieds, d'une part une serre verte de 2000 m2, de l'autre un complexe sportif enfoncé de moitié dans le sol. Deux fonctions accessibles à tous. "La mixité des fonctions constitue la clé de la renaissance d'une vie urbaine", insiste Kristiaan Borret. Le même principe guidera la métamorphose du CCN (Centre de communication Nord). Son trio de promoteurs (Atenor/AG Real Estate/Axa Im) va remplacer l'ensemble des bâtiments sur et attenant au socle de la gare par quatre hautes tours totalisant 150 000 m2. Les cinq premiers étages de chaque immeuble seront totalement dédiés à des fonctions mixtes et équipements publics: commerces, salles de sport, crèche... L'aménagement de l'espace public extérieur s'étoilera en nouvelles places à vivre pour les usagers du quartier. En pro de l'urbanisme, Sabine Leribaux, du cabinet architectesassoc (en charge du projet), pointe: "Ce qui fait la réussite d'un grand ouvrage, c'est la qualité de son socle et de sa skyline." Pascal Smet ajouterait même "et de son rooftop!" Un dada du socialiste flamand. "Les toits des bâtiments doivent être intégrés dans le processus car ce sont des surfaces à vivre, à valoriser, mutualiser et ouvrir aux habitants, aux employés et au public." Le futur Zin culminant à 110 mètres montrera l'exemple via ses immenses terrasses panoramiques conçues comme lieux de détente et de restauration. Pour réveiller l'actuel quadrilatère Nord au point mort depuis des lustres, les édiles caressent aussi le projet audacieux d'en modifier les axes de communication. Concrètement, casser l'axialité nord-sud incarnée par le "claustrophobique" boulevard Albert II en développant un axe est-ouest de mobilité plus douce qui, de la gare du Nord, filera par le boulevard Bolivar vers Molenbeek, enjambant le canal grâce au nouveau pont Suzan Daniel puis longeant Tour et Taxis sous la forme d'un axe promenade très verdurisé pour piétons, vélos... Et transports en commun: un nouveau tram devrait y circuler à partir de 2023. D'abord sur 2,4 kilomètres, de Belgica à la gare du Nord. Ensuite, la ligne serait prolongée via Pacheco jusqu'à la gare Centrale puis, soyons fous, pourquoi pas jusqu'à Ixelles? Le réaménagement de tout l'espace public, notamment des parcs Maximilien et Gaucheret, parachèverait la renaissance de l'ex-quartier des affaires en un nouveau microcosme vert, apaisé, vivant et enfin attractif pour tous les publics. L'officialisation, cette année encore, du nouveau Pad (Plan d'aménagement directeur), épure fixant précisément les règles du nouveau mécano urbain, devrait donner un fameux coup d'accélérateur à l'ambitieux master plan dont certains points restent en suspens. Comme l'avenir des deux tours Proximus que l'opérateur télécom a décidé de vendre et de quitter au profit d'un siège plus smart, plus petit et mieux taillé pour les NWOW (new ways of working) de l'ère post-Covid. Autre point d'attention, la poursuite de l'aménagement du site de Tour et Taxis. La magistrale rénovation de ses gare maritime, entrepôt royal et magasins en une offre mixte de commerces, Horeca et bureaux est achevée. D'autres infrastructures, comme des écoles et de nouvelles tours de logements, devraient encore fleurir sur l'immense site. Mais dès septembre, à l'angle petite Ceinture/fin boulevard Albert II, l'inauguration d'une autre réalisation donnera déjà aux Bruxellois un avant-goût du "nouveau Nord". Quatuor compte quatre bâtiments reliés entre eux avec, en son centre, à ciel ouvert un grand jardin. Le complexe déploiera son architecture originale ouverte sur la ville avec une offre multifonction sur ses 62 000 m2: bureaux-commerces-Horeca. Silversquare y implante 8 000 m2 d'espaces coworking et se chargera de la restauration côté jardin. Un immeuble sera occupé par Beobank. Un autre logera Buy Way. Les rez-de-chaussée seront "activés" par un centre fitness, une brasserie, des services Touring... Le tout accessible tant aux usagers du Quatuor qu'au grand public. Un kilomètre et quelques minutes de marche plus loin, nous voici boulevard Pacheco. Un autre casse-tête urbanistique auquel les pouvoirs publics sont déterminés à appliquer les mêmes remèdes. "L'ancien tracé de la jonction Nord-Midi incarne une frontière entre le haut et le bas de la ville. Une longue cicatrice encadrée d'écrasants bâtiments bancaires ou administratifs alignés sur les boulevards Pacheco et de Berlaimont. Il est temps d'en finir avec ces mastodontes anonymes, gris, impersonnels au profit de projets d'habitats et de bâtiments multifonctionnels agréables à vivre, juge Ans Persoons. Cette volonté rejoint celle de doter tous les espaces publics d'une nouvelle identité attractive et conviviale." A cet effet, le bureau d'architecture paysagère Bas Smets a " masterplanifié" la verdurisation massive de la zone Pacheco au sens large. Tout le périmètre de la rue Royale à la rue du Marais, de l'îlot Lebeau au boulevard du Jardin Botanique, devrait se couvrir de miniforêts, de voiries favorisant la mobilité douce et d'espaces piétionniers. "L'idée n'est cependant pas de créer un piétonnier bis", insiste l'échevine Vooruit. "Le boulevard Pacheco a un énorme potentiel, renchérit le BMA bruxellois Kristiaan Borret. Le trafic automobile y sera réduit au minimum et la belle largeur de cet axe permettra d'y ménager des grands trottoirs arborés et d'y faire passer le tram. Reconquérir la zone Pacheco, c'est la mettre pleinement au service de l'urbanité et d'une mixité de fonctions." L'opération servira aussi à reconnecter le haut et le bas de la ville grâce à ce que Pascal Smet appelle "un axe magistral de promenade" au départ de la rue Royale traversant Pacheco et amenant naturellement jusqu'au centre-ville. "De la colonne du Congrès et des esplanades descendrait un (ou deux? ) large et majestueux escalier "à l'espagnole" (référence à celui de la piazza di Spagna à Rome) amenant au boulevard Pacheco new look, lui-même invitant les gens à emprunter les escaliers déjà existants vers le centre-ville.Le processus de reconversion architecturale des grands bâtiments Pacheco est lancé, animé par les mêmes impératifs (mixité de fonctions, logements, activation des rez-de-chaussée) qu'au Nord. Ainsi, le complexe de bâtiments du Passage 44, propriété de Belfius, va entamer sa mue en un "pôle étudiants" avec auditoires, salles de séminaires et, éventuellement, des kots. Un peu plus loin, en attente (des permis) de lifting, deux vestiges de notre passé bancaire somnolent de part et d'autre de l'escalier au niveau de la rue des Sables. A gauche, l'ex-Imprimerie des billets. A droite, l'ex-Fabrique des monnaies. Toutes deux devraient être reconverties dans les deux ans. La première en ensemble moderne de logements, la seconde en immeuble combinant bureaux smart, coliving pour jeunes travailleurs, espace coworking, et Horeca en rez-de chaussée et en toitures. En face, sur l'esplanade en surplomb, l'ex-cité administrative se réinventera en un mélange de logements, bureaux, écoles... Certains pensent que Pascal Smet est "un mégalo qui rêve en technicolor". Il semble pourtant que beaucoup de planètes sont alignées pour faire bouger les lignes de zones moribondes mais essentielles pour le futur du mieux-vivre à Bruxelles. "L' opportunité est unique de réparer notre tissu urbain et d'y réinjecter de la vie. D'ici dix ans, les quartiers Nord et Pacheco auront radicalement changé de look, d'atmosphère. L' expérience que les gens pourront en avoir s'en trouvera radicalement améliorée. A la volonté et la vision communes des pouvoirs publics répond une multitude de projets privés et publics regardant dans la même direction", jubile l'énergique secrétaire d'Etat. A propos duquel un de nos contacts glisse: "Smet peut réussir car il dispose d'une autre clé: pour une fois, le politique parvient à bien tenir les promoteurs en laisse."