Le démon de l'exagération menace sans arrêt davantage notre société. Le rejet de Madame Khattabi en offre un nouvel exemple. Ecolo stigmatise "ce rejet que rien ne justifie", "des fins politiciennes sordides", Marc Uyttendaele "la blessure au fédéralisme belge" (Le Vif, 18 mai), Claude Demelenne "un vrai scandale" (Le Vif, 18/5). Un vote anti-démocratie, anti-femmes, anti-immigrants, anti-progressiste, anti-non juriste, anti-francophone, à les croire. On pourrait se demander pourquoi Madame Kherbache (SP.A Ndlr), elle, a été approuvée sans bruit.

Il y a en revanche un élément qui n'apparaît nulle part dans ces commentaires : la fonction sortante de Madame Khattabi. Pris dans la soif éternelle de l'immédiat, beaucoup oublient que c'est la première fois depuis 1983 qu'un président de parti, sortant qui plus est, est proposé pour la Cour constitutionnelle.

Pour être objectif, M. Giet est passé par là aussi, mais brièvement. Tout le monde le savait ad interim chauffant le siège de Di Rupo. Même alors, trouver sur l'immensité de l'internet un discours idéologique marqué de M. Giet demeure une mission impossible (certains ont même vu cette invisibilité comme la grande cause de sa désignation). Avec Mme Khattabi, c'est tout à fait l'inverse. (voir M. Sel, Zakia Khattabi. Ni sexisme, ni racisme, mais justice, 16 mai).

L'enjeu de la candidature Khattabi peut être résumé en une question fort simple : Ecolo est-il disposé à soutenir demain la candidature de Bart De Wever, président sortant, présentée par la NVA à la Cour constitutionnelle ? (Ou, après-demain, de G.L Bouchez ?). Il ne faut pas être un mage pour anticiper la réponse. On attend aussi avec délectation suprême les plaidoyers à venir émouvants de MM. Uyttendaele, Demelenne et consorts pour défendre De Wever et Bouchez - au nom de la démocratie, bien sûr.

Il ne s'agit pas de médire de Mme Khattabi. Elle a des idées très tranchées, c'est son droit. Elle a contribué avec intensité au débat démocratique pendant des années, et celui-ci bénéficie de gens avec fortes convictions dans une société qui les a en général toutes perdues. Mais ce profil est exactement le dernier dont on a besoin dans une Cour chargée d'apaiser les conflits et définir des compromis. De plus, nommer Mme Khattabi aujourd'hui, c'est ouvrir la porte à d'autres présidents demain, au nom de l'interdiction des discriminations.

Dans un Etat déjà renommé pour son mauvais fonctionnement (notamment en raison de la prolifération de la particratie dans l'administration), c'est une extrêmement mauvaise idée de transformer la Cour constitutionnelle en home pour présidents de parti fatigués. Cela risque de politiser une institution créée pour... dépolitiser les conflits. La Cour requiert de la tolérance, du recul, de la modération, de la discrétion... qualités immensément peu évidentes chez les présidents de partis. Nommer Mme Khattabi aujourd'hui, c'est accepter ses collègues demain. Or, nombre de personnes en Belgique (dont très modestement l'auteur) ne souhaitent pas, quelle que soit la couleur affichée des personnes, voir la Cour constitutionnelle transformée en nouvelle enceinte politicienne, avec les gros risques de médiatisation que cela implique en plus.

Il faut appliquer le même traitement à tout le monde. Ecolo le dit souvent. Il faut éviter la particratie. Ecolo le dit souvent aussi. Alors, on se demande pourquoi cette formation a choisi de la renforcer avec brutalité dans un endroit névralgique pour la survie de l'Etat. De manière pittoresque, plus ses dirigeants défendent envers et contre tout cette nomination, plus ils renforcent la sensation dans l'opinion qu'il est devenu un parti comme les autres, et ici pire que les autres. Ce n'est probablement pas l'effet recherché. La candidature de Mme Khattabi constituait une monumentale erreur de casting, dont la réussite aurait été une catastrophe par voie de contagion. Son échec est celui de la particratie, non de la démocratie, et donc un succès pour la Cour constitutionnelle. Les dirigeants d'Ecolo devraient avoir l'honnêteté intellectuelle de le reconnaître avec le recul, et passer à autre chose.

Le démon de l'exagération menace sans arrêt davantage notre société. Le rejet de Madame Khattabi en offre un nouvel exemple. Ecolo stigmatise "ce rejet que rien ne justifie", "des fins politiciennes sordides", Marc Uyttendaele "la blessure au fédéralisme belge" (Le Vif, 18 mai), Claude Demelenne "un vrai scandale" (Le Vif, 18/5). Un vote anti-démocratie, anti-femmes, anti-immigrants, anti-progressiste, anti-non juriste, anti-francophone, à les croire. On pourrait se demander pourquoi Madame Kherbache (SP.A Ndlr), elle, a été approuvée sans bruit. Il y a en revanche un élément qui n'apparaît nulle part dans ces commentaires : la fonction sortante de Madame Khattabi. Pris dans la soif éternelle de l'immédiat, beaucoup oublient que c'est la première fois depuis 1983 qu'un président de parti, sortant qui plus est, est proposé pour la Cour constitutionnelle. Pour être objectif, M. Giet est passé par là aussi, mais brièvement. Tout le monde le savait ad interim chauffant le siège de Di Rupo. Même alors, trouver sur l'immensité de l'internet un discours idéologique marqué de M. Giet demeure une mission impossible (certains ont même vu cette invisibilité comme la grande cause de sa désignation). Avec Mme Khattabi, c'est tout à fait l'inverse. (voir M. Sel, Zakia Khattabi. Ni sexisme, ni racisme, mais justice, 16 mai). L'enjeu de la candidature Khattabi peut être résumé en une question fort simple : Ecolo est-il disposé à soutenir demain la candidature de Bart De Wever, président sortant, présentée par la NVA à la Cour constitutionnelle ? (Ou, après-demain, de G.L Bouchez ?). Il ne faut pas être un mage pour anticiper la réponse. On attend aussi avec délectation suprême les plaidoyers à venir émouvants de MM. Uyttendaele, Demelenne et consorts pour défendre De Wever et Bouchez - au nom de la démocratie, bien sûr. Il ne s'agit pas de médire de Mme Khattabi. Elle a des idées très tranchées, c'est son droit. Elle a contribué avec intensité au débat démocratique pendant des années, et celui-ci bénéficie de gens avec fortes convictions dans une société qui les a en général toutes perdues. Mais ce profil est exactement le dernier dont on a besoin dans une Cour chargée d'apaiser les conflits et définir des compromis. De plus, nommer Mme Khattabi aujourd'hui, c'est ouvrir la porte à d'autres présidents demain, au nom de l'interdiction des discriminations. Dans un Etat déjà renommé pour son mauvais fonctionnement (notamment en raison de la prolifération de la particratie dans l'administration), c'est une extrêmement mauvaise idée de transformer la Cour constitutionnelle en home pour présidents de parti fatigués. Cela risque de politiser une institution créée pour... dépolitiser les conflits. La Cour requiert de la tolérance, du recul, de la modération, de la discrétion... qualités immensément peu évidentes chez les présidents de partis. Nommer Mme Khattabi aujourd'hui, c'est accepter ses collègues demain. Or, nombre de personnes en Belgique (dont très modestement l'auteur) ne souhaitent pas, quelle que soit la couleur affichée des personnes, voir la Cour constitutionnelle transformée en nouvelle enceinte politicienne, avec les gros risques de médiatisation que cela implique en plus. Il faut appliquer le même traitement à tout le monde. Ecolo le dit souvent. Il faut éviter la particratie. Ecolo le dit souvent aussi. Alors, on se demande pourquoi cette formation a choisi de la renforcer avec brutalité dans un endroit névralgique pour la survie de l'Etat. De manière pittoresque, plus ses dirigeants défendent envers et contre tout cette nomination, plus ils renforcent la sensation dans l'opinion qu'il est devenu un parti comme les autres, et ici pire que les autres. Ce n'est probablement pas l'effet recherché. La candidature de Mme Khattabi constituait une monumentale erreur de casting, dont la réussite aurait été une catastrophe par voie de contagion. Son échec est celui de la particratie, non de la démocratie, et donc un succès pour la Cour constitutionnelle. Les dirigeants d'Ecolo devraient avoir l'honnêteté intellectuelle de le reconnaître avec le recul, et passer à autre chose.