C'est un très mauvais film. Un navet politique. L'intrigue est pourtant limpide. Un siège de juge se libère à la Cour constitutionnelle, chargée de vérifier la constitutionnalité des lois votées par les différents Parlements. Selon les règles en vigueur, le poste revient à Ecolo, ce que personne ne conteste. Les verts choisissent leur ancienne coprésidente, Zakia Khattabi, pour occuper le poste. Celle-ci présente sa candidature, qui doit être approuvée par le Sénat. En principe, une formalité.

"Stop Khattabi"

A partir de là, tout s'emballe. La N-VA monte au front. Début décembre 2019, le parti de Bart De Wever lance une campagne haineuse, sous le mot d'ordre : "Stop Khattabi". Sur les réseaux sociaux, les fans de la N-VA, rejoints par ceux du Vlaams Belang, se déchaînent. Ils colportent les pires fake news. Khattabi serait une extrémiste, une activiste qui ne respecte pas les lois. Une rumeur enfle : à bord d'un avion, Zakia Khattabi aurait tenté physiquement d'empêcher l'expulsion d'un étranger en séjour illégal, décidée par la Justice.

C'est faux. Khattabi n'a violé aucune loi, ni appelé à la rébellion dans un avion. Mais le mal est fait. Le doute s'insinue également chez certains élus flamands du VLD et du CD&V. A la mi-janvier 2020, le Sénat recale la candidature de Zakia Khattabi. A deux voix près, elle n'obtient pas la majorité requise des deux-tiers, malgré le soutien unanime des sénateurs francophones.

Ce 15 mai, rebelote au Sénat, Zakia Khattabi est à nouveau recalée, plus nettement cette fois, car il n'y a plus d'unanimité dans les rangs francophones. L'écologiste est lâchée par les sénateurs MR.

Interdit professionnel

Au final, c'est un beau gâchis. La campagne anti-Khattabi orchestrée par la N-VA et le Vlaams Belang, a porté ses fruits. Et ils sont pourris. A l'issue d'une détestable "chasse à Khattabi", les nationalistes flamands ont édicté ce qui s'apparente à un véritable interdit professionnel.

Il ne faut pas se leurrer, tout autre écologiste que Khattabi aurait rassemblé sur son nom, sans aucun souci, la majorité des deux-tiers, au Sénat. Khattabi, elle, cumulait plusieurs tares aux yeux de la N-VA et du Vlaams Belang : d'origine immigrée, à gauche, très impertinente, adepte de la "cash attitude" dans ses rapports avec les nationalistes, notamment la N-VA. Cela faisait beaucoup pour une seule femme, ciblée pour délit de sale gueule.

Flirt avec le racisme

Contrairement au Vlaams Belang, la N-VA n'est pas structurellement un parti raciste. Mais, dans cette affaire, elle a mené une campagne flirtant sans guère de retenue avec le racisme. Elle a permis aux vrais racistes de marquer des points. Elle lève un coin du voile sur ce que pourrait être, à l'horizon 2024, une Flandre gouvernée par une majorité N-VA/Vlaams Belang. La vie ne sera pas rose pour ceux qui seront catalogués "mauvais Flamands".

Pas glorieux, le MR

Le MR ne sort pas grandi de ce mauvais film. Son président, Georges-Louis Bouchez, a saisi l'occasion pour faire un petit croc-en-jambes à Ecolo. Ni très cohérent, ni très glorieux. Pas sûr, d'ailleurs, que tous les libéraux aient apprécié la manoeuvre de leur leader. Car le MR apparaît encore un peu plus isolé sur la scène politique francophone, surtout à Bruxelles.

La vengeance est un plat qui se mange froid. Il est évident que tôt ou tard les écologistes, qui ne sont pas des enfants de choeur, rendront aux bleus la monnaie de leur pièce.

Scénario politicien

Fondamentalement, l'affaire Khattabi est un vrai scandale, qui laissera des traces. Elle met en exergue trois faits tout sauf anodins.

D'une part, le pouvoir de nuisance de la frange la plus dure du nationalisme flamand est plus que jamais réel. Pour arriver à leurs fins, les ultras du Nord sont prêts à renverser la table.

D'autre part, la porosité s'aggrave entre les deux formations nationalistes, la N-VA et le Vlaams Belang, et le VLD, voire certains cercles du CD&V. Plusieurs sénateurs de ces deux partis ont eux aussi crucifié Khattabi, pour de très mauvaises raisons.

Enfin, l'affaire Khattabi démontre la persistance, au sommet du MR, d'une relative complaisance à l'égard de la N-VA. Les libéraux ne sont pas masochistes. On ne leur demandait pas de soutenir Khattabi le sourire aux lèvres - cela fait des années qu'Ecolo flingue le MR - mais ils auraient pu adopter une attitude plus noble. Ils ont préféré le scénario politicien de la claque à Khattabi plutôt que le scénario du rappel à l'ordre de la N-VA, qui a échafaudé l'opération nauséabonde "Stop "Khattabi.

Slogans noirs

L'affaire Khattabi est un vrai scandale qui permet à l'extrême droite de jubiler. Zakia Khattabi était devenue, dans une large partie de la Flandre, l'incarnation du diable. Cette Flandre-là, ruminant ses slogans noirs, a gagné le match.Ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle.

C'est un très mauvais film. Un navet politique. L'intrigue est pourtant limpide. Un siège de juge se libère à la Cour constitutionnelle, chargée de vérifier la constitutionnalité des lois votées par les différents Parlements. Selon les règles en vigueur, le poste revient à Ecolo, ce que personne ne conteste. Les verts choisissent leur ancienne coprésidente, Zakia Khattabi, pour occuper le poste. Celle-ci présente sa candidature, qui doit être approuvée par le Sénat. En principe, une formalité."Stop Khattabi"A partir de là, tout s'emballe. La N-VA monte au front. Début décembre 2019, le parti de Bart De Wever lance une campagne haineuse, sous le mot d'ordre : "Stop Khattabi". Sur les réseaux sociaux, les fans de la N-VA, rejoints par ceux du Vlaams Belang, se déchaînent. Ils colportent les pires fake news. Khattabi serait une extrémiste, une activiste qui ne respecte pas les lois. Une rumeur enfle : à bord d'un avion, Zakia Khattabi aurait tenté physiquement d'empêcher l'expulsion d'un étranger en séjour illégal, décidée par la Justice.C'est faux. Khattabi n'a violé aucune loi, ni appelé à la rébellion dans un avion. Mais le mal est fait. Le doute s'insinue également chez certains élus flamands du VLD et du CD&V. A la mi-janvier 2020, le Sénat recale la candidature de Zakia Khattabi. A deux voix près, elle n'obtient pas la majorité requise des deux-tiers, malgré le soutien unanime des sénateurs francophones.Ce 15 mai, rebelote au Sénat, Zakia Khattabi est à nouveau recalée, plus nettement cette fois, car il n'y a plus d'unanimité dans les rangs francophones. L'écologiste est lâchée par les sénateurs MR.Interdit professionnelAu final, c'est un beau gâchis. La campagne anti-Khattabi orchestrée par la N-VA et le Vlaams Belang, a porté ses fruits. Et ils sont pourris. A l'issue d'une détestable "chasse à Khattabi", les nationalistes flamands ont édicté ce qui s'apparente à un véritable interdit professionnel. Il ne faut pas se leurrer, tout autre écologiste que Khattabi aurait rassemblé sur son nom, sans aucun souci, la majorité des deux-tiers, au Sénat. Khattabi, elle, cumulait plusieurs tares aux yeux de la N-VA et du Vlaams Belang : d'origine immigrée, à gauche, très impertinente, adepte de la "cash attitude" dans ses rapports avec les nationalistes, notamment la N-VA. Cela faisait beaucoup pour une seule femme, ciblée pour délit de sale gueule.Flirt avec le racismeContrairement au Vlaams Belang, la N-VA n'est pas structurellement un parti raciste. Mais, dans cette affaire, elle a mené une campagne flirtant sans guère de retenue avec le racisme. Elle a permis aux vrais racistes de marquer des points. Elle lève un coin du voile sur ce que pourrait être, à l'horizon 2024, une Flandre gouvernée par une majorité N-VA/Vlaams Belang. La vie ne sera pas rose pour ceux qui seront catalogués "mauvais Flamands".Pas glorieux, le MRLe MR ne sort pas grandi de ce mauvais film. Son président, Georges-Louis Bouchez, a saisi l'occasion pour faire un petit croc-en-jambes à Ecolo. Ni très cohérent, ni très glorieux. Pas sûr, d'ailleurs, que tous les libéraux aient apprécié la manoeuvre de leur leader. Car le MR apparaît encore un peu plus isolé sur la scène politique francophone, surtout à Bruxelles.La vengeance est un plat qui se mange froid. Il est évident que tôt ou tard les écologistes, qui ne sont pas des enfants de choeur, rendront aux bleus la monnaie de leur pièce.Scénario politicienFondamentalement, l'affaire Khattabi est un vrai scandale, qui laissera des traces. Elle met en exergue trois faits tout sauf anodins. D'une part, le pouvoir de nuisance de la frange la plus dure du nationalisme flamand est plus que jamais réel. Pour arriver à leurs fins, les ultras du Nord sont prêts à renverser la table.D'autre part, la porosité s'aggrave entre les deux formations nationalistes, la N-VA et le Vlaams Belang, et le VLD, voire certains cercles du CD&V. Plusieurs sénateurs de ces deux partis ont eux aussi crucifié Khattabi, pour de très mauvaises raisons. Enfin, l'affaire Khattabi démontre la persistance, au sommet du MR, d'une relative complaisance à l'égard de la N-VA. Les libéraux ne sont pas masochistes. On ne leur demandait pas de soutenir Khattabi le sourire aux lèvres - cela fait des années qu'Ecolo flingue le MR - mais ils auraient pu adopter une attitude plus noble. Ils ont préféré le scénario politicien de la claque à Khattabi plutôt que le scénario du rappel à l'ordre de la N-VA, qui a échafaudé l'opération nauséabonde "Stop "Khattabi.Slogans noirsL'affaire Khattabi est un vrai scandale qui permet à l'extrême droite de jubiler. Zakia Khattabi était devenue, dans une large partie de la Flandre, l'incarnation du diable. Cette Flandre-là, ruminant ses slogans noirs, a gagné le match.Ce n'est vraiment pas une bonne nouvelle.