Le politologue Pascal Delwit (ULB) est un observateur d'habitude nuancé du paysage politique belge. Cette fois, c'est un état des lieux d'une rare cruauté de la "maison PS" qu'il a livré, dans les colonnes du "Vif", ce 12 novembre (PS et Ecolo au prisme de la Vivaldi). Pascal Delwit a passé au scanner la grande carcasse du Parti socialiste. Son diagnostic est sans appel : "A bout de souffle, délité organisationnellement, obligé de faire appel à des consultants pour relancer et imaginer un projet pour la Wallonie, le PS apparaît comme un parti défait, incapable de rencontrer les défis qui se posent à lui".

Les propos du politologue sont étonnamment sévères. Les temps sont certes durs pour le PS, comme pour tous les partis de la gauche gestionnaire en Europe. Dans pratiquement tous les pays du Vieux continent, les socialistes ont subi d'importants revers électoraux. Ils peinent à se rénover et apparaissent en panne de projets mobilisateurs. La social-démocratie a trop longtemps campé dans une position défensive face aux partisans d'un ultra-libéralisme décomplexé. Elle paie aujourd'hui le prix de sa frilosité.

Un rapport de forces peu favorable

Le rapport de forces n'est pas favorable pour la gauche de gouvernement. Depuis la fin des années 1980, le PS francophone a témoigné d'une exceptionnelle longévité au pouvoir. Pendant un quart de siècle (jusqu'à la parenthèse du gouvernement de Charles Michel), les socialistes ont participé à de fort peu confortables coalitions avec des partis centristes, voire de centre-droit. Les réalisations n'ont pas toujours été à la hauteur des attentes. La base - le fameux "peuple de gauche" - a souvent été déçue. L'usure du pouvoir aidant, le PS aurait pu être rapidement laminé, après quelques compromis à la belge pas toujours exaltants. Ce scénario catastrophe, pour le PS, a été évité. Les socialistes, essentiellement sous la présidence d'Elio Di Rupo, ont longtemps constitué une exception européenne. Présents dans les gouvernements successifs, freinés dans leur volonté de prendre à bras-le-corps la question sociale (l'Open VLD, notamment, a souvent fait barrage aux réformes de gauche portées par le PS) embarrassés par quelques peu glorieuses "affaires", les socialistes sont restés le premier parti francophone. Sans doute parce qu'ils ont réussi, mieux que d'autres partis-frères en Europe, à limiter les dégâts du capitalisme triomphant.

Le PS n'est pas un parti "défait"

Les socialistes francophones auraient pu pratiquement disparaître des radars, comme le PS français. Il n'en fut rien, y compris lors des derniers scrutins communal (2018), fédéral, régional et européen (2019). Le PS occupe toujours la 'pole position' en Belgique francophone. Certes de justesse et en réalisant son score électoral plancher. Mais la performance n'est pas celle d'un parti "défait", comme l'écrit un peu vite Pascal Delwit. Ce qui frappe, c'est la capacité du PS, lors de chaque coup dur, à promouvoir des personnalités qui maintiennent le bateau à flots.Van Cau vacille à Charleroi ? Di Rupo sort Magnette de son chapeau. Mayeur, bourgmestre de Bruxelles, dérape, Close monte au front. Marcourt déçoit en soutenant - trop - longtemps le golden boy déchu, Stéphane Moreau ? Le duo Dermagne-Morreale prend le relais de l'ancien baron.

L'offre politique a changé, à gauche

C'est un PS tout sauf à bout de souffle qui, à l'échelon local, reste de loin la première force politique dans les deux plus grandes villes wallonnes, Liège et Charleroi, dans une majorité de villes moyennes, dans les banlieues rouges, et dans les quartiers à forte population d'origine immigrée, notamment en région bruxelloise. Bien sûr, le PS wallon ne retrouve plus ses scores de la fin du siècle dernier (44,5% en 1988, un peu plus de 26% lors du scrutin de 2019). Mais la comparaison n'a guère de sens, tant l'offre politique a radicalement changé. A l'époque, le PS disposait du quasi monopole de la gauche. Il n'avait pas de concurrent électoral dans le camp dit "progressiste". Aujourd'hui, le PS est pris en tenaille entre Ecolo (catalogué "rouge vert") et le PTB (qui s'autoproclame "gauche de la gauche"). Dans ce contexte compliqué, le PS a plus que sauvé les meubles. Mais sur le moyen et long terme, il a du souci à se faire, notamment face à la montée du PTB, aussi survitaminé que démagogique.

Parti de municipalistes ancrés sur le terrain local, gestionnaires habiles à grappiller quelques inflexions sociales dans les politiques régionales et fédérales, le PS dispose d'un autre atout de taille : il est globalement un parti uni, en tout cas un parti où les bisbrouilles internes influent peu sur la ligne de conduite globale. Cela n'a pas toujours été le cas. Cette unité, malgré un environnement parfois chaotique, est l'un des principaux acquis de la présidence Di Rupo. C'est en grande partie cette unité qui a permis au PS de rebondir après chaque crise, même les plus à hauts risques.

Redevenir un parti de militants

Le PS n'est pas à bout de souffle mais plusieurs défis périlleux se profilent pour le parti de Paul Magnette. Il devra marquer de son empreinte l'action du gouvernement fédéral. Ce ne sera pas simple, car la gauche n'y est pas majoritaire. Il devra faire face aux coups de boutoir du PTB dont la grande ambition est de siphonner l'électorat socialiste. Il devra réactiver un débat d'idées trop négligé : les énergies ont été monopolisées par plusieurs campagnes électorales successives et une longue période de négociations pour former un gouvernement. Il devra enfin veiller à redevenir un parti de militants, pas un parti d'élus et de notables.

L'ancrage sur le terrain a longtemps été la force du PS. S'il néglige cet ancrage, le PS se prépare des lendemains qui déchantent. Tel est sans doute le défi principal des prochains mois, pour les socialistes : concilier la gestion au jour le jour - ce sera souvent un sport de combat - et la mobilisation des militants de gauche. Pas seulement les membres du PS, mais tous ceux qui veulent construire concrètement une société plus juste et plus humaine, loin des slogans stériles de l'extrême gauche démagogique.

Le politologue Pascal Delwit (ULB) est un observateur d'habitude nuancé du paysage politique belge. Cette fois, c'est un état des lieux d'une rare cruauté de la "maison PS" qu'il a livré, dans les colonnes du "Vif", ce 12 novembre (PS et Ecolo au prisme de la Vivaldi). Pascal Delwit a passé au scanner la grande carcasse du Parti socialiste. Son diagnostic est sans appel : "A bout de souffle, délité organisationnellement, obligé de faire appel à des consultants pour relancer et imaginer un projet pour la Wallonie, le PS apparaît comme un parti défait, incapable de rencontrer les défis qui se posent à lui".Les propos du politologue sont étonnamment sévères. Les temps sont certes durs pour le PS, comme pour tous les partis de la gauche gestionnaire en Europe. Dans pratiquement tous les pays du Vieux continent, les socialistes ont subi d'importants revers électoraux. Ils peinent à se rénover et apparaissent en panne de projets mobilisateurs. La social-démocratie a trop longtemps campé dans une position défensive face aux partisans d'un ultra-libéralisme décomplexé. Elle paie aujourd'hui le prix de sa frilosité.Un rapport de forces peu favorableLe rapport de forces n'est pas favorable pour la gauche de gouvernement. Depuis la fin des années 1980, le PS francophone a témoigné d'une exceptionnelle longévité au pouvoir. Pendant un quart de siècle (jusqu'à la parenthèse du gouvernement de Charles Michel), les socialistes ont participé à de fort peu confortables coalitions avec des partis centristes, voire de centre-droit. Les réalisations n'ont pas toujours été à la hauteur des attentes. La base - le fameux "peuple de gauche" - a souvent été déçue. L'usure du pouvoir aidant, le PS aurait pu être rapidement laminé, après quelques compromis à la belge pas toujours exaltants. Ce scénario catastrophe, pour le PS, a été évité. Les socialistes, essentiellement sous la présidence d'Elio Di Rupo, ont longtemps constitué une exception européenne. Présents dans les gouvernements successifs, freinés dans leur volonté de prendre à bras-le-corps la question sociale (l'Open VLD, notamment, a souvent fait barrage aux réformes de gauche portées par le PS) embarrassés par quelques peu glorieuses "affaires", les socialistes sont restés le premier parti francophone. Sans doute parce qu'ils ont réussi, mieux que d'autres partis-frères en Europe, à limiter les dégâts du capitalisme triomphant.Le PS n'est pas un parti "défait"Les socialistes francophones auraient pu pratiquement disparaître des radars, comme le PS français. Il n'en fut rien, y compris lors des derniers scrutins communal (2018), fédéral, régional et européen (2019). Le PS occupe toujours la 'pole position' en Belgique francophone. Certes de justesse et en réalisant son score électoral plancher. Mais la performance n'est pas celle d'un parti "défait", comme l'écrit un peu vite Pascal Delwit. Ce qui frappe, c'est la capacité du PS, lors de chaque coup dur, à promouvoir des personnalités qui maintiennent le bateau à flots.Van Cau vacille à Charleroi ? Di Rupo sort Magnette de son chapeau. Mayeur, bourgmestre de Bruxelles, dérape, Close monte au front. Marcourt déçoit en soutenant - trop - longtemps le golden boy déchu, Stéphane Moreau ? Le duo Dermagne-Morreale prend le relais de l'ancien baron.L'offre politique a changé, à gaucheC'est un PS tout sauf à bout de souffle qui, à l'échelon local, reste de loin la première force politique dans les deux plus grandes villes wallonnes, Liège et Charleroi, dans une majorité de villes moyennes, dans les banlieues rouges, et dans les quartiers à forte population d'origine immigrée, notamment en région bruxelloise. Bien sûr, le PS wallon ne retrouve plus ses scores de la fin du siècle dernier (44,5% en 1988, un peu plus de 26% lors du scrutin de 2019). Mais la comparaison n'a guère de sens, tant l'offre politique a radicalement changé. A l'époque, le PS disposait du quasi monopole de la gauche. Il n'avait pas de concurrent électoral dans le camp dit "progressiste". Aujourd'hui, le PS est pris en tenaille entre Ecolo (catalogué "rouge vert") et le PTB (qui s'autoproclame "gauche de la gauche"). Dans ce contexte compliqué, le PS a plus que sauvé les meubles. Mais sur le moyen et long terme, il a du souci à se faire, notamment face à la montée du PTB, aussi survitaminé que démagogique.Parti de municipalistes ancrés sur le terrain local, gestionnaires habiles à grappiller quelques inflexions sociales dans les politiques régionales et fédérales, le PS dispose d'un autre atout de taille : il est globalement un parti uni, en tout cas un parti où les bisbrouilles internes influent peu sur la ligne de conduite globale. Cela n'a pas toujours été le cas. Cette unité, malgré un environnement parfois chaotique, est l'un des principaux acquis de la présidence Di Rupo. C'est en grande partie cette unité qui a permis au PS de rebondir après chaque crise, même les plus à hauts risques.Redevenir un parti de militantsLe PS n'est pas à bout de souffle mais plusieurs défis périlleux se profilent pour le parti de Paul Magnette. Il devra marquer de son empreinte l'action du gouvernement fédéral. Ce ne sera pas simple, car la gauche n'y est pas majoritaire. Il devra faire face aux coups de boutoir du PTB dont la grande ambition est de siphonner l'électorat socialiste. Il devra réactiver un débat d'idées trop négligé : les énergies ont été monopolisées par plusieurs campagnes électorales successives et une longue période de négociations pour former un gouvernement. Il devra enfin veiller à redevenir un parti de militants, pas un parti d'élus et de notables.L'ancrage sur le terrain a longtemps été la force du PS. S'il néglige cet ancrage, le PS se prépare des lendemains qui déchantent. Tel est sans doute le défi principal des prochains mois, pour les socialistes : concilier la gestion au jour le jour - ce sera souvent un sport de combat - et la mobilisation des militants de gauche. Pas seulement les membres du PS, mais tous ceux qui veulent construire concrètement une société plus juste et plus humaine, loin des slogans stériles de l'extrême gauche démagogique.