Le projet "We Welcome Young Refugees" est une réponse du club à la crise migratoire de 2015. Le but de cette initiative est d'intégrer des mineurs non-accompagnés par une combinaison d'entraînement sportif et des cours accompagnants. Des groupes de 6 à 10 réfugiés sont amenés trois fois par semaine au club pour des cours de langues où les jeunes discutent, en apprenant le français, l'anglais ou le néerlandais, de thèmes divers comme la culture belge, l'histoire, la géographie et de la vie quotidienne en Belgique. Après les cours de conversation, les jeunes s'entraînent en foot et ensuite le club propose un dîner pour tous les joueurs de l'équipe avant de ramener les réfugiés au centres Fedasil. Les jeunes viennent surtout du centre Rixensart et du centre Woluwe-Saint-Pierre.

Cette semaine le club célèbre le 2000ième jeune réfugié accueilli à Kraainem. En cadre de la célébration le secrétaire général de l'UEFA, le président de l'URBSFA, le président du Comité Olympique Interfédéral Belge, le commissaire européen à la Migration, le député européen Marc Tarabella et le Ministre fédéral des Affaires sociales, de la Santé publique, de l'Asile et de la Migration étaient présents.

Le 2000ième jeune réfugié et Laurent Thieule © Greta Pralle

Le Vif s'est entretenu avec Laurent Thieule, président du club de football de Kraainem sur le projet lancé par son club.

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Laurent Thieule : Je suis le président club de football de Kraainem depuis 10 ans et nous sommes à l'origine de ce projet d'accueil de jeunes réfugiés des centres fédéraux Fedasil à Kraainem depuis 4 ans maintenant. Depuis 4 ans, nous accueillons des mineurs non accompagnés. Ce sont des enfants qui sont arrivés sans leurs parents. Ici, à Kraainem, nous célébrons aujourd'hui le 2000e jeune réfugié accueilli à Kraainem en 4 ans.

Ce projet, est-il limité aux mineurs ou est-ce qu'il y a aussi des adultes qui y participent?

Non, on a fait le choix de mineurs non accompagnés sans leurs parents. C'est-à-dire ceux qui sont dans la difficulté la plus extrême, qui arrivent ici sans ressources, qui arrivent ici avec un petit bagage, qui sont accueillis dans les centres des jeunes réfugiés. Nous allons les chercher trois fois par semaine en camionnette pour les amener ici et, comme vous le voyez, leur proposer des tables de conversation en français, en anglais ou en néerlandais pour leur apprendre la langue du pays qui les accueille. Ensuite, ils jouent au football, ils s'entraînent avec nos équipes de football de leur âge, on leur offre un repas et puis ils retournent au centre, on les ramène le soir.

Est-ce qu'il y a des filles qui profitent de cette initiative ?

Pas encore, parce qu'en Belgique 80% des mineurs non accompagnés sont des garçons. Mais à partir du mois de novembre, on va accueillir un groupe de filles du centre de Rixensart le dimanche après-midi et là on va prendre les filles qui sont soit des mineures non accompagnées, soit des mères célibataires qui ont accouché de leur enfant en Belgique et qui ont mis leurs enfants à la maternité du centre de Rixensart. On va aller les chercher le dimanche après-midi pour venir ici, même avec leurs enfants. On fera du baby-sitting pour qu'elles jouent au foot dans les équipes de foot filles de Kraainem.

Comment le programme est-il financé ?

Le programme est financé avec l'aide de la Commission européenne. Depuis 4 ans, nous avons un programme Erasmus+. Nous sommes financés par la Fondation UEFA for children. Nous répondons à des appels d'offres. Nous avons été choisis parmi d'autres projets européens. Et puis, il y a des entreprises comme la fondation ENGIE, la fondation Levi Strauss, la Loterie nationale, la fondation P&V qui sont des donateurs privés. Le budget global à l'année représente à peu près 100 000 euros. 100 000 euros pour une année d'accueil de 500 réfugiés, donc en 4 ans ça fait 2000 réfugiés.

Diriez-vous que les réfugiés sont bien intégrés dans leurs équipes ?

La difficulté, c'est la langue. Parce que ces réfugiés ne parlent pas tous français. Certains ne parlent ni anglais ni français. Nous, nos jeunes parlent le français, l'anglais ou le néerlandais. Mais en même temps, le football une langue universelle. Il y a des codes, des modes presque magiques et ça facilite l'intégration. Alors l'étape suivante ça sera de lier des conversations avec les jeunes du club. Mais quand ils en sortiront, cela facilitera leur intégration en Belgique, pour apprendre un métier et se mettre à travailler. Ça va prendre du temps, mais nous, nous sommes une pièce de ce puzzle d'intégration. Nous essayons de le rendre plus agréable pour eux.

Diriez-vous qu'ils sont mieux intégrés dans la société belge que des réfugiés qui ne participent pas à un tel programme?

Je crois que l'intégration c'est un "two ways process". Il faut qu'il y ait un effort de la société civile d'accueil avec les municipalités, les communes, mais il faut aussi qu'il y ait un effort des réfugiés qui s'intègrent. Parce que si les réfugiés ne font pas d'efforts pour apprendre le néerlandais, le français- la langue du pays- ou pour rejoindre les programmes d'accueil sportifs ou culturels, ils vont rester marginalisés, ils vont avoir tendance à se communautariser entre eux, les Afghans avec les Afghans, les Somaliens avec les Somaliens, les Guinéens avec les Guinéens, etc. Et c'est un échec probable du processus d'intégration. Donc il faut que cet effort, il soit partagé par les jeunes réfugiés. Mais il faut leur expliquer parce que ce sont des enfants qui ont quitté leur famille. Ils ne savent pas où ils tombent et nous, notre rôle pédagogique est extrêmement important.

D'où viennent les réfugiés ?

Nous avons beaucoup d'Afghans, de Somaliens, d'Érythréens, de Guinéens (de Guinée-Conakry), d'Irakiens, d'Iraniens, de Syriens. Ce sont tous des pays en guerre. Ce ne sont pas des pays faciles, ce sont des pays où on peut imaginer qu'ils ont du mal à revenir parce qu'ils ont laissé leurs familles dans des situations économiques et de vie épouvantables.

S'ils viennent des pays si différents, est- ce qu'il y a souvent des problèmes culturels ?

Non ici, on a 350 jeunes qui sont originaires de 45 pays différents. Donc c'est une plateforme multiculturelle avec des familles d'origine différente. C'est le club de la diversité de Kraainem et cela nous a facilité l'intégration. Quand on a dit à nos familles qu'on va accueillir des Érythréens, des Somaliens, des Afghans, c'était beaucoup plus facile pour leur faire comprendre parce que le plus important, je le souligne, c'est la manière dont la communauté hôte accepte cette population étrangère. Il y a souvent des malentendus dans les sociétés. On a vu en Belgique que le gouvernement fédéral était tombé pour le problème l'immigration donc c'est un facteur qui fragilise l'équilibre politique, mais il faut lui donner un sens de cohésion sociale. Il faut que la cohésion sociale s'organise autour de ces jeunes qui ne demandent qu'à réussir leur intégration. Mais il faut leur en donner les moyens.

Dans le cadre de la célébration, le club de football a organisé un match amical entre deux équipes. En les voyant jouer, on constate que les jeunes de Kraainem et les jeunes réfugiés sont devenus une unité. Boubacar, un garçon de 14 ans d'origine du Sénégal, nous explique qu'il se sent à l'aise dans le club et que les autres joueurs sont devenu ses amis. Il se dit très content que le président du club l'ait invité à participer au projet, car le foot est sa passion.

© Greta Pralle

Le club de Kraainem souhaite encourager d'autres clubs de sport à créer des projets similaires avec le soutien du Comité Olympique et Interfédérale Belge (COIB). Il espère qu'à l'avenir des sports différents comme le basket, le cricket, les sports de combat, l'athlétisme et le hockey seront proposer aux réfugiés. Le club est convaincu que le sport favorise les processus d'intégration.

Greta Pralle