""Plutôt mourir que d'être un Juif anderlechtois", hurlent des fans de Bruges et le joueur Noa Lang, fêtant leur titre de champion de Belgique. Il court, il court, le funeste stéréotype : le club de la Capitale est riche ... comme les Juifs. La direction du FC Bruges ne voit pas où est le problème. "Il n'y a aucune intention antisémite. Noa Lang n'a voulu blesser ni offenser personne". A entendre certains, tout cela ne serait que du folklore. "Ces surnoms (ndlr : les Juifs pour Anderlecht, les bourrins pour Bruges...) sont d'ailleurs souvent adoptés par les supporters eux-même". Non, décidément, il n'y a pas de feu à la maison.

Propos abjects

Si, il y a le feu à la maison. Le foot est trop souvent un univers à part, où tout semble permis, même les propos les plus abjects. Quelques exemples sont tristement célèbres. "Mon père et ma mère ont brûlé des Juifs, parce que les Juifs brûlent le mieux", vocifèrent des supporters brugeois, en août 2018. "Les Wallons, c'est du caca", scandent des supporters de Genk, en octobre 2019. Sans oublier les cris de singe qui fusent périodiquement dans des stades d'Europe, lorsqu'un joueur à la peau noire s'empare du ballon. Sans oublier, bien sûr, les propos homophobes et sexistes, un grand classique des tribunes fréquentées par les ultras du foot.

Un soi-disant 'folklore'

Face à ce déferlement de haine, la réaction des clubs de foot les plus concernés (à l'échelon belge, le FC Bruges se distingue tristement) est indigente. Pour l'essentiel, ils minimisent. Ils répètent en boucle la fable d'un soi-disant 'folklore' qui peut certes paraître bête et méchant mais qui serait, en fait, inoffensif. Certains vont même un cran plus loin. A les entendre, les stades de foot serviraient d'exutoire utile pour contenir la haine d'une minorité de supporters. Autrement dit, ils se défoulent dans les gradins et quand ils quittent le stade, ils se sentent mieux et redeviennent doux comme des agneaux.

Un porte-voix pour le Belang

Je ne crois pas un seul instant à cette fable du "foot défoulement". Je suis convaincu, au contraire, que le foot poubelle, raciste, antisémite, homophobe, gonfle les rangs de l'extrême droite. Ce n'est pas un hasard si le Vlaams Belang caracole en tête des sondages et serait le premier parti de Flandre (lors du dernier scrutin, il était le second). Son discours haineux est entendu sans filtre et en toute impunité dans de nombreux stades de foot.

Le foot poubelle est un porte-voix pour le Vlaams Belang. Il est temps d'agir. Ne plus abandonner le terrain à ceux qui colportent les pires horreurs sur 'les Juifs rapaces, les Wallons fainéants, les Africains sous-hommes'. Il faut en finir avec ce foot poubelle qui diffuse un discours honteux. Il faut aussi en finir avec un langage d'affrontement complètement irresponsable. A la veille d'un match important, certains journalistes titrent : "Standard-Anderlecht (ou Bruges-Anderlecht), ce sera la guerre ! ". C'est une image, bien sûr, mais elle est détestable. Le foot, cela n'est pas, cela ne peut jamais être, la guerre. Le foot poubelle, c'est celui qui tient un discours de champ de bataille, faisant passer le message subliminal selon lequel tous les coups sont permis.

Ne plus fermer les yeux

Il serait incompréhensible que le meilleur joueur (Noa Lang) du meilleur club belge (Bruges) - qui devrait se comporter en sportif exemplaire - ne soit pas sanctionné pour son dérapage antisémite. Mais plus largement, il serait lamentable que les autorités du foot continuent à fermer les yeux sur les nombreux propos et attitudes intolérants constatés dans les tribunes de foot. Celles-ci ne peuvent pas être des zones de non-droit, une jungle où le virus de la haine circule librement, sous prétexte que 'tout cela, c'est du folklore, une vieille tradition qui veut qu'entre clubs rivaux, le temps d'un match, on se charrie, on s'injurie...et puis on oublie tout'. On n'oublie rien du tout . Le foot poubelle est la honte du sport. Le foot poubelle, non merci !

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

""Plutôt mourir que d'être un Juif anderlechtois", hurlent des fans de Bruges et le joueur Noa Lang, fêtant leur titre de champion de Belgique. Il court, il court, le funeste stéréotype : le club de la Capitale est riche ... comme les Juifs. La direction du FC Bruges ne voit pas où est le problème. "Il n'y a aucune intention antisémite. Noa Lang n'a voulu blesser ni offenser personne". A entendre certains, tout cela ne serait que du folklore. "Ces surnoms (ndlr : les Juifs pour Anderlecht, les bourrins pour Bruges...) sont d'ailleurs souvent adoptés par les supporters eux-même". Non, décidément, il n'y a pas de feu à la maison.Propos abjectsSi, il y a le feu à la maison. Le foot est trop souvent un univers à part, où tout semble permis, même les propos les plus abjects. Quelques exemples sont tristement célèbres. "Mon père et ma mère ont brûlé des Juifs, parce que les Juifs brûlent le mieux", vocifèrent des supporters brugeois, en août 2018. "Les Wallons, c'est du caca", scandent des supporters de Genk, en octobre 2019. Sans oublier les cris de singe qui fusent périodiquement dans des stades d'Europe, lorsqu'un joueur à la peau noire s'empare du ballon. Sans oublier, bien sûr, les propos homophobes et sexistes, un grand classique des tribunes fréquentées par les ultras du foot.Un soi-disant 'folklore'Face à ce déferlement de haine, la réaction des clubs de foot les plus concernés (à l'échelon belge, le FC Bruges se distingue tristement) est indigente. Pour l'essentiel, ils minimisent. Ils répètent en boucle la fable d'un soi-disant 'folklore' qui peut certes paraître bête et méchant mais qui serait, en fait, inoffensif. Certains vont même un cran plus loin. A les entendre, les stades de foot serviraient d'exutoire utile pour contenir la haine d'une minorité de supporters. Autrement dit, ils se défoulent dans les gradins et quand ils quittent le stade, ils se sentent mieux et redeviennent doux comme des agneaux.Un porte-voix pour le BelangJe ne crois pas un seul instant à cette fable du "foot défoulement". Je suis convaincu, au contraire, que le foot poubelle, raciste, antisémite, homophobe, gonfle les rangs de l'extrême droite. Ce n'est pas un hasard si le Vlaams Belang caracole en tête des sondages et serait le premier parti de Flandre (lors du dernier scrutin, il était le second). Son discours haineux est entendu sans filtre et en toute impunité dans de nombreux stades de foot.Le foot poubelle est un porte-voix pour le Vlaams Belang. Il est temps d'agir. Ne plus abandonner le terrain à ceux qui colportent les pires horreurs sur 'les Juifs rapaces, les Wallons fainéants, les Africains sous-hommes'. Il faut en finir avec ce foot poubelle qui diffuse un discours honteux. Il faut aussi en finir avec un langage d'affrontement complètement irresponsable. A la veille d'un match important, certains journalistes titrent : "Standard-Anderlecht (ou Bruges-Anderlecht), ce sera la guerre ! ". C'est une image, bien sûr, mais elle est détestable. Le foot, cela n'est pas, cela ne peut jamais être, la guerre. Le foot poubelle, c'est celui qui tient un discours de champ de bataille, faisant passer le message subliminal selon lequel tous les coups sont permis.Ne plus fermer les yeuxIl serait incompréhensible que le meilleur joueur (Noa Lang) du meilleur club belge (Bruges) - qui devrait se comporter en sportif exemplaire - ne soit pas sanctionné pour son dérapage antisémite. Mais plus largement, il serait lamentable que les autorités du foot continuent à fermer les yeux sur les nombreux propos et attitudes intolérants constatés dans les tribunes de foot. Celles-ci ne peuvent pas être des zones de non-droit, une jungle où le virus de la haine circule librement, sous prétexte que 'tout cela, c'est du folklore, une vieille tradition qui veut qu'entre clubs rivaux, le temps d'un match, on se charrie, on s'injurie...et puis on oublie tout'. On n'oublie rien du tout . Le foot poubelle est la honte du sport. Le foot poubelle, non merci !Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche