Bart De Wever et son état-major n'ont rien inventé en vomissant les socialistes, wallons dans leur chef. Bien avant leurs saillies, et bien loin des tranchées idéologiques belgo-belges, Ayn Rand, entre autres, dénonçait ce qu'elle considérait comme les ravages causés par " l'Etat- providence ". Par la solidarité entre individus, classes sociales et territoires. En 1957, dans La Grève (Atlas Shrugged), son roman majeur, l'écrivaine russe naturalisée américaine imaginait une cohorte d'entrepreneurs géniaux refusant que leurs innovations servent à tout le monde et réclamant d'en être les uniques bénéficiaires. Ces patrons-là s'estimaient prisonniers, esclaves même, d...

Bart De Wever et son état-major n'ont rien inventé en vomissant les socialistes, wallons dans leur chef. Bien avant leurs saillies, et bien loin des tranchées idéologiques belgo-belges, Ayn Rand, entre autres, dénonçait ce qu'elle considérait comme les ravages causés par " l'Etat- providence ". Par la solidarité entre individus, classes sociales et territoires. En 1957, dans La Grève (Atlas Shrugged), son roman majeur, l'écrivaine russe naturalisée américaine imaginait une cohorte d'entrepreneurs géniaux refusant que leurs innovations servent à tout le monde et réclamant d'en être les uniques bénéficiaires. Ces patrons-là s'estimaient prisonniers, esclaves même, d'une espèce de totalitarisme étatique et partaient dès lors en grève. Provoquant le chaos. Et l'effondrement des services publics, de l'économie, des gouvernements, des Etats. La Grève, à ranger parmi les bibles de l'ultralibéralisme , assimilant à de l'assistanat tout soutien public, s'érige comme une formidable parabole opposant les différentes formes du " pouvoir ". Celui des élus, celui de l'argent, celui des monopoles, celui des collectivités, celui des individus, celui des salons, celui de la rue, celui des cerveaux, celui des dogmes, celui des convictions, celui de la force, celui de la résistance, celui des réseaux... Celui qui se déplace, selon les époques et les circonstances. Celui qui, en démocratie, n'est jamais monolithique. Celui qui, par les temps qui courent, est même toujours volatil. Emietté. Disséminé en parts et importance très inégales entre de plus en plus d'acteurs, groupés ou isolés, déclarés ou masqués, mais gravitant sur des axes comparables à une abscisse et une ordonnée d'un graphique censé représenter " la société ". Témoin, l'inventaire que nous dressons cette semaine des personnalités (des hommes, en écrasante majorité), organisations et secteurs les plus puissants en Belgique. On y comprend, si un doute subsistait encore, que les gouvernants, notamment, voient leur pouvoir se réduire sans cesse compte tenu de l'irruption de nouveaux cercles, de nouvelles contraintes, en ce compris celles dictées par-delà nos frontières, de nouveaux comportements, de nouvelles technologies, de nouveaux leviers d'action, de nouvelles revendications, etc.Comme des rois nus. Des pantins, sur un théâtre d'ombres, qui font qu'on voit bien les ficelles tirées, avec une subtilité parfois relative. Pourtant, c'est, invariablement, vers ces caïds déchus que tous les autres détenteurs de pouvoir se tournent dès lors qu'il s'agit de défendre leurs intérêts. Ainsi, chez nous, aujourd'hui, face à l'absence, prévisible et prévue, de nouvelle majorité fédérale. Elle résulte de l'incompatibilité totale, existentielle même, entre la N-VA et le PS. Mais les appels au dialogue et à la coopération se multiplient. Au nom de la " responsabilité ", ce pendant si souvent oublié du pouvoir. Pas sûr que porteront les pressions sur les nationalistes flamands et, surtout, sur les socialistes francophones. Peut-être d'ailleurs vaudrait-il mieux qu'elles restent lettre morte. Parce que pour regagner en fiabilité, nos politiques doivent user avant tout de l'un des derniers pouvoirs qu'ils détiennent encore. Celui de refuser de s'allier ou discuter avec qui que soit coûte que coûte. Le citoyen étant là pour exercer l'un des siens. En retournant aux urnes.