"Ça me fait un peu penser au conseil à la fin d'un épisode de Koh-Lanta. Tout le monde se sent obligé de prendre la parole pour présenter sa vérité." La métaphore, plutôt bien vue en comparant cette messe devenue régulière au jury de l'émission télévisée, émane d'Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid, ce lundi 10 mai dans les colonnes du Soir, pour décrire ce Codeco transformé, depuis un an de crise, en un rendez-vous obligé pour les Belges s'ils veulent savoir de quoi leur avenir immédiat sera fait.
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"Ça me fait un peu penser au conseil à la fin d'un épisode de Koh-Lanta. Tout le monde se sent obligé de prendre la parole pour présenter sa vérité." La métaphore, plutôt bien vue en comparant cette messe devenue régulière au jury de l'émission télévisée, émane d'Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid, ce lundi 10 mai dans les colonnes du Soir, pour décrire ce Codeco transformé, depuis un an de crise, en un rendez-vous obligé pour les Belges s'ils veulent savoir de quoi leur avenir immédiat sera fait.Un nouveau Comité de concertation se réunit ce mardi pour décider de la suite progressive du déconfinement. Au menu: le plan "intérieur", la réouverture de l'horeca, la reprise du travail, les voyages pour l'été... Selon plusieurs médias, la date qui se trouve sur la table pour une réouverture complète de l'horeca serait le 9 juin.A cette date, la "bulle" à domicile passerait de deux à quatre personnes et l'obligation de télétravail serait assouplie (en autorisant le retour en présentiel à raison d'un jour par semaine par travailleur, avec la présence de 50 % maximum du personnel total dans les locaux.Plus que jamais, alors que la sortie de crise se profile, cet organe essuie de vives critiques tant son mode de décision serait trop lourd, trop complexe, bien trop à la source de compromis inaudibles ou injustifiés."Le Comité de concertation, c'est comme la voiture familiale, souligne encore un interlocuteur du Soir: tout le monde préférerait conduire une petite sportive, mais c'est le seul véhicule dans lequel on peut faire rentrer toute la famille."Un hors-bord? Une start-up? Un organe de gestion de crise? Le Comité de concertation devrait pourtant être tout cela à la fois, en effet. Mais c'est sans compter la situation belge.La complexité de notre système impose ce rendez-vous qui réunit le gouvernement fédéral (le Premier ministre, le ministre de la Santé et les vice-Premiers) avec les représentants des entités fédérées (en la personne de leurs ministres-présidents). Si chacun de ses membres doit être là, c'est bien parce que les compétences sont éclatées entre les différents niveaux de pouvoir. Et que chacun doit non seulement assumer les décision qui en découle, mais aussi, bien souvent, les appliquer."On oublie parfois que la Belgique est un Etat fédéral et donc que le gouvernement fédéral n'a pas tous les pouvoirs, explique Elio Di Rupo (PS), ministre-président wallon, à nos confrères. Pour cette crise, il serait impensable qu'il décide seul. Ce serait une source de conflits. Dans notre modèle belge, il faut à tout le moins un consensus des Communautés et des Régions quand on parle de leurs compétences."Pour être juste, il faut rappeler que le recours au "Comité de concertation" remonte à la mise en place de la majorité Vivaldi pilotée par le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD). Avant cela, sous la direction de Sophie Wilmès (MR), l'organe se nommait Conseil national de sécuritéLe Conseil national de sécurité avait été créé par son prédécesseur, Charles Michel (MR), pour gérer la menace terroriste. Le modèle était d'inspiration purement américaine: on y trouvait des représentants des organes de sécurité et de renseignement, en plus des ministres ayant en charge ces compétences. Concrètement, le CNS a été "recyclé" pour gérer la menace sanitaire, au début de la pandémie. Les responsables de la sécurité ont été remplacés par des experts sanitaires. Mais dès la première réunion, les observateurs ont écarquillé des yeux en voyant la réunion durer jusqu'en bout de soirée, avec une conférence de presse en direct télévisé à près de 23h. La Covid restait un mal méconnu et les artbitrages n'étaient pas simples. Mais la complexité institutionnelle s'est invitée, dès le début, avec ses sensibilités différentes d'une Région à l'autre.Si Alexander De Croo a décidé de rebaptiser le Conseil national de sécurité en Comité de concertation, c'est par volonté de rupture. La gestion de la première vague de l'épidémie a été fortement critiquée et il convenait de montrer qu'il y avait une façon de travailler différente. C'est, au fond, l'image de cette Vivaldi qui souhaite démontrer que la Belgique continue à fonctrionner, face aux critiques nationalistes.Lapin, je te baptise carpe... Le Comité de concertation, en outre, est un autre organe préexistant, qui réunit le fédéral et les entités fédérées pour gérer les litiges et, normalement, être le moteur d'un "fédéralisme de coopération" - ce qu'il a rarement été, dans les faits.Les réunions ont été raccourcies, les communications améliorées, la gestion de la crise stabilisée dans un premier temps du moins, avant que la lassitude ne s'empare des Belges. Surtout, les conférences de presse en direct à la télévision sont devenues l'objet de nouvelles critiques. "Ces conférences sont trop longues et ennuyeuses, alors qu'il n'y a parfois pas grand-chose à dire, résume, au Soir, le virologue Marc Van Ranst. C'est une mauvaise idée depuis le début. Il y a une confusion entre la conférence de presse pour détailler les mesures et le discours vers la population."Ces Comités de concertations sont, en outre, devenus des moments de "combat politique" où chacun cherche à se profiler, avec les déclarations habituelles dans les jours qui précèdent pour réclamer l'un ou l'autre assouplissement - le plus souvent en phase avec le lobby de l'un ou l'autre secteur. Le Premier ministre, lui, insiste: "Il faut une patience d'ange, mais malgré tout, on parvient à avancer."L'opposition, à longueur de questions d'actualité à la Chambre, tous les jeudis après-midi, ne cesse de critiquer ce mode de fonctionnement erratique. "Il faut une unité de commandement", ne cesse de marteler Catherine Fonck (CDH) et Sophie Rohonyi (DéFI), souvent fidèles au rendez-vous.Un renouvelement de cet organe clé de la crise devrait, toutefois, sans doute passer par une réforme de l'Etat. La vision confédérale de la N-VA prévoit de mettre en place un gouvernement "confédéral" resserré, composé des ministres des entités fédérées. D'autres partis plaident pour une réhomogénisation des compétences en matière de santé, dans les Régions (version CD&V) ou plutôt au fédéral (version de certains francophones).Entre les deux, un nouveau compromis devra être trouver, loin sans doute de la "voiture de sport". En attendant, le "conseil de Koh-Lanta" ou la "voiture familale" devront encore rendre quelques précieux services.