Pour le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD), c'est l'épreuve de vérité. Après avoir géré la crise du Covid en mode urgence pendant dix mois, sa rentrée politique est placée sous le signe des enjeux socio-économiques.
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Pour le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD), c'est l'épreuve de vérité. Après avoir géré la crise du Covid en mode urgence pendant dix mois, sa rentrée politique est placée sous le signe des enjeux socio-économiques.C'était écrit: cela provoque d'importantes tensions en raison d'un jeu de positionnement des sept partenaires qui composent cette Vivaldi fédérale. La crédibilité du projet de la majorité est en jeu. La N-VA a déjà beau jeu de proclamer que le seul ciment qui lie l'équipe au pouvoir, c'est... le rejet de la N-VA.Paul Magnette, président du PS, a mis la main sur l'agenda en pressant, lors de sa rentrée en août, le Premier ministre d'agir rapidement pour mener à bien des réformes fondamentales. Il y a une logique à cela: les socialistes francophones ont la main sur les principaux portefeuilles socio-économiques du gouvernement: travail et économie (Pierre-Yves Dermagne), pensions et intégration sociale (Karine Lalieux), relance et investissements stratégiques (Thomas Dermine). Cette fin d'année est "leur" moment.Dont acte: c'était l'agenda prévu initialement, mais le PS se l'est approprié et le Premier a acquiescé.Le projet de réforme des pensions présenté par la ministre Karine Lalieux a rapidement mis le feu aux poudres. pensions anticipée et à temps partiel à 62 ans, bonus pension, abandon du système à points et des métiers pénibles... Bien sûr, il n'y a pas de retour sur le coeur du projet de la suédoise, cette pension à 67 ans tant décriée, mais une volonté quand même de remettre du rouge dans le moteur.Pour le PS, l'équation est claire: il faut obtenir des acquis sociaux pour freiner cette campagne permanente du PTB à son égard, dont l'absence d'un retour de la pension à 65 ans est un coeur de message.Pour les libéraux francophones de Georges-Louis Bouchez, cette potion des pensions est imbuvable, forcément et insoutenable financièrement: fâché de l'avoir découvert dans la presse, le MR réclame que l'on remette le texte sur le métieur. L'occasion, cela dit en passant, pour Karine Lalieux de redéfendre son bébé.Le MR est en mode riposte et offensif sur les accents libéraux, pour ne pas changer. Ce sont les exclusions des chômeurs de longue durée qui refusent un métier en pénurie qui reviennent sur la table. C'est le retour à la modération budgétaire qui est avancé alors que la reprise économique ne nécessiterait plus autant d'investissements que prévus surtout, cela a été martelé auparavant, s'il s'agit de répéter les mauvaises gouvernances socialistes du passé.Les libéraux doivent obtenir des gages au centre-droit, eux dont bien des sympathisants risquent de regretter les accents "gauchistes" de la Vivaldi face aux acquis de la Suédoise précédente.Dans l'entonnoir des réformes, il y a aussi la réforme fiscale du ministre CD&V Vincent Van Peteghem et tout le volet climatique/énergétique, dont le sulfueureux dossier nucléaire lié au mix énergétique du futur. L'automne promet d'être explosif. D'autant qu'il convient de ne pas oublier le dossier migratoire, qui n'a déjà pas été loin de faire exploser la Vivaldi cet été et qui va rebondir avec la crise afghane.Ecolo, pour sa part, tente de ne pas se laisser entraîner dans cette "politique politicienne" que constituent les bras de fer PS-MR. Premiers à organiser leur congrès de rentrée, ce week-end, les coprésidents Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane ont refusé de se prononcer sur les sujets du moment qui divisent. Une volonté de faire de la politique autrement.Message mobilisateur, sur fond d'inondations en Wallonie et d'excès climatiques tous azimuts, cet été: "La lutte contre le dérèglement climatique est l'affaire de toutes et tous. Il faut décréter la mobilisation générale." Sauf quela mobilisation en question nécessitera des choix forts, courageux, et que cela fait déjà grincer des dents libérales et socialistes en terme d'économie, d'énergie (et de son coût), de mobilité, potentiellement de fiscalité...L'approche qualifiée de "communatariste" d'Ecolo dans le dossier migratoire, notamment, est un autre point qui fâche.Gilles Vanden Burre, chef de file Ecolo à la Chambre, déposait aussi dans Le Vif ce dimanche un "plaidoyer pour la Belgique": en plus de tout cela, d'ici la fin de l'année, la réflexion sur une nouvelle réforme de l'Etat est avancée. Ce "projet positif pour la Belgique" doit avant tout trouver sa concrétisation, faute de quoi la suite se fera dans de singulières tensions.Et dans tout cela, on ne parle même pas des frictions en Flandre où deux des partis de la coalition (CD&V et Open VLD) sont sous la menace directe de la N-VA et du Vlaams Belang.Vous avez dit "chaud devant"?