Jürgen Conings, le militaire d'extrême droite, était membre du Vlaams Belang depuis avril 2020, mais ce n'est pas cela qui suscite des remous en Flandre. Par contre, le grand entretien accordé ce week-end au Tijd par Tom Van Grieken, président du parti d'extrême droite, est de nature à changer la donne au Nord du pays. Telle est l'analyse faite au Vif par Carl Devos, politologue de l'université de Gand. Le leader du Vlaams Belang avait soutenu, dans cet entretien, la nécessité d'une "force dominante blanche" en Flandre.
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Jürgen Conings, le militaire d'extrême droite, était membre du Vlaams Belang depuis avril 2020, mais ce n'est pas cela qui suscite des remous en Flandre. Par contre, le grand entretien accordé ce week-end au Tijd par Tom Van Grieken, président du parti d'extrême droite, est de nature à changer la donne au Nord du pays. Telle est l'analyse faite au Vif par Carl Devos, politologue de l'université de Gand. Le leader du Vlaams Belang avait soutenu, dans cet entretien, la nécessité d'une "force dominante blanche" en Flandre."Que Jürgen Conings soit membre du Vlaams Belang, ce n'est pas un séisme politique, explique Carl Devos. Les responsables du Vlaams Belang pourront toujours dire qu'ils ne peuvent pas contrôler ce que font tous leurs membres. Même si c'est embarrassant, bien sûr, parce que son adhésion dit quand même quelque chose de ce parti et que Tom Van Grieken essayait jusqu'ici de couper tout lien entre cette affaire et le Vlaams Belang." Lors d'une interview, sur la VRT, le président d'extrême droite s'était même ouvertement moqu" d'un journaliste qui établissait ce lien.Non, ce qui provoque un tumulte en Flandre, c'est bel et bien l'entretien accordé par Tom Van Grieken au Tijd, samedi 29 mai. "Jusqu'ici, Tom Van Grieken était un peu le 'Mister Clean' du Vlaams Belang, souligne le politologue gantois. C'était en quelque sorte le beau-fils idéal, il incarnait plutôt la droite radicale, alors que Filip Dewinter ou Dries Van Langenhove incarnent véritablement l'extrême droite. Ce qu'il exprime dans cet entretien, c'est la thèse supprématiste blanche, je ne dis pas que ce sont des propos ouvertement racistes, mais il introduit en tout cas l'élément racial dans son discours identitaire."Cela ne devrait pas forcément coûter des voix au Vlaams Belang, qui caracole en tête des intentions de vote en Flandre, estime le politologue. "Les électeurs ne devrait pas le sanctionner pour ça, souligne-t-il. Par contre, les autres partis politiques ont été choqués par ces propos. Or, Tom Van Grieken affichait ouvertement sa volonté de dédiaboliser son parti pour viser le pouvoir en 2024, certainement pas au niveau belge, mais bien à la Région flamande ou, à tout le moins, dans des villes et communes."La N-VA, singulièrement, est outrée par cette évolution. Des discussions avaient eu lieu durant l'été 2019 entre les deux formations indépendantistes flamandes pour envisager une collaboration - en vain. Certains, en Flandre, estimaient que ce pourrait se reproduire en 2024, surtout si ls deux partis sont mathématiquement dans la possibilité d former ensemble une majorité. "Bart De Wever a réagi en déclarant qu'il s'agissait d'une conception essentialiste de l'identité, souligne Carl Devos. Si le président de la N-VA cherchait encore un argument pour maintenir un mur de Berlin entre le deux formations pour 2024, il est tout trouvé. Tant que De Wever sera à la tête de la N-VA, la perspective d'une alliance entre les deux partis est définitivement compromise."Tom Van Grieken, souligne Carl Devos, a commis une faute stratégique en s'exprimant de la sorte. "C'est sans doute le fruit d'une trop grande confiance en soi. Il exprime désormais des choses qu'il n'osait pas dire il y a quelques mois de cela." Un écart alors que depuis deux semaines, le parti zigzaguait sur l'affaire Conings, affirmant d'une part que "la violence n'est jamais la solution", d'autre part qu'ils comprennent les motivations d'une telle dérive. Le zig-zag, visiblement, pourrait finir dans le mur.