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"En rejoignant l'Ecole royale militaire, la princesse s'inscrit dans une longue tradition de la famille royale", a souligné le Palais lors de l'annonce de l'intégration d'Elisabeth à la 160e promotion sciences sociales et militaires (SSMW) de l'école bruxelloise. De fait, elle met ses pas, à partir de ce 31 août, dans ceux de son père, de son oncle Laurent, de son cousin et parrain le prince Amedeo, ou encore du prince Alexandre, le demi-frère de Baudouin et Albert, qui a suivi les cours de l'ERM en 1960-1961. Si Elisabeth ne passera qu'une année à l'ERM, Philippe, lui, y est resté trois ans (1978-1981), au sein de la 118e promotion toutes armes. Il est nommé sous- lieutenant en 1980 et prête le serment d'officier, avant de passer les épreuves pour devenir pilote de chasse et d'hélicoptère. En juillet 1982, il reçoit des mains de son oncle le roi Baudouin ses ailes de pilote. En octobre 1982, il obtient les brevets de para et de commando et exerce ensuite la fonction de commandant de peloton au sein du 3e bataillon para à Tielen. Son frère Laurent, lui, reste une seule année à l'ERM (1983-1984). Vingt ans plus tard, le prince Amedeo a intégré la 144e promotion (2004-2005) et a été nommé sous-lieutenant. La mère d'Amedeo, la princesse Astrid, est colonelle dans la composante médicale de l'armée, mais elle n'a pas dû suivre la formation classique d'officier. Après l'abolition, en 1991, de la loi salique, Astrid s'est retrouvée en 3e position dans l'ordre de succession, derrière son père et son frère aîné. Elle pouvait donc être appelée un jour à devenir reine régnante. Du coup, elle a rejoint, sur le tard, le service médical de l'armée, où elle a obtenu, en mai 1997, le grade de lieutenant-colonel, qui en réalité n'existe pas dans cette composante : le titre exact est "médecin-colonel", mais la princesse n'est pas médecin. "On l'a priée de suivre une formation militaire rapide pour qu'elle puisse porter l'uniforme", explique l'historien Francis Balace. Car la tradition veut que les membres de la famille royale se présentent en tenue militaire au défilé de la Fête nationale et lors d'autres cérémonies ou rencontres protocolaires. Autre tradition : faire porter au frère du roi l'uniforme de la Marine. Le prince Laurent, frère de Philippe, y a fait son service militaire. Au terme de sa formation navale, il a prêté le serment d'officier, en octobre 1985. Son père Albert, frère du roi Baudouin, a lui aussi opté pour la Marine. Comme la princesse Astrid, il n'a pas fait le détour par l'ERM. Du 15 mai au 1er août 1953, le prince de Liège a suivi une formation d'élève officier-pont au centre d'instruction de Bruges, avant de participer à une campagne d'amarinage sur une frégate. Baudouin, lui, n'a pas eu l'occasion de suivre une formation militaire : il a été contraint de monter sur le trône très jeune, sur fond de Question royale. Il n'a pas 20 ans quand son père Léopold III, rentré d'exil avec ses fils, fait nommer l'aîné "prince royal" et lui remet ses pouvoirs. Lors de sa prestation de serment, le 11 août 1950, Baudouin apparaît dans un uniforme trop large - sans doute l'un de ceux de son père - et son képi lui tombe sur les oreilles. La veille de la prestation de serment, son père doit lui montrer comment passer les troupes en revue et saluer le drapeau, confiera plus tard l'épouse de Léopold III, Lilian Baels. Onze mois plus tard, le roi abdique et Baudouin devient roi. A l'âge où ses prédécesseurs quittent l'ERM, il est lieutenant-général, sans avoir passé un jour à l'armée. A l'inverse, Léopold III a bénéficié d'une solide formation militaire : en pleine Première Guerre mondiale (avril 1915), le futur souverain est incorporé, dès l'âge de 13 ans, pendant ses vacances scolaires, comme simple soldat au 12e régiment de ligne. Après la victoire, cette formation sur le tas est complétée par deux années d'études à l'ERM. S'y ajouteront des temps de service comme officier. Peu avant sa mort, Albert Ier répétait encore à son héritier : "N'oublie jamais l'Armée, Léopold. " Albert Ier a apprécié dès sa jeunesse la fréquentation des milieux militaires. Grâce à eux, ce fils cadet du très conservateur Philippe, comte de Flandre, s'est retrouvé au contact d'une certaine diversité sociale. Jeune homme gauche, timide et peu doué pour les études, le futur Roi-Chevalier rejoint l'ERM en décembre 1891 (41e promotion infanterie et cavalerie), à l'âge de 16 ans. L'année suivante, il est nommé sous-lieutenant au régiment des grenadiers. Son oncle Léopold II n'a pas beaucoup d'estime pour ce prince qui, à sa naissance, en 1875, paraissait très éloigné du trône. Si, à partir de 1891, on se décide à lui donner une formation de futur souverain, c'est parce que deux héritiers successifs sont décédés prématurément : son cousin, le duc de Brabant, fils de Léopold II, emporté à 9 ans par une pneumonie (en janvier 1869) ; et le prince Baudouin, frère aîné d'Albert, qui connaît le même sort à 21 ans, en janvier 1891. Ce Baudouin-là est le premier membre de la famille royale à être passé par l'ERM. Il y entre à la veille de ses 15 ans, en mai 1884. Le rapport sur ses études est élogieux. Dans chaque cours, le prince figure au premier rang de sa promotion. Et le rapport de préciser : "Le directeur des études, en assistant à plusieurs interrogations, a pu s'assurer qu'il n'y avait aucune exagération dans les cotes de mérite données par les professeurs." A 20 ans, il a belle allure en tenue militaire et est populaire. Toutefois, d'après sa soeur Henriette, il se dit "ni libéral, ni moderne". Baudouin "admire l'esprit germanique de la cour des Hohenzollern, la famille de sa mère, et les codes de l'Etat et de l'armée du nouvel empire allemand", remarque Damien Bilteryst, auteur d'une biographie de ce prince méconnu ( Le prince Baudouin, frère du Roi-Chevalier, Racine, 2013). La spéculation n'est pas de mise en histoire, mais il est plaisant d'imaginer ce qu'aurait été le règne de ce Baudouin si, en 1909, c'est lui qui avait succédé à son oncle Léopold II.