Le choix a animé les conversations, il y a quelques mois, au Palais : après ses deux années passées dans un prestigieux collège du pays de Galles, Elisabeth repartira-t-elle à l'étranger à la rentrée 2020, pour y entreprendre des études supérieures ? Ou fera-t-elle d'abord un stage à l'armée, pendant une année ? C'est la seconde option qui a été retenue. La duchesse de Brabant intègre, ce 31 août, l'Ecole royale militaire (ERM), à Bruxelles. La formation militaire fait traditionnellement partie du cursus d'un prince héritier, en l'occurrence une princesse héritière. Et pour cause : quand elle succédera à son père, Elisabeth deviendra, en tant que reine régnante, générale 4 étoiles et commandante en chef des forces armées.
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Le choix a animé les conversations, il y a quelques mois, au Palais : après ses deux années passées dans un prestigieux collège du pays de Galles, Elisabeth repartira-t-elle à l'étranger à la rentrée 2020, pour y entreprendre des études supérieures ? Ou fera-t-elle d'abord un stage à l'armée, pendant une année ? C'est la seconde option qui a été retenue. La duchesse de Brabant intègre, ce 31 août, l'Ecole royale militaire (ERM), à Bruxelles. La formation militaire fait traditionnellement partie du cursus d'un prince héritier, en l'occurrence une princesse héritière. Et pour cause : quand elle succédera à son père, Elisabeth deviendra, en tant que reine régnante, générale 4 étoiles et commandante en chef des forces armées. Dès mars dernier, la pandémie de coronavirus a chamboulé la vie des étudiants, y compris celle de la princesse. Elle a dû regagner en toute hâte la Belgique, les autorités de l'Atlantic College ayant, par crainte d'une contagion et d'une quarantaine, pressé les étudiants de quitter l'établissement. Comme ses camarades de promotion, elle n'a pu passer ses examens de fin de cycle et a été évaluée sur les résultats obtenus pendant ses deux années. Fin mai, la séance de remise des diplômes s'est faite par vidéo. Quelques jours plus tôt, le Palais a annoncé que la fille aînée du roi rejoindrait la 160e promotion en sciences sociales et militaires de l'ERM. La persistance de l'épidémie contraint de nombreux jeunes à renoncer à leur projet d'aller étudier ces prochains mois à l'étranger, en Europe, outre-Atlantique ou ailleurs. Suivre une formation en Belgique pendant l'année scolaire 2020-2021 était, donc, pour Elisabeth, la meilleure des solutions. La duchesse de Brabant vivra néanmoins une année très particulière à l'ERM, où de nombreuses mesures sanitaires ont été adoptées. "Ce sera une formation à la sauce Covid", reconnaît la major Isabel Vanhavermaet, responsable des trois premières années d'études de polytechnique (cinq ans) et sciences sociales et militaires (quatre ans). "La santé de nos élèves est une priorité et le coronavirus met une limite à nos activités. Lors de leur arrivée, les étudiants subiront un screening ciblé sur les symptômes du Covid-19, puis l'examen médical habituel. Ils ne pourront signer leur engagement s'ils présentent des symptômes du virus ou sont des personnes à risque." La traditionnelle séance de briefing pour les parents, le premier jour, est supprimée. "Ceux qui accompagnent leur enfant devront le laisser devant la grande porte de l'école, indique la major. Toutes les informations leur seront fournies online. "Dans l'école, le port du masque sera de rigueur pour tout déplacement et est imposé aux cadres chargés des cours. Un gel désinfectant individuel sera remis à chaque élève, qui devra toujours l'avoir sur lui. Dans les classes, qui peuvent accueillir jusqu'à 50 étudiants, les bancs ont été équipés de panneaux de séparation en plexiglass. A l'Ecole royale militaire, Elisabeth suivra les cours d'éthique, de sociologie, d'électricité, de management, d'histoire et psychologie militaire... Elle sera aussi coachée sur le plan caractériel. L'horaire est strict : lever à 6 heures, salut au drapeau à 7h30, cours de 7h45 à 18 heures. Interne, elle sera logée en chambre individuelle. "En règle générale, nous mettons deux élèves par chambre, issus de communautés linguistiques différentes, mais ce n'est plus possible avec la pandémie", explique la major Vanhavermaet. L'élève quitte l'école le vendredi soir et y retourne le dimanche soir. En première année, la section sciences sociales et militaires, celle d'Elisabeth, compte une centaine d'inscrits, pour une soixantaine en polytechnique. A la différence de ses condisciples, qui se destinent à la carrière militaire, la princesse n'a pas dû présenter l'examen d'entrée, puisqu'elle ne passera qu'une seule année à l'ERM. En conséquence, elle ne percevra pas de salaire, contrairement aux autres élèves officiers. Cinq heures de sport par semaine sont prévues, lors desquelles le respect des règles de distanciation sociale sera de mise. "Un mix d'activités physiques covidproof a été conçu par les formateurs, poursuit la major. Le close-combat sera proscrit." Comme tout nouvel élève, Elisabeth commencera son année à l'armée par quatre semaines d'initiation à la vie militaire au camp d'Elsenborn, à deux pas des Hautes Fagnes et de la frontière allemande. Au programme : apprentissage de la discipline et autres valeurs de l'armée, maniement d'une arme de tir, séances de drill, cours de tactique militaire et de détection des menaces "NBC" (nucléaires, bactériologiques, chimiques). "En camp, les recrues vivront en "bulles" de trente personnes, et ces pelotons ne pourront avoir de contact entre eux", précise notre interlocutrice. "La princesse apprendra aussi, pendant ce mois de septembre, à lire une carte militaire, à utiliser une boussole et à pratiquer les premiers soins, ajoute Isabel Vanhavermaet. Au terme des quatre semaines, les élèves doivent être capables de parcourir en courant au moins cinq kilomètres. Une parade est ensuite organisée, avec remise du béret bleu. "Deux autres camps sont prévus pendant l'année : un en hiver, l'autre en été. Le 21 juillet 2021, Elisabeth participera au défilé de la Fête nationale, cette fois non pas en y assistant, mais en défilant devant son père. La princesse héritière ne bénéficiera d'"aucun traitement de faveur", assurent en choeur la générale-major Lutgardis Claes, rectrice de l'école, et le colonel Thierry Pirenne, directeur de la formation de base des officiers. Un avertissement qui rappelle les consignes d'Albert Ier, il y a plus d'un siècle. Au printemps 1915, en pleine guerre, l'héritier du trône de l'époque, le futur Léopold III, est envoyé en formation militaire pendant ses vacances scolaires. Le chef du régiment reçoit du roi des instructions pour éviter toute complaisance et ménagements de gradés à l'égard du prince, qui n'a pourtant que 13 ans : "Colonel, Léopold doit faire l'exercice comme tout le monde, les mêmes travaux que ses camarades, partager leurs corvées. Faites-lui creuser des tranchées pour qu'il sache ce que c'est que d'avoir des cloches aux mains." Heureusement pour Elisabeth, creuser des tranchées est un peu passé de mode à l'armée.