La découverte du corps sans vie du corps de Jürgen Conings, ce militaire radicalisé qui menaçait de passer à l'acte, est un soulagement pour la Belgique: l'homme s'est donné la mort, sans être passé à l'acte.
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La découverte du corps sans vie du corps de Jürgen Conings, ce militaire radicalisé qui menaçait de passer à l'acte, est un soulagement pour la Belgique: l'homme s'est donné la mort, sans être passé à l'acte.Mais c'est aussi, politiquement, la source de plusieurs constats inquiétants, qui nécessiteront un travail démocratique serein, maintenant que l'urgence absolue est derrière nous.Lire aussi: Jürgen Conings, la découverte tardive de son corps soulève des questionsL'extrême droite présente au sein de l'armée, cela fait frémir. La question reste posée de savoir si Jürgen Conings a agi seul, dans un acte désespéré, ou s'il avait des complices, notamment pour se procurer les armes et les sortir de la caserne. En tout état de cause, sa "dérive" fait suite aux informations de la Sûreté de l'Etat selon lesquelles une trentaine de militaires avaient basculé pour soutenir une extrême droite susceptible de mener des actes violents. Un travail de "nettoyage" a finalement été entamé par la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), pour éviter qu'ils ne soient en position de nuire: c'est heureux et ce l'est d'autant plus que cette réaction, tardive, n'aura pas été entâchée par un drame causé par Conings dans sa cavale.Plus largement, la Belgique découvre depuis quelques années une radicalisation réelle de l'extrême droite, jusqu'au parlement, à côté de son visage plus "lisse" du parti qui l'incarne en Flandre, le Vlaams Belang. L'existence de Schild & Vriend et de ses camps d'entraînement militaire n'a pas empêche l'étudiant gantois Dries Van Langenhove d'être élu à la Chambre. La condamnation par un tribunal de Malines de militants du Voorpost, coupables d'avoir véhiculé des messages racistes, suscite un débat... sur la liberté d'expression. Et en dépit de l'affaire Conings, le Vlaams Belang caracole en tête des sondages en Flandre avec plus d'un quart des intentions de vote. Préoccupant.La rumeur enflait déjà avant qu'on ne retouve le corps de Jürgen conings. Elle a forcément survécu à la découverte de son acte désépéré: ce ne serait pas un suicide, mais une exécution déguisée parce qu'il savait trop de choses - d'ailleurs, le fait que ce soit un bourgmestre qui l'ait découvert n'est pas un hasard. Pas la moindre preuve pour étayer ce propos, mais il circule et atteint des couches peu suspectes de la population.La lutte contre les "fake news" et autres informations est une priorité politique: la Vivaldi fédérale l'a d'ailleurs mise à son agenda et travaille sur une loi en la matière. S'il est simple de diffuser des rumeurs via les réseaux sociaux, il est en revanche bien plus compliqué de les combattre: le travail législatif dans ce domaine est complexe, sensible, et à raison car la liberté d'expression est un principe majeur dans nos sociétés. Mais cette gangrène ne va pas san poser de nombreuses questions sur l'état psychologique de notre société.Un premier rapport a confirmé la semaine dernière ce que l'on pressentait déjà: les renseignements militaires ont failli. Un deuxième rapport du Comité P est attendu pour la fin de ce mois. Le problème est d'autant plus préoccupant, soulignent plusieurs parlementaires, que les recommandations consécutives aux attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles n'ont pas été suivies d'effets. La faute à un manque de dialogue entre les services de renseignements et à un manque de réformes politiques. Tout cela devra être concrétisé.L'affaire Conings a également mis en lumière la fragilité... et la force de la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS). Fragilité: des parlementaires ont épinglé sa "responsabilité politique" (à la N-VA, à demi-mots parfois au MR et au CDH, seul... le Belang réclamant sa démission) en raison d'un manque de prévoyance (à sa décharge, bien des informations lui ont été cachées). Force: la ministre socialiste a fait preuve d'une véritable ténacité politique, attaquant frontalement les nationalistes à la source des "discours de haine" et prenant à bras-le-corps les dossiers une fois la gravité du phénomène illustrée. Ludivine Dedonder devra confirmer, mais elle s'est fait un nom.C'est peut-être le plus rassurant: notre démocratie vit, fonctionne dans ses rouages de contrôle et possède une grande force de résilience. Pas de panique, durant ce mois de cavale, pas de dérive trop importante, en dépit d'une traque qui a laissé passé le fugitif entre les mailles du filet. Et un soutien affiché de toutes parts au virologue Marc Van Ranst, l'une des cibles du candidat terroriste.Le plus beau, dans cette histoire, est peut-être le message du virologue: "Cet homme avait aussi une famille, des enfants qu'il laisse derrière lui et des amis. Pour eux, c'est une nouvelle très triste." "Soulagé par la fin de cette cavale, a commenté Paul Magnette, président du PS. Et du fait que le fugitif n'ait pu mettre ses menaces à exécution. Comprendre ce qui s'est passé - comment, pourquoi et avec qui - est la priorité. Il faudra faire toute la lumière. Respect pour le message de grande humanité de Marc Van Ranst."Le reste, au vu du malaise révélé, reste tout de même é écrire.