A l'heure de la réouverture sous surveillance des commerces "non-essentiels", il n'y aura pas de crise gouvernementale sur le cas Vandenbroucke, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que cette polémique a démontré l'équilibre est précaire au sein de la Vivaldi fédérale. Ou, plus justement, qu'un jeu d'échecs est en cours sur la gestion de la crise sanitaire. Libéraux et socialistes s'opposent, mais libéraux et socialistes francophones s'accordent sur la possibilité de discuter d'un (très léger) assouplissement de la bulle sociale pour le réveillon de Noël si les conditions sanitaires le permettent. Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), et son ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (SP.A), refusent.
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A l'heure de la réouverture sous surveillance des commerces "non-essentiels", il n'y aura pas de crise gouvernementale sur le cas Vandenbroucke, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que cette polémique a démontré l'équilibre est précaire au sein de la Vivaldi fédérale. Ou, plus justement, qu'un jeu d'échecs est en cours sur la gestion de la crise sanitaire. Libéraux et socialistes s'opposent, mais libéraux et socialistes francophones s'accordent sur la possibilité de discuter d'un (très léger) assouplissement de la bulle sociale pour le réveillon de Noël si les conditions sanitaires le permettent. Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), et son ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (SP.A), refusent.La polémique au sujet des propos du ministre de la Santé a animé toute la journée de lundi: le MR, le CD&V et, dans une moindre mesure, le PS ont fustigé ses déclarations selon lesquelles la fermeture des commerces était une "décision choc", pas entièrement motivée par des motivations sanitaires. Les libéraux, plus directement, ont remis en cause la gestion actuelle de la crise du coronavirus, avec une concertation réduite, un mépris des entités fédérées et une approche socialiste qualifiée de quasi "luthérienne": faire mal, restreindre les libertés et réprimer pour que les citoyens adhèrent aux mesures.Ce fut un jeu d'échecs stérile, si ce n'est qu'il a mis en avant l'équilibre des forces en présence pour les prochaines étapes, à savoir le déconfinement progressif, une fois que les indicateurs sanitaires le permetteront, ainsi que pour un prochain Comité de concertation, normalement prévu début janvier. "Dans les prochaines semaines, on devra essayer d'ouvrir d'autres volets de la société en fonction des derniers résultats sanitaires, écrit le libéral Etienne Dujardin dans une carte blanche que nous publions. Des secteurs importants, comme la culture (cinéma, théâtre), attendent des perspectives d'ouverture à très court terme sachant qu'un protocole sanitaire strict peut y être appliqué également. L'équilibre trouvé chez nos voisins directs semble respecter davantage les libertés fondamentales. (...) Le ministre devra agir avec plus de tact qu'il ne l'a fait cette fois-ci."Les socialistes ne sont évidemment pas restés de marbre face à ces attaques en règle. Et ils ont des arguments: la gestion de la crise sanitaire, alors que le MR était au Seize, a donné lieu à une première vague virulente et un déconfinement baclé ayant donné lieu à une seconde vague encore plus forte. Chat échaudé craint l'eau froide: voilà pourquoi le ministre Frank Vandenbroucke, soutenu par le Premier ministre libéral flamand Alexander De Croo, adopte cette attitude "rigoriste".Un Comité de concertation pourrait-il avoir lieu autour du 15 décembre? Tant les socialistes que les libéraux francophones pourraient plaider en faveur d'un (très léger) assouplissement de la bulle sociale pour le réveillon de Noël. Léger: il serait question de permettre à deux personnes de se rendre dans une bulle (au lieu de une aujourd'hui), pour permettre à des couples de se rencontrer. Mais tant Alexander De Croo que Frank Vandenbroucke ont opposé une fin de non-recevoir: plus question de changer les règles pour les fêtes!La ligne de fracture est davantage Nord-Sud que bleue-rouge.S'il critique les propos du ministre sur les commerces, qui ne sont pas corrects selon lui, le président du PS, Paul Magnette, souligne dans un entretien à La Libre que "les libéraux doivent reconnaître que leurs formules n'ont pas marché". En misant davantage sur la responsabilité individuelle, ils auraient ouvert des failles dans lesquelles sont sont engouffrés ceux qui ne respectent pas les règles, faisant de ntre pays un de ceux où la Covid a fait le plus de dégâts.Conner Rousseau, le jeune président du SP.A, a mis moins de gants pour le dire: "Nous connaissons tous l'approche du MR sous le précédent gouvernement: un assouplissement trop rapide nous a mis dans cette m....", a-t-il lancé lundi soir à la VRT."Au moment où la deuxième vague a frappé fort et que les hôpitaux se plaignaient de la situation, nous avons dû intensifier la lutte contre le virus sur tous les fronts, a-t-il rappelé. Les deux seules exceptions autorisées ont porté sur l'autorisation des écoles à rester ouvertes et sur la sortie du domicile sans avoir besoin de certificat, comme en France... Nous avons dû prendre le virus par la peau du cou et limiter le nombre de contacts et donc le nombre d'infections."Et d'ajouter: "C'est précisément grâce à l'ensemble des mesures et aux sacrifices consentis également par les commerçants que les chiffres évoluent à présent dans la bonne direction. (...) Si les choses se passent bien, tout le monde veut assouplir. Eh bien, c'est ce que nous faisons en rouvrant les magasins."En toile de fond de cette passe d'armes, il y a aussi des tensions fortes entre les présidents Conner Rousseau et Georges-Louis Bouchez, nées au cours des négociations gouvernementales. Pour des raisons personnelles, mais aussi et surtout parce que chacun doit se profiler au sein du gouvernement, qui n'est pas menacé pour autant. Les prochaines semaines, avec un déconfinement qui s'annonce délicat, chacun se reposera toutefois sur sa ligne dessinée en ce début de semaine. Bras de fers en perspective.L'opposition CDH, elle, s'inquiète: "Ils sont en train de fragiliser terriblement l'adhésion des citoyens et donc la capacité collective de faire face à l'épidémie."