Clap, deuxième. La commission spéciale pour le coronavirus de la Chambre a repis ses travaux ce vendredi 4 septembre, après un premier démarrage un rien prématuré durant l'été. Ses membres se pencheront sur la ligne du temps et choisiront un quatrième expert pour accompagner leurs travaux. Il était question de l'ancien patron de l'Onusida, Peter Piot, grand spécialiste des virus, mais celui-ci a décliné, faute de temps, lui qui est désormais conseiller de la présidente de la Commission européenne. Ce pourrait dès lors être Bruno Gryseels, ancien directeur de l'Institut de médecine tropicale à Anvers.
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Clap, deuxième. La commission spéciale pour le coronavirus de la Chambre a repis ses travaux ce vendredi 4 septembre, après un premier démarrage un rien prématuré durant l'été. Ses membres se pencheront sur la ligne du temps et choisiront un quatrième expert pour accompagner leurs travaux. Il était question de l'ancien patron de l'Onusida, Peter Piot, grand spécialiste des virus, mais celui-ci a décliné, faute de temps, lui qui est désormais conseiller de la présidente de la Commission européenne. Ce pourrait dès lors être Bruno Gryseels, ancien directeur de l'Institut de médecine tropicale à Anvers.Deux experts ont d'ores et déjà terminé leur rapport. Leur contenu, qui a fuité vers la RTBF, va nourrir les travaux des commissaires. Celui d'Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé à l'ULB, débute précisément l'examen de la ligne du temps en se posant la question de savoir comment nous sommes arrivés là. Et son analyse n'est guère tendre pour les institutions de notre pays.Yves Coppieters pointe tout d'abord le manque d'anticipation de Sciensano, l'instance publique qui gère la crise depuis le début. Il évoque "un manque important dans l'évaluation des risques et de la riposte par les instances de surveillance (Sciensano) qui conseillent nos décideurs". Une série d'échanges par courrier électronique, notamment adressé à ces experts, insistaient dès le 4 mars 2020 sur l'importance de l'épidémie naissante, par rapport à la grippe, et mettaient en garde contre le risque d'une crise d'ampleur en raison de nos faiblesses institutionnelles. Etonnant : "l'absence de réaction de ces derniers a montré qu'ils n'étaient absolument pas convaincus, malgré les éléments disponibles à ce moment-là, que le SRAS-CoV-2 soit plus dangereux que la grippe", souligne le rapport. Ce sera la tonalité des premières prises de parole de Maggie De Block (Open VLD), ministre fédérale de la Santé.Il est question "d'impréparation, de négligence, d'immobilisme", autant de mots durs, ainsi que de la confiscation de la gestion des premiers temps de la crise "par 'un petit groupe'", ce qui "a constitué un frein au déploiement de stratégies plus globales". Dans la même ligne, il est question d'un protectionnisme de Sciensano sur la gestion des données épidémiologiques comparativement à d'autres pays et la fluctuation significative des données au fil du temps.A la source de cette gestion approximative, le professeur de l'ULB dénonce aussi des conflits d'intérêts : "Certains experts sont en lien direct avec des firmes pharmaceutiques, ce qui peut influencer les débats (ces personnes se retrouvaient entre autres dans le groupe de travail Testing). D'autres sont gestionnaires de sociétés privées de développement informatique et d'e-santé, et ont pris le contrôle de certaines stratégies (le suivi de contact par exemple)." Le Vif/L'Express avait notamment révélé un potentiel conflits d'intérêts dans la validation de sept millions de tests sérologiques de la société italienne DiaSorin par l'Agence fédérale des médicaments.La pénurie de matériel de protection est forcément pointée du doigt, singulièrement la saga des masques. Le Vif/L'Express avait été le premier a évoqué la destruction du stock stratégique par la ministre Maggie De Block et, surtout, son non-remplacement. Ce rapport évoque en guise de recommandation la nécessité de relancer une production, ce qui est déjà partiellement le cas. La centralisation initiale des tests dans un seule plateforme (le laboratoire de la KUL) est jugée "incompréhensible".Une série de questions plus précises concernent le manque d'anticipation dans les maisons de repos, un de volets noirs de cette crise sanitaire. A l'instar de plusieurs expressions... politiques survenue ces derniers temps, Yves Coppieters estime encore qu'il faudrait questionner la mainmise des experts dans leur communication: ils ne devraient "pas s'éloigner de leur rôle d'expertise et concurrencer les politiques sur le terrain de la prise de décisions".S'il est très critique, ce rapport révélé par la RTBF souligne toutefois l'importance de ne pas tomber dans un discrédit des acteurs, telle qu'il est notamment véhiculé par la récente carte blanche signée par une soixantaine de personnalités : "Si un travail d'analyse et d'esprit critique est nécessaire pour évaluer la gestion de la crise, il ne doit pas nourrir des arguments de ces groupes influenceurs actuels qui n'attendent que d'être soutenus pour renforcer leurs propos".Dans son rapport divulgué précédemment, Leïla Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc estimait elle aussi que la Belgique a "sous-estimé l'émergence du virus SARS-CoV-2 en Chine, pensant que cela resterait un problème localisé". Elle regrettait notamment que le fameux "plan d'urgence pandémie grippale", qui existait depuis 2006 et avait été revu en 2009 lors de l'épidémie de grippe H1N1, n'a jamais été appliqué. Le Vif/L'Express avait également révélé ce manquement coupable dès le 1er avril - et ce n'était pas un poisson.Lire aussi: La Belgique était parée contre la pandémie depuis 2006. En théorie...Leïla Belkhir a regretté à de nombreuses reprises la difficulté pour le corps médical d'agir face aux directives peu précises : "La communication a été, n'ayons pas peur des mots, catastrophique depuis le départ." Ou encore : "L'absence de leadership a surtout été marquante durant les premières semaines de l'épidémie."Les députés ont du pain sur la planche.