L'interruption de la continuité des soins oncologiques et l'impossibilité de mettre en place l'indispensable approche multidisciplinaire en raison de la pandémie de coronavirus préoccupent les spécialistes du cancer. Pour eux, il est temps de réagir, peut-on lire jeudi dans un communiqué de l'Institute for Interdisciplinary Innovation in Healthcare'' (I3H) de l'Université libre de Bruxelles (ULB).

Selon le professeur Vincent Donckier, chef du service de chirurgie de l'Institut Bordet, centre du cancer de l'ULB, bien que la chirurgie du cancer ait été maintenue comme une priorité par rapport aux opérations électives, elle reste trop isolée des autres soins. Les traitements par chimiothérapie ou radiothérapie qui devraient parfois précéder ou suivre une intervention ne peuvent pas toujours être administrés, explique-t-il. En outre, "en Belgique, près de 5.000 cancers de moins ont été diagnostiqués durant la pandémie", ce qui aura pour conséquence une "surmortalité dans les prochains mois", rapporte l'Institut I3H, citant les données annoncées par la branche européenne de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"Une surmortalité dans les prochains mois dûe aux cancers non diagnostiqués"

Pour les spécialistes internationaux de cette maladie, ces décès auraient pu être évités. "Trop souvent, l'indispensable collaboration entre les disciplines impliquées dans la lutte contre le cancer a fait défaut", constate le professeur Donckier. Avec près de deux années de recul, il dresse le bilan de son activité en temps de pandémie. "Après avoir annoncé aux patients qu'ils souffraient d'un cancer, il nous a fallu leur dire que nous ne savions pas quand nous pourrions programmer l'intervention", déplore-t-il. "Malgré les efforts constants au sein des hôpitaux, la planification des soins était et reste extrêmement difficile vu la nécessité de réserver des lits aux patients Covid." Rejoint par le Pr. Gabriel Liberale (chirurgien, Institut Bordet), le Pr. Michel Goldman (président de l'Institut I3h) et le Pr. Antonio Estache (économiste de la Solvay Brussels School), le Pr. Donckier propose des pistes pour tirer les leçons de la crise, alors que les hôpitaux sont à nouveau surchargés.

Les spécialistes insistent sur la nécessité de définir des objectifs précis et de mettre en place un système de collecte de données afin que les décisions de priorisation soient plus équitables et transparentes, et cela, dans l'intérêt des patients. Ils plaident également pour une approche plus globale impliquant des logisticiens, biostatisticiens, épidémiologistes et décideurs des soins de santé, et recommandent d'analyser régulièrement ces données et d'adapter plus rapidement les stratégies.

Enfin, il leur semble essentiel que les nouvelles mesures mises en place soient communiquées et expliquées aux patients qui doivent être partie prenante de l'orientation de leur traitement.

L'institut Jules Bordet., belga
L'institut Jules Bordet. © belga

"Ne pas opérer un patient au moment idéal entraîne une majoration du risque pour celui-ci"

Les reports de certaines interventions auront des conséquences néfastes pour les patients, avertit jeudi l'Union professionnelle des chirurgiens belges (UPCB) dans une lettre adressée aux ministres compétents en matière de santé. Ne pas pouvoir opérer un patient au moment idéal de sa pathologie entraîne souvent une majoration du risque pour celui-ci, pointe-t-elle.

Les reports d'interventions sont justifiés par la saturation des hôpitaux qui tentent de contenir l'afflux des patients Covid. "Cette affirmation n'est que partiellement juste", soutient l'UPCB, pour qui "les soins intensifs ne peuvent plus fonctionner à pleine capacité en raison d'un manque de personnel".

Selon elle, ce manque d'effectifs résulte du nombre de cas de Covid-19 parmi les soignants mais aussi du burn-out auquel certaines et certains sont confrontés. L'union professionnelle évoque aussi un problème de garde d'enfants. Elle dénonce enfin l'occupation précaire du personnel dans les hôpitaux en partie en raison du financement actuel des hôpitaux.

L'Union professionnelle des chirurgiens se positionne pour la vaccination obligatoire

L'UPCB demande aux instances dirigeantes de prendre en considération le travail de l'ensemble du personnel soignant, avec une revalorisation à la clé, et d'éviter de se focaliser sur le report des soins pour réserver des places hypothétiques aux patients Covid, au détriment de soins programmés. Elle plaide également pour la vaccination obligatoire pour l'ensemble de la population. "Les formes graves de Covid se manifestent majoritairement chez les patients non vaccinés. La vaccination est donc efficace et a ainsi été imposée au personnel soignant", souligne-t-elle. "L'UPCB pense que la vaccination devrait être rendue obligatoire pour tous afin d'enrayer cette pandémie."

L'union professionnelle demande par ailleurs des mesures compensatoires pour les disciplines chirurgicales. "En raison des restrictions d'effectifs, des transferts nécessaires du personnel des blocs opératoires et des services de chirurgie vers les unités Covid, et de la réduction de la capacité des soins intensifs", les chirurgiens n'ont pas pu, lors de cette quatrième vague de la pandémie, "valoriser leurs activités professionnelles et leurs efforts chirurgicaux", explique l'UPCB. Or, "les structures de coûts fixes de la profession par rapport aux médecins spécialistes en formation et aux hôpitaux, restent en place", conclut-elle.

L'interruption de la continuité des soins oncologiques et l'impossibilité de mettre en place l'indispensable approche multidisciplinaire en raison de la pandémie de coronavirus préoccupent les spécialistes du cancer. Pour eux, il est temps de réagir, peut-on lire jeudi dans un communiqué de l'Institute for Interdisciplinary Innovation in Healthcare'' (I3H) de l'Université libre de Bruxelles (ULB). Selon le professeur Vincent Donckier, chef du service de chirurgie de l'Institut Bordet, centre du cancer de l'ULB, bien que la chirurgie du cancer ait été maintenue comme une priorité par rapport aux opérations électives, elle reste trop isolée des autres soins. Les traitements par chimiothérapie ou radiothérapie qui devraient parfois précéder ou suivre une intervention ne peuvent pas toujours être administrés, explique-t-il. En outre, "en Belgique, près de 5.000 cancers de moins ont été diagnostiqués durant la pandémie", ce qui aura pour conséquence une "surmortalité dans les prochains mois", rapporte l'Institut I3H, citant les données annoncées par la branche européenne de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour les spécialistes internationaux de cette maladie, ces décès auraient pu être évités. "Trop souvent, l'indispensable collaboration entre les disciplines impliquées dans la lutte contre le cancer a fait défaut", constate le professeur Donckier. Avec près de deux années de recul, il dresse le bilan de son activité en temps de pandémie. "Après avoir annoncé aux patients qu'ils souffraient d'un cancer, il nous a fallu leur dire que nous ne savions pas quand nous pourrions programmer l'intervention", déplore-t-il. "Malgré les efforts constants au sein des hôpitaux, la planification des soins était et reste extrêmement difficile vu la nécessité de réserver des lits aux patients Covid." Rejoint par le Pr. Gabriel Liberale (chirurgien, Institut Bordet), le Pr. Michel Goldman (président de l'Institut I3h) et le Pr. Antonio Estache (économiste de la Solvay Brussels School), le Pr. Donckier propose des pistes pour tirer les leçons de la crise, alors que les hôpitaux sont à nouveau surchargés. Les spécialistes insistent sur la nécessité de définir des objectifs précis et de mettre en place un système de collecte de données afin que les décisions de priorisation soient plus équitables et transparentes, et cela, dans l'intérêt des patients. Ils plaident également pour une approche plus globale impliquant des logisticiens, biostatisticiens, épidémiologistes et décideurs des soins de santé, et recommandent d'analyser régulièrement ces données et d'adapter plus rapidement les stratégies. Enfin, il leur semble essentiel que les nouvelles mesures mises en place soient communiquées et expliquées aux patients qui doivent être partie prenante de l'orientation de leur traitement. Les reports de certaines interventions auront des conséquences néfastes pour les patients, avertit jeudi l'Union professionnelle des chirurgiens belges (UPCB) dans une lettre adressée aux ministres compétents en matière de santé. Ne pas pouvoir opérer un patient au moment idéal de sa pathologie entraîne souvent une majoration du risque pour celui-ci, pointe-t-elle. Les reports d'interventions sont justifiés par la saturation des hôpitaux qui tentent de contenir l'afflux des patients Covid. "Cette affirmation n'est que partiellement juste", soutient l'UPCB, pour qui "les soins intensifs ne peuvent plus fonctionner à pleine capacité en raison d'un manque de personnel". Selon elle, ce manque d'effectifs résulte du nombre de cas de Covid-19 parmi les soignants mais aussi du burn-out auquel certaines et certains sont confrontés. L'union professionnelle évoque aussi un problème de garde d'enfants. Elle dénonce enfin l'occupation précaire du personnel dans les hôpitaux en partie en raison du financement actuel des hôpitaux. L'UPCB demande aux instances dirigeantes de prendre en considération le travail de l'ensemble du personnel soignant, avec une revalorisation à la clé, et d'éviter de se focaliser sur le report des soins pour réserver des places hypothétiques aux patients Covid, au détriment de soins programmés. Elle plaide également pour la vaccination obligatoire pour l'ensemble de la population. "Les formes graves de Covid se manifestent majoritairement chez les patients non vaccinés. La vaccination est donc efficace et a ainsi été imposée au personnel soignant", souligne-t-elle. "L'UPCB pense que la vaccination devrait être rendue obligatoire pour tous afin d'enrayer cette pandémie." L'union professionnelle demande par ailleurs des mesures compensatoires pour les disciplines chirurgicales. "En raison des restrictions d'effectifs, des transferts nécessaires du personnel des blocs opératoires et des services de chirurgie vers les unités Covid, et de la réduction de la capacité des soins intensifs", les chirurgiens n'ont pas pu, lors de cette quatrième vague de la pandémie, "valoriser leurs activités professionnelles et leurs efforts chirurgicaux", explique l'UPCB. Or, "les structures de coûts fixes de la profession par rapport aux médecins spécialistes en formation et aux hôpitaux, restent en place", conclut-elle.