La répression, ça coûte cher et ça ne fonctionne pas

En 2003, le Gouvernement Verhofstadt décidait de procéder à une nouvelle modification de la loi du 24 février 1921 concernant les drogues. Parmi les changements importants, on notera que le cannabis est pour la première fois différencié des autres drogues.

Mais aujourd'hui, même si la législation en vigueur fait une distinction entre le cannabis et les autres drogues, le cannabis reste un produit illégal. En détenir ou en cultiver reste une infraction punissable d'une amende ou d'une peine d'emprisonnement.

Presque 20 ans se sont écoulés depuis, il est donc temps de faire aujourd'hui le bilan de cette politique répressive. Pour cela, il est utile de rappeler les objectifs de l'époque. Ceux-ci portaient sur la diminution du nombre de citoyens dépendants, la diminution des dommages physiques et psychosociaux suite à la consommation de cannabis et la diminution de l'impact négatif du cannabis sur la société (les nuisances et la criminalité).

Aujourd'hui, on peut constater qu'en Belgique, le nombre de personnes ayant expérimenté au moins une fois le cannabis au cours de leur vie a significativement et continuellement augmenté depuis 2001, alors que l'usage actuel (au moins une consommation au cours des 30 derniers jours) et l'usage récent (au moins une consommation au cours des 12 derniers mois) sont restés relativement stables. Ceci ressort du Rapport sur l'usage de drogues en Wallonie et à Bruxelles. Et le cannabis reste un produit facilement accessible, malgré les risques pour la santé, surtout auprès des jeunes. Le VAD (qui est le centre d'expertise des drogues et de l'alcool en Flandre) indique que pas moins d'un jeune sur deux (les 17-18 ans) dit avoir facilement accès à du cannabis. Rappelons dans ce cadre que les jeunes sont un véritable groupe "à risque" car l'usage de cannabis à un jeune âge et particulièrement nocif pour le développement du cerveau. Il est dès lors impératif d'éviter que les jeunes aient un accès facile à cette drogue douce.

Mais ce sont surtout les chiffres concernant les problèmes de santé liés au cannabis qui inquiètent. En effet, depuis 2000, on fait face à une forte augmentation du nombre de traitements liés au cannabis dans les soins de la toxicomanie. On pouvait d'ailleurs lire récemment qu'un joint tous les jours triple les risques de psychose.

Depuis 2000, il y a également une émergence de grands producteurs professionnels avec une augmentation de la violence, de la corruption et d'autres conséquences néfastes liées à ce marché noir.

En outre, rappelons qu'aucun contrôle concernant la pureté, la qualité et la force du cannabis n'est actuellement possible. Ceci est d'autant plus inquiétant quand on sait que le cannabis est beaucoup plus fort qu'il y a 30-40 ans (1).

Cannabis: la politique répressive s'avère inefficace, malgré le coût important

Le constat est sans appel, les objectifs fixés en 2003 ne sont clairement pas atteints ! La politique répressive s'avère inefficace, malgré le coût important. Alors maintenant on a le choix, on peut continuer la politique de l'autruche et garder la tête dans le sable. Ou alors on peut essayer une politique alternative, qui permettrait d'atteindre ces mêmes objectifs. On voit d'ailleurs plusieurs pays changer de politique, citons le Canada, l'Uruguay ou encore l'État du Colorado. La Commission globale de politique en matière de drogues plaide d'ailleurs également pour la fin de la "War on drugs" au niveau mondial.

Légaliser et réguler le cannabis

En abordant le cannabis comme un problème de santé publique, on se dirige automatiquement vers une légalisation du cannabis qui permettrait de cibler l'action publique sur les vrais groupes "à risque", c'est-à-dire les jeunes et les consommateurs dépendants. Une légalisation et régulation du marché permettraient de mieux encadrer la consommation, d'augmenter le contrôle du gouvernement sur le marché, de limiter les risques et les dommages liés à la consommation de cannabis et de restreindre l'accès des jeunes au cannabis en démantelant les marchés noirs. Fin 2017, Le Figaro relayait une étude fédérale américaine publiée à la fin des deux premières années de légalisation complète (2014-2015) dans certains États, et cette étude indiquait que la consommation chez les adolescents avait diminué de 12%. Cette chute serait due à la baisse du marché noir des dealers. Grâce à l'ouverture des magasins réservés uniquement aux adultes, le trafic se tarit et les adolescents ont davantage de mal à se fournir.

Je plaide donc, en tant que jeune VLD, pour une légalisation et stricte régulation de ce produit. Par le biais de 'cannabis social clubs' réservés uniquement aux adultes, nous pourrions proposer un produit contrôlé et régulé et en même temps démanteler les marchés noirs et les réseaux criminels y afférents. Ceci diminuera en outre le risque de consommation chez les jeunes qu'il est impératif de protéger!

Une légalisation de ce produit serait également bénéfique pour les recettes de l'état ainsi que pour l'économie de manière plus générale. En effet, au Colorado, la légalisation a créé en quatre ans 18 000 emplois et engendré des recettes fiscales inattendues grâce à une taxe de 30 %.

Qu'attendons-nous ?

(1) Cannabis onder controle, Hoe? P. 32 - Tom Decorte, Paul De Grauwe, Jan Tytgat