Depuis le début de cette semaine, on a franchi à nouveau le seuil de 400 lits occupés par des patients covid en soins intensifs. Ce cap n'avait plus été franchi depuis début janvier. "Cette hausse a été nettement perçue au sein des hôpitaux", explique l'infectiologue de l'hôpital Erasme, Frédérique Jacobs. Elle-même a constaté cette hausse dans son service qui "s'est très vite rempli" depuis quelques jours. Un autre constat est qu'aujourd'hui on fait face "à une population un peu différente de celle qu'on avait précédemment. On a l'impression, mais cela doit encore être confirmé sur la durée, que ce sont des personnes plus jeunes que d'habitude, avec peu de comorbidités et qui se dégrade aussi extrêmement vite". Ces personnes arrivent aussi plus vites au soin intensif quand elles n'y viennent pas directement. La spécialiste nuance cependant d'emblée que "si d'autres de mes collègues ont eux aussi constaté cette hausse, elle n'est pas homogène dans tout le pays". Ainsi, cette hausse n'a pas été constatée dans tous les services de soins intensifs du pays. Par exemple, il semble que l'on constate une hausse à Namur et dans le Hainaut, mais qu'à Liège ce ne soit pas le cas. Ce manque d'homogénéité explique aussi des chiffres "relativement" bons. Ainsi aujourd'hui, 425 personnes atteintes du covid sont hospitalisées en soins int...

Depuis le début de cette semaine, on a franchi à nouveau le seuil de 400 lits occupés par des patients covid en soins intensifs. Ce cap n'avait plus été franchi depuis début janvier. "Cette hausse a été nettement perçue au sein des hôpitaux", explique l'infectiologue de l'hôpital Erasme, Frédérique Jacobs. Elle-même a constaté cette hausse dans son service qui "s'est très vite rempli" depuis quelques jours. Un autre constat est qu'aujourd'hui on fait face "à une population un peu différente de celle qu'on avait précédemment. On a l'impression, mais cela doit encore être confirmé sur la durée, que ce sont des personnes plus jeunes que d'habitude, avec peu de comorbidités et qui se dégrade aussi extrêmement vite". Ces personnes arrivent aussi plus vites au soin intensif quand elles n'y viennent pas directement. La spécialiste nuance cependant d'emblée que "si d'autres de mes collègues ont eux aussi constaté cette hausse, elle n'est pas homogène dans tout le pays". Ainsi, cette hausse n'a pas été constatée dans tous les services de soins intensifs du pays. Par exemple, il semble que l'on constate une hausse à Namur et dans le Hainaut, mais qu'à Liège ce ne soit pas le cas. Ce manque d'homogénéité explique aussi des chiffres "relativement" bons. Ainsi aujourd'hui, 425 personnes atteintes du covid sont hospitalisées en soins intensifs. Début février, ce chiffre s'établissait à 300. "Le rapport actuel entre les hospitalisations générales et les admissions en soins intensifs a légèrement augmenté dans le courant de février : il est passé de 18 à 21%, mais cette hausse reste dans l'ordre des mois précédents puisque selon la période, ce rapport oscillait entre 18 et 30%" précise Yves Van Laethem de l'Institut de santé publique sciensano.La hausse des patients aux soins intensifs est donc depuis quelques jours plus marquée. Le 24 février ce chiffre était de 362 patients pour 410 pour le 1er mars. On est donc face à une hausse de près de 13% en cinq jours.Selon Frédérique Jacobs, la hausse a surtout été spectaculaire pour les personnes placées sous respirateur. "Il y a dix jours nous n'avions qu'un seul patient dans ce cas, alors qu'aujourd'hui ils sont une dizaine". Mais là encore, il semble que cette hausse ne soit pas homogène dans tout le pays. Ainsi, sur le nombre total de patients hospitalisés pour covid, 11% sont sous assistance respiratoire, un pourcentage qui a légèrement augmenté, mais qui reste entre les 8 et 15% "classiques", dit encore Van Laethem. On notera cependant que les personnes intubées étaient au nombre 181 le 24 février pour 212 le 1er mars. Soit tout de même une hausse de 17%. Pour Frédérique Jacobs - même si on doit rester prudent, car il est encore fort tôt que pour tirer des conclusions - ce pic dans le nombre de personnes en soins intensifs ne serait pas dû aux nouveaux variants. "On sait que, si le variant anglais est effectivement bien présent puisqu'il représente entre 50 et 65% des personnes infectées, il n'apporte pas pour autant des formes différentes ou plus graves de la maladie, ni ne touche forcément plus les jeunes. Et en ce qui concerne les autres variants, comme le Sud-Africain ou le brésilien, ils sont, pour l'instant, encore très minoritaires puisqu'ils ne représentent que quelques cas. Pour l'instant cette augmentation n'est pas liée à ça." Il peut s'agir simplement d'une flambée passagère liée au redoux de températures. Seule certitude pour Frédérique Jacobs, "le virus circule à nouveau abondamment et le nombre de personnes infectées est indéniablement en hausse. Il le serait encore probablement bien plus si l'on n'avait pas artificiellement, grâce au vaccin, fait descendre le taux d'infection. On le constate dans la communauté, autour de nous, on entend de nouveau de plus en plus de gens qui sont positifs. Le taux de positivité est quand même de plus 6,8%, ce qui est énorme." Dans le passé, on a toujours constaté une augmentation du nombre d'infections suivies d'une augmentation des admissions à l'hôpital, puis du nombre de personnes en soins intensifs. Ici on constate une hausse importante des chiffres des soins intensifs sans que l'on ait observé au préalable une hausse similaire du nombre d'infections et d'admissions. Cette hausse plus marquée aux soins intensifs est peut-être également due au fait qu'ils n'ont presque plus de patients de maison de repos dans les hôpitaux. Ceux-ci sont aujourd'hui dans leur toute grande majorité vaccinés et cela se traduit dans la diminution des hospitalisations pour ces tranches d'âges. "Il a bien entendu encore des personnes plus âgées, mais elles ne viennent pas de maison de repos. La vaccination marche, c'est indéniable et on le voit sur le terrain. C'est un vrai espoir" nous dit Frédérique Jacobs.Néanmoins, si cela explique en partie le ratio hospitalisation/soins intensifs, il n'en va pas de même pour le nombre de patients en soins intensifs puisque les résidents des maisons de repos n'ont jamais été très nombreux en soins intensifs et encore moins sous respirateur. "Quand on a 85 ans et qu'on doit être mis sous respirateur, on sait qu'on en a pour des semaines, voire des mois, de très lourde revalidation. Et on sait que pour ces personnes le pronostic est très mauvais." De ce fait, très peu de personnes issues des maisons de repos se sont retrouvées aux soins intensifs, car ils n'auraient de toute façon pas survécu aux traitements très invasifs. Quant à la thèse de clusters au sein des hôpitaux, Frédérique Jacobs ne l'exclut pas, mais reste tout de même dubitative. "C'est possible, mais on traite déjà les patients à la cortisone, et les patients qui sont aux soins intensifs sont ceux qui n'ont pas bien répondu aux différents traitements. En réalité cette hausse que l'on constate est tellement multifactorielle qu'il est difficile d'en trouver la cause avec certitude". Actuellement, les hospitalisations représentent environ 6% du nombre de contaminations. Entre le 23 février et le 1er mars, il y a eu en moyenne 148,6 admissions à l'hôpital par jour, soit une augmentation de 20% par rapport à la période de référence précédente. Les chiffres ne sont donc pas bons, même si l'augmentation du nombre d'infections semble se ralentir. "On en sera plus dans les deux semaines prochaines. Avec ce virus tellement incontrôlable, on ne peut pas faire des prévisions très précises. Il faut rester prudent. On ne peut pas tirer des conclusions que sur quelques jours. Même si, pour l'instant, on voit indéniablement une augmentation, il est encore trop tôt pour dire si cela s'inscrit dans un schéma global ou si, par exemple, on se retrouve face à des clusters" conclut Frédérique Jacobs.