L'UCLouvain a réuni un panel d'experts - urgentiste, épidémiologiste, sociologue, psychologue, ... - en leur posant la question suivante: "pour ou contre le maintien des fêtes ?". La plupart des intervenants sont unanimes: Noël est un important ciment social et familial et une bouffée d'oxygène pour le moral des Belges malmené par la crise. Mais, les fêtes de fin d'année se dérouleront de façon atypique, vu la situation épidémiologique. Le maître-mot : la créativité. Et cela pour éviter une redoutée troisième vague - comme ce fut le cas lors de la pandémie de Grippe espagnole - et dans la foulée, un troisième confinement qui serait dévastateur autant pour l'économie que pour la santé mentale de la population.
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L'UCLouvain a réuni un panel d'experts - urgentiste, épidémiologiste, sociologue, psychologue, ... - en leur posant la question suivante: "pour ou contre le maintien des fêtes ?". La plupart des intervenants sont unanimes: Noël est un important ciment social et familial et une bouffée d'oxygène pour le moral des Belges malmené par la crise. Mais, les fêtes de fin d'année se dérouleront de façon atypique, vu la situation épidémiologique. Le maître-mot : la créativité. Et cela pour éviter une redoutée troisième vague - comme ce fut le cas lors de la pandémie de Grippe espagnole - et dans la foulée, un troisième confinement qui serait dévastateur autant pour l'économie que pour la santé mentale de la population. "La question n'est pas de savoir s'il faut fêter Noël mais comment? Il est exclu, vu la situation épidémiologique, d'avoir une formule classique avec 15/20 personnes de générations différentes réunies à table pendant plusieurs heures dans un endroit confiné. La multiplication de ces réunions familiales dans toute la Belgique provoquerait une augmentation importante des contaminations", réagit Leila Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc de l'UCLouvain. L'infectiologue prône plutôt la créativité cette année pour passer les fêtes en famille, en respectant les gestes barrière et en limitant au maximum les contacts. "Il faut envisager la fête de manière très prudente et raisonnable. Il faudra être créatif. On peut envisager à la place d'un long repas en soirée de faire une balade en famille ou de se voir au jardin." Avec un point d'attention important aux personnes plus vulnérables, comme les personnes âgées ou présentant déjà des problèmes de santé (hypertension, diabète,...)."Le plus important est de protéger les personnes à risque, surtout celles qui pourraient développer les formes les plus sévères de la maladie", estime aussi de son côté Xavier Wittebolle, réanimateur aux soins intensifs des Cliniques universitaires Saint-Luc.Niko Speybroeck, épidémiologiste à l'UCLouvain , ne se prononce pas en faveur ou en défaveur de la fête de Noël. Il est sceptique quant à un assouplissement, même partiel, pour les fêtes. "Même si le nombre de nouvelles hospitalisations est ramené à 60 par jour (contre 270 aujourd'hui), relâcher tout pendant un ou deux jours pourrait faire tripler le nombre d'hospitalisations dans la foulée, et cela pendant plusieurs semaines", met-il en garde. "Il est difficile de savoir ce que sera la circulation du virus à Noël. Mais on risque de réduire à néant les efforts de plusieurs mois en 1 jour si on n'est pas prudent. " L'épidémiologiste préconise un relâchement limité dans les contacts autorisés, avec seulement 1 ou deux contacts supplémentaires. Il craint qu'un plus grand assouplissement venant des autorités ne donne le feu vert à la population pour l'élargissement des bulles.Il met aussi en garde contre les deux fêtes rapprochées qui pourraient relancer l'épidémie."Il faut aussi avoir en tête que le temps d'incubation du Covid est de 6 jours. Et entre Noël et Nouvel An, il y a précisément 6 jours,... ", fait remarquer l'expert. La grippe saisonnière pourrait aussi compliquer la donne. "Les chiffres ne sont pas bons. La situation actuelle est plus complexe qu'après la première vague. Je ne pense pas qu'il faut sauver Noël à tout prix, mais plutôt se donner de l'espoir avec l'arrivée d'un vaccin pour 2021. En attendant, continuons à être prudents et à respecter les règles d'hygiène. "" Niko Speybroeck ne se prononce pas non plus en faveur de l'organisation de messes religieuses ou d'autres célébrations laïques, car chaque rassemblement de personnes est à risque.Une auto-quarantaine d'une dizaine de jours avant les fêtes est-elle conseillée ? 90% des malades du Covid développent en effet les symptômes 10 jours après la contamination. Pour Leila Belkhir, cela pourrait être une bonne idée si on veut être prudent.Pour Vincent Lorant, sociologue de la santé, la question de fêter ou pas Noël ne se pose pas; la famille est source de support social. Il est clair que la population va fêter Noël d'une façon ou d'une autre car c'est une fête spirituelle d'entraide importante, les Belges en ont grandement besoin en ces temps troubles. "Par jour de confinement, on a remarqué 3% d'augmentation de la détresse psychologique de la population", avance-t-il pour appuyer ses propos. Olivier Luminet, professeur de psychologie de la santé à l'UCLouvain, répond un grand "oui !' à la question "doit-on fêter Noël" ? "La fête de Noël a une fonction importante. Elle permet de faire le bilan de l'année avec une portée affective. Cette année, elle sera vécue dans des conditions très particulières", déclare-t-il. "C'est un défi majeur, car limiter les contacts est contre nature pour l'être humain ", explique-t-il.Le psychologue est en faveur d'une bulle élargie à 2, maximum 4 personnes pour les fêtes. "Les besoins psychologiques sont déjà remplis en se voyant à 4 personnes. On peut alors profiter des personnes qu'on aime le plus au sein de sa famille ou de ses amis. Cela limite l'anxiété." Une limitation des contacts familiaux qui peut aussi mener à des conflits, pointe pour sa part le sociologue de la famille Bernard Fusulier. Certaines familles seront face à des choix cornéliens si la bulle est limitée à 4."Ce sera dur d' 'hiérarchiser' les invités", prévient le sociologue. Avec des tensions et des conflits à la clé, sans aller jusqu'à parler d'éclatement du noyau familial. "Ce qu'on remarque, c'est que ce genre d'épreuve rend les familles plus soudées et que les Belges ont appris la résilience ces derniers temps."Pour le sociologue, la famille est une valeur qui supplante les amis et le travail. Noël comme les anniversaires, les mariages ou les enterrements permettent d'entretenir les liens. "Les Belges ne feront pas l'impasse sur cette fête ", est-il convaincu. Il prévient : "Cet attachement à la famille pourrait amener des Belges à transgresser les règles sanitaires au nom de la famille." Le sociologue invite à fêter sur un mode mineur, dans de petites réunions de personnes échelonnées dans le temps.Une étude du groupe d'expert "psychologie et coronavirus" auprès de 6.000 personnes a d'ailleurs montré que le scénario préféré des Belges est d'élargir le cercle autorisé à deux voire quatre personnes pour les fêtes de Noël, pas plus. Cela prouve que la population est consciente des risques et a gagné en maturité, explique Olivier Luminet. "Ouvrir le cercle familial et amical est signe d'anxiété que l'épidémie reprenne de plus belle. La population est consciente de cela et veut prendre ses responsabilités. C'est moins évident pour les jeunes." L'impact psychologique d'une troisième vague serait énorme pour Olivier Luminet. "Ce second confinement a été une douche froide. On connait bien maintenant les risques encourus. Les Belges sont prêts à changer leurs habitudes et à faire des efforts. Dans la balance plaisir et risque, c'est le risque qui domine."Jacinthe Mazzocchetti, sociologue spécialiste notamment des traditions, plaide pour une fête de Noël réinventée à l'exemple des familles migrantes qui ont appris à être ensemble tout en étant séparées. "On peut initier des moments de partage à distance à travers un écran, en privilégiant des moments individuels de connexion plutôt que des apéros qui réunissent un grand nombre de personnes et où tout le monde parle en même temps. "Jacinthe Mazzocchetti demande aussi une communication claire de la part des autorités gouvernementales, qui ne soit pas infantilisante pour que la population adhère au maximum aux mesures de lutte contre le virus. Regagner la confiance des citoyens est un enjeu clé. "La pandémie a mis en lumière les inégalités de notre société. Il faut encourager la solidarité envers les plus précarisés et les personnes isolées dont les personnes âgées qui vivent des moments difficiles." L'avis de Isabelle Gilard, gériatre aux Cliniques universitaires Saint-Luc de l'UCLouvainabonde dans ce sens : "Oui, il faut que nos aînés fêtent Noël en famille." Pas autour d'une grande tablée toutes générations confondues, "cela fait le lit du virus" alerte-t-elle, mais autrement. La médecin suggère aussi l'idée de balade au grand air en respectant toujours les gestes barrière. "Il ne faut pas relâcher nos efforts pour absolument éviter une 3ème vague, mortelle pour les personnes âgées et catastrophique pour leur santé mentale." Andréa Penaloza, cheffe des urgences des Cliniques universitaires Saint-Luc, estime que ce serait déraisonnable de faire comme d'habitude cette année. L'urgentiste lance un appel à la solidarité collective. "Ce qui nous touche, c'est qu'une 3ème vague rendrait les soins de santé inaccessibles pour une partie de la population et saturerait encore plus nos hôpitaux". Et Michel Dupuis, philosophe, de conclure : "Au final, chacun doit se demander comment, du fond de son coeur, il désire passer ce Noël, en mesurant les risques sanitaires. Certaines personnes ont d'ailleurs une phobie de cette obligation familiale."