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La crédibilité politique a souffert de l'existence de neuf ministres de la Santé. Que pensent les partis flamands d'une refédéralisation des soins de santé ? Côté francophone, il est de bon ton de se dire en faveur de la refédéralisation de compétences, mais cela cache parfois d'autres positionnements. Le PS est plutôt dans une logique de régionalisation tant que ça ne coûte pas trop d'argent à la Wallonie. Plus de régionalisation, c'est plus de pouvoir, plus de gens à placer dans les administrations. Dans le passé, cela valait aussi pour le CD&V. La régionalisation a renforcé l'Etat PS et l'Etat CVP. Ce dernier est révolu, mais, en Flandre, le secteur de la santé reste largement dans les mains du pilier chrétien. Zorgnet, l'organe patronal des soins de santé en Flandre, est dirigé par une ancienne cheffe de cabinet de Jo Vandeurzen (Margot Cloet), de même que le top de l'administration (Karine Moykens). Depuis 1980, le CVP-CD&V a toujours eu le département flamand de la Santé, à l'exception de la parenthèse du gouvernement arc-en-ciel (1999-2004). Ce n'est donc pas surprenant que le CD&V veuille régionaliser encore plus les soins de santé, cela renforcerait le pilier chrétien. Pour les partis nationalistes comme la N-VA et le Vlaams Belang, il s'agit plus d'une revendication idéologique. Toutefois, de plus en plus de voix s'élèvent en faveur d'une certaine refédéralisation. Cette dynamique est présente chez les libéraux et les verts, mais aussi - ce qui est neuf - au SP.A. Conner Rousseau a fait des déclarations dans ce sens lors de l'émission De Zevende Dag (VRT) du 17 mai. C'est une évolution par rapport à la ligne communautaire déterminée surtout par Johan Vande Lanotte. Pareil au CD&V, où le top du parti reste assez flamingant, mais où le congrès a voté une motion ouverte à la refédéralisation en décembre 2016. Jan De Maeseneer, professeur émérite de médecine générale (UGent), réclame une régionalisation accrue des soins de santé, tandis que Marc Noppen, administrateur délégué de l'hôpital universitaire UZ Brussel, plaide l'inverse. Votre position ? L'éparpillement des compétences a atteint ses limites. Néanmoins, dans ma dernière chronique du Standaard (16 mai), j'observe que notre pays a réagi à la pandémie de manière assez uniforme, tandis que d'autres pays se divisaient. Prenons l'Allemagne : les Länder ont édicté des mesures différentes en matière de lockdown et de déconfinement. Dans un parc commun à deux Länder, la distanciation sociale était de 1,5 mètre d'un côté et de deux mètres de l'autre... Au Royaume-uni, l'Ecosse et le pays de Galles n'ont pas accepté les mesures d'assouplissement du confinement du Premier ministre Boris Johnson. Ne parlons pas des Etats-Unis où Donald Trump et les gouverneurs de certains Etats sont en guerre. En Belgique, on a pu éviter ce genre d'absurdités. Même dans des domaines où les Communautés sont totalement compétentes comme l'enseignement et la culture, les nationalistes les plus ardents étaient d'accord de prendre des mesures identiques pour tout le territoire.