Cette vérification a été effectuée sur la base des informations disponibles à la date de publication. Découvrez ici plus de détails sur notre méthode de travail.

Il y a peu, Peter Beschuyt écrivait dans le quotidien flamand Het Laatste Nieuws que nous étions tous en train de devenir plus bêtes. "Jusqu'en 1975, le niveau mondial d'intelligence augmentait, mais depuis, il est en baisse. La technologie et l'automatisation ont réduit nos compétences cognitives." Lorsque nous le contactons, Peter Beschuyt se réfère au livre Are We Getting Smarter ? de James R. Flynn et à des recherches scientifiques de 2018 qui comparent les QI de militaires norvégiens (nés entre 1962 et 1991). Leur QI augmente jusqu'en 1975 pour ensuite commencer à baisser.

"C'est vrai que le QI de la population mondiale a augmenté pendant la presque totalité du XXe siècle", explique Dimitri van der Linden, professeur de psychologie à l'Université Erasmus à Rotterdam. "On appelle ce phénomène l'effet Flynn. Et nous constatons depuis peu un mouvement inverse en Europe. En 2016, j'ai publié un article qui compare les recherches menées par sept pays européens. Depuis le milieu des années 1990 - soit bien après 1975 - nous constatons une baisse moyenne de 2,44 points de QI par décennie. Mais on ne peut pas généraliser et parler 'd'intelligence mondiale'. De nombreux pays en développement disposent encore d'un important potentiel: si les conditions de vie et l'enseignement s'améliorent, le QI moyen peut augmenter."

Aucune étude ne démontre que la technologie nous rend plus bêtes

Le professeur de psychologie cognitive Wouter Duyck (vice-président de la NVAO, l'organisation qui contrôle la qualité de l'enseignement supérieur en Flandre et aux Pays-Bas) confirme la hausse en Europe de quelques points de QI par décennie depuis que les mesures existent, et ce, jusqu'aux environs de 1995. "Ce phénomène a eu un impact important sur notre richesse et sur l'économie de la connaissance. Il existe un consensus relativement large sur les causes de cette hausse. Tout d'abord, nous avons constaté au cours du XXe siècle des progrès importants au niveau de notre santé globale, grâce à l'alimentation et à la médecine. Ensuite, l'enseignement s'est beaucoup amélioré. Chaque année d'étude permet d'augmenter le QI moyen de quelques points. Nous avons constaté dans plusieurs pays européens que nous avions atteint un pic au milieu des années 1990. Certaines études parlent de statu quo et d'autres de baisse du QI moyen. Mais nous ne pouvons pas extrapoler ces constats à l'ensemble du monde. Dans des régions où l'enseignement n'est pas encore très structuré, il existe certainement encore un potentiel de hausse."

Les deux experts émettent de sérieux doutes quant aux causes avancées par Peter Beschuyt pour tenter d'expliquer le recul de notre QI, à savoir la moindre sollicitation de nos capacités cognitives à cause de la technologie et de l'automatisation. "Notre cerveau n'a jamais été autant sollicité qu'à l'heure actuelle. Par ailleurs, aucune étude ne prouve que la technologie nous rend stupides", affirme Duyck, appuyé par Van der Linden. "Les ordinateurs exigent beaucoup de notre cerveau. Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer la raison de ce recul. La plus courante est de nature génétique: contrairement au passé, les élites intellectuelles ont moins d'enfants que les personnes peu éduquées. De plus, les erreurs génétiques disparaissaient plus vite du patrimoine génétique grâce à la sélection naturelle. Mais suite à l'amélioration de nos conditions de vie, cet effet est moins important et les erreurs génétiques peuvent s'accumuler."

CONCLUSION

Dans plusieurs pays européens - et donc pas dans le monde entier - on observe une baisse du QI moyen, plus ou moins à partir du milieu des années 1990. Nous considérons donc cette affirmation comme plutôt fausse.

Cette vérification a été effectuée sur la base des informations disponibles à la date de publication. Découvrez ici plus de détails sur notre méthode de travail.Il y a peu, Peter Beschuyt écrivait dans le quotidien flamand Het Laatste Nieuws que nous étions tous en train de devenir plus bêtes. "Jusqu'en 1975, le niveau mondial d'intelligence augmentait, mais depuis, il est en baisse. La technologie et l'automatisation ont réduit nos compétences cognitives." Lorsque nous le contactons, Peter Beschuyt se réfère au livre Are We Getting Smarter ? de James R. Flynn et à des recherches scientifiques de 2018 qui comparent les QI de militaires norvégiens (nés entre 1962 et 1991). Leur QI augmente jusqu'en 1975 pour ensuite commencer à baisser."C'est vrai que le QI de la population mondiale a augmenté pendant la presque totalité du XXe siècle", explique Dimitri van der Linden, professeur de psychologie à l'Université Erasmus à Rotterdam. "On appelle ce phénomène l'effet Flynn. Et nous constatons depuis peu un mouvement inverse en Europe. En 2016, j'ai publié un article qui compare les recherches menées par sept pays européens. Depuis le milieu des années 1990 - soit bien après 1975 - nous constatons une baisse moyenne de 2,44 points de QI par décennie. Mais on ne peut pas généraliser et parler 'd'intelligence mondiale'. De nombreux pays en développement disposent encore d'un important potentiel: si les conditions de vie et l'enseignement s'améliorent, le QI moyen peut augmenter."Le professeur de psychologie cognitive Wouter Duyck (vice-président de la NVAO, l'organisation qui contrôle la qualité de l'enseignement supérieur en Flandre et aux Pays-Bas) confirme la hausse en Europe de quelques points de QI par décennie depuis que les mesures existent, et ce, jusqu'aux environs de 1995. "Ce phénomène a eu un impact important sur notre richesse et sur l'économie de la connaissance. Il existe un consensus relativement large sur les causes de cette hausse. Tout d'abord, nous avons constaté au cours du XXe siècle des progrès importants au niveau de notre santé globale, grâce à l'alimentation et à la médecine. Ensuite, l'enseignement s'est beaucoup amélioré. Chaque année d'étude permet d'augmenter le QI moyen de quelques points. Nous avons constaté dans plusieurs pays européens que nous avions atteint un pic au milieu des années 1990. Certaines études parlent de statu quo et d'autres de baisse du QI moyen. Mais nous ne pouvons pas extrapoler ces constats à l'ensemble du monde. Dans des régions où l'enseignement n'est pas encore très structuré, il existe certainement encore un potentiel de hausse."Les deux experts émettent de sérieux doutes quant aux causes avancées par Peter Beschuyt pour tenter d'expliquer le recul de notre QI, à savoir la moindre sollicitation de nos capacités cognitives à cause de la technologie et de l'automatisation. "Notre cerveau n'a jamais été autant sollicité qu'à l'heure actuelle. Par ailleurs, aucune étude ne prouve que la technologie nous rend stupides", affirme Duyck, appuyé par Van der Linden. "Les ordinateurs exigent beaucoup de notre cerveau. Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer la raison de ce recul. La plus courante est de nature génétique: contrairement au passé, les élites intellectuelles ont moins d'enfants que les personnes peu éduquées. De plus, les erreurs génétiques disparaissaient plus vite du patrimoine génétique grâce à la sélection naturelle. Mais suite à l'amélioration de nos conditions de vie, cet effet est moins important et les erreurs génétiques peuvent s'accumuler."