"Comme un très grand nombre de citoyens, je suis de plus en plus exaspéré par les tergiversations et les incohérences actuelles des politiques. Si, comme il semble de plus en plus évident, il n'est plus possible de trouver l'un de ces fameux "compromis à la belge", qui ont jusqu'ici permis de maintenir, vaille que vaille, un semblant de cohésion, mais qui ont été indéniablement les germes porteurs du virus qui détruit aujourd'hui ce pays, il est temps de passer à autre chose." Amer mais désireux d'apporter sa contribution au déblocage du pays, Jean-Claude Chamart est l'un des très nombreux lecteurs du Vif.be qui ont répondu à notre appel pour exprimer leurs idées pour la Belgique.

Un pays qui leur tient à coeur, mais dont la paralyse actuelle les épuise. Leur ressenti à l'égard de la politique renvoie à une récente enquête interuniversitaire faisant état de l'aversion croissante des Belges pour la politique et une enquête réalisée par nos confrères de Knack. Mais au-delà des récriminations à l'égard de la classe politique, ces contributeurs émettent des propositions, souvent constructives, parfois aux marges de ce populisme qui menace.

Un gouvernement d'experts

"Il faut cesser de se voiler la face : ce pays est à la croisée des chemins, souligne Jean-Claude Chamart. D'une part, il y a une Flandre, forte de son économie, de sa majorité numérique et de ses aspirations légitimes à assurer son devenir dans un contexte débarrassé du marasme dans lequel perdure la Wallonie. D'autre part, le plus grand parti wallon qui souhaite continuer à survivre dans un système économique et de paternalisme qu'il est incapable de soutenir seul et qui se replie frileusement sur une notion de "solidarité" censée offrir à tous des conditions de vie décentes. On peut continuer à ergoter, on peut continuer les exclusives, on peut continuer à se renvoyer la balle, assortie de reproches mutuels, mais rien de cela ne résoudra les problèmes récurrents qui s'accumulent au fil du temps. Et pire, ces petits jeux politiciens nous coûtent fort cher !"

Alors ? Que peut-on faire ? "Soit on se résout à demander formellement son opinion au peuple, au travers d'un référendum ce qui aura au moins le mérite de permettre-enfin- aux citoyens de décider de leur avenir, prolonge Jean-Claude Chamart. Soit, on met sur pied un gouvernement de technocrates, issus du monde économique, de la société Civile, de la magistrature, de l'armée et de la police au besoin." Face au chaos, attention, la tentation de la remise en ordre n'est jamais loin.

Jean-Paul Frisée suggère lui aussi la "formation d'un organe de gestion (gouvernement?) composé de spécialistes/techniciens et ce dans les divers domaines cruciaux, c'est à dire ceux qui préoccupent réellement les citoyens et qui sont vitaux pour la Belgique. Il évoque notamment "le budget (analyse sérieuse et correcte des dépenses / recettes; moyens à mettre en oeuvre, répartition équitable réelle de l'impôt, suivi de ce dernier...), la sécurité sociale (équité sociale développée, plus grande indépendance par rapport aux industries pharmaceutiques...), l'emploi (garantie, création, stabilité, valorisation,...), l'enseignement (vrai place de l'éducation au sein de la société, plus grande adéquation entre le monde du travail et l'enseignement...)."

Une révision en profondeur du système électoral

En raison des paralysies récurrentes du pays, les citoyens souhaitent que l'on revoie le système en profondeur. Isabelle Beckers suggère un autre système de vote. "En cas de retour aux urnes: 1: Proposer au vote des coalitions, les citoyens choisissent et votent pour la coalition qui les représente au mieux et toutes les régions ont le même bulletin de vote. Ou 2. En cas de vote classique: toutes les régions ont le même bulletin de vote, c'est-à-dire que la Wallonie peut voter pour des partis flamands et la Flandre pour des partis francophones (comme à Bruxelles)."

Claude Vrielynck est sur la même longueur d'ondes : "Il me semble que c'est monsieur Koen Geens qui proposait un autre mode de scrutin : 5 voix par électeur, pouvant se répartir sur plusieurs partis. Bonne idée ! Aucun parti ne rassemble tous nos souhaits, ce qui m'a fait voter pour trois partis différents en mai 2019. Et pourquoi ne pas pouvoir élargir notre choix d'électeur : pouvoir voter au fédéral pour tous ceux qui se présentent d'Ostende à Arlon. Idem au régional de Mouscron à Verviers. Autre suggestion : l'élection du premier ministre au suffrage universel, avec la possibilité de le choisir où qu'il soit en Belgique. En tout cas, revoter sans changer les règles du scrutin amènerait au même blocage, en pire sans doute." Il soutient en outre l'idée proposée par François De Smet, président de DéFi, d'organiser une conférence institutionnelle en marge du gouvernement.

Patrick Derwael propose un système électoral majoritaire : "Le principe de coalitions a du bon en ce sens qu'elle est au théoriquement plus près des désirs des votants: on a "un peu de tout". A contrario, de par sa nature, les coalitions génèrent l'éternel sentiment de déjà vu: "on prend les mêmes et on recommence". Pourquoi ne pas se diriger vers un système politique à la française, dans lequel une seule ligne directrice politique est donnée? Je sais pertinemment bien que changement d'approche est illusoire, particulièrement quand aucun parti ne veut perdre sa "part du gâteau électoral", mais on peut rêver d'efficacité politique plutôt que de politique politicienne, non?"

Thierry Sauvenière propose un tirage au sort des ministres : "Après des élections, les partis qui ont suffisamment de voix sont représentés à la chambre. Le premier ministre est tiré au sort parmi tous les élus de moins de 45 ans. Les ministres, ils sont tirés également au sort, un par parti politique représenté à la chambre. Plus de vote de parti, les élus votent sur l'idée de la loi, pas par qui elle est proposée." "La solution au fédéral est très simple : que les deux régions désignent leurs favoris et le peuple pourra les choisir, souligne Giovanni Poma, un Italien émigré en Belgique depuis 1947. J'ai toujours été frustré de ne pas pouvoir voter pour Willy Claes ou Louis Tobback." C'est en réalité l'idée de circonscription fédérale portée - en vain, par de nombreux académiques depuis des années.

Formation fédérale : une obligation de résultats

Pour sortir de l'ornière immédiate, Jean-Pierre Joiret propose d'imposer une obligation de résultat aux élus. "La difficulté de former un gouvernement réside pour l'essentiel dans la peur de s'allier avec de mauvais partenaires, de perdre la capacité de mettre une partie de son programme en vigueur, de perdre sa crédibilité auprès de l'électeur et finalement d'être en peine de se faire ré-élire, constate-t-il. C'est paradoxalement cette crainte qui est la clé d'une solution évidente : il suffirait de considérer que les élus qui ont obtenus un nombre significatif de voix (nombre à définir précisément) lors d'une élection, ont COLLECTIVEMENT l'obligation de mettre en place un gouvernement stable et durable dans les 3 mois. A défaut d'y parvenir, ils deviennent TOUS inéligibles pour 5 ans et doivent donc faire place à d'autres qui seront sans doute plus efficaces qu'eux. C'est assez radical, mais cette solution aurait aussi l'avantage de réconcilier "le peuple" qui n'y comprend plus rien et le monde politique qui s'auto-complait dans des solutions sans issue." Une proposition effectivement assez radicale qui ne résout rien sur le fond des divergences qui paralysent la situation.

Françoise Lefèvre propose elle aussi de donner "maximum deux mois pour former un gouvernement". Cette obligation de résultat est effective en Israël, sans délivrer forcément de résultats. Mais elle ajoute d'autres propositions constructives : "se présenter avec deux partis au moins en Flandre en Wallonie et à Bruxelles avec un programme commun sinon pas de présentation au niveau fédéral ; expliquer ce qui se passe en Flandre à la Wallonie (Vu de Flandre, daardaar.be )et à la Flandre ce qui se passe en Wallonie". Elle prône encore la refédéralisation de compétences régionalisées comme la politique énergétique.

Un débat sur les rémunérations des élus

D'autres ont des considérations plus âpres. Et flirtent avec un populisme qui se répand comme une trainée de poudre avec cette crise qui se prolonge.

"Après un mois de négociations infructueuses à compter du résultat des élections, suspendre les rémunérations des parlementaires jusqu'à la formation du nouveau gouvernement, suggère Jean-Marie Flamme. Ceux-ci se dépêcheraient de faire des propositions qui ont du sens et trouveraient sans tarder une solution."

"Je serais d'avis que puisqu'il n'y a eu aucune avancée dans la formation d'un gouvernement depuis les élections, que chaque responsable politique rembourse les rémunérations perçues depuis un an et que le versement de leurs salaires futurs soit conditionné au fait d'avoir un gouvernement de plein exercice, prolonge Olivier Michel. Cela pourrait être un incitant non négligeable afin de motiver la classe politique à trouver plus rapidement des solutions pragmatiques et un compromis, à la Belge ou non, afin de former ENFIN un gouvernement." "Ma proposition est la suivante : limitons la rémunération de tous nos représentants élus au niveau fédéral au salaire minimum syndical jusqu'à constitution d'un gouvernement avec un programme viable", clame Johan Vanhecke.

Yves Seigneur s'inscrit dans le même rejet du système établi. "Dans un premier temps, mise au repos des partis, propose-t-il. Pendant ce temps, élaborons un questionnaire à soumettre à chaque Belge, lui permettant de s'exprimer dans tous les domaines de la gestion du pays. Dans un deuxième temps, dépouiller les résultats et établir une liste reprenant les points que les Belges veulent voir figurer dans la prochaine déclaration gouvernementale. Dans un troisième temps, laisser deux mois aux partis pour élaborer leur programme, leur laissant le choix de s'inspirer des choix citoyens. Quatrième temps : les programmes étant établis, les médias, les plateformes citoyennes, tous les gens engagés dans la vie réelle du pays s'expriment et éclairent les citoyens sur les choix qu'ils vont poser sur les bases des programmes des partis comparés aux choix des citoyens. Cinquième temps, on vote."

Un débat institutionnel et le confédéralisme

Toucher au coeur du système nucléaire belge, cela pourrait donc induire une septième réforme de l'Etat. Plusieurs contributeurs soutiennent donc l'idée d'une conférence institutionnelle. Cela pourrait aller loin, selon Philippe Marion : "Les débats et commentaires ne semblent pas prendre en compte une donnée essentielle : les politiques commencent à admettre que la question du confédéralisme devrait pouvoir être abordée, expose-t-il. Toutefois, personne ne précise si celle-ci doit être mise en place avec un partage du territoire sur base du découpage retenu pour les communautés ou les régions. (...) Le conflit semble être le même que celui apparut à l'époque de la "régionalisation" entre PS et CVP... solutionné par une double division de la Belgique. Peut-on envisager un confédéralisme avec une double division et des territoires différents? Informer le citoyen et donc l'électeur du véritable enjeu tout en l'invitant à se prononcer sur la division qu'il entend voir retenue dans l'hypothèse d'un confédéralisme serait une première étape primordiale."

"Au point où se trouve le Royaume de Belgique, il paraît nécessaire de laisser de côté les idéologies de toutes sortes, appuie Paul Coche. Monsieur Yves Leterme déclara, à juste titre, que la Belgique était un accident de l'Histoire. En quoi, il avait raison. (...) L'Europe d'Ancien Régime créa un grand Royaume des Pays-Bas en y amalgamant, absurdité totale, les provinces wallonnes. Il fallait éloigner Antwerpen de la mainmise française. En 1830, rebelote, sous l'injonction britannique, la création du "Royaume de Belgique" évita qu'Antwerpen ne bénéficie aux Pays-Bas et que les houillères wallonnes ne profitent pas aux Français. Voilà pourquoi Jules Destrée en 1912 put écrire à Albert 1er : "Sire, il n'y a pas de Belges" et permette au Congrès wallon de 1912 d'exiger la Séparation Administrative soit le séparatisme. Les Wallons n'étant jamais que des Gaulois hésitants, le Congrès de 1945 en fut la triste dérobade sous l'influence du PS (déjà). En réalité, la NV-A et la Vlaams Belang, dans la lignée du mouvement Flamand, n'exigent rien d'autre que ce que les Wallons de 1912 exigeaient ! Cette réalité humaine et historique devrait conduire nos "excellences" à concevoir un Royaume de Belgique s'inspirant de la Suisse. En créant quatre "cantons" : Flandre, Wallonie, Ostbelgien et une Ville Etat bruxelloise au sein du canton Flandre. Au point où nous en sommes, tout blocage nostalgique apportera de l'eau au moulin des nationalistes de Flandre."

"Comme un très grand nombre de citoyens, je suis de plus en plus exaspéré par les tergiversations et les incohérences actuelles des politiques. Si, comme il semble de plus en plus évident, il n'est plus possible de trouver l'un de ces fameux "compromis à la belge", qui ont jusqu'ici permis de maintenir, vaille que vaille, un semblant de cohésion, mais qui ont été indéniablement les germes porteurs du virus qui détruit aujourd'hui ce pays, il est temps de passer à autre chose." Amer mais désireux d'apporter sa contribution au déblocage du pays, Jean-Claude Chamart est l'un des très nombreux lecteurs du Vif.be qui ont répondu à notre appel pour exprimer leurs idées pour la Belgique. Un pays qui leur tient à coeur, mais dont la paralyse actuelle les épuise. Leur ressenti à l'égard de la politique renvoie à une récente enquête interuniversitaire faisant état de l'aversion croissante des Belges pour la politique et une enquête réalisée par nos confrères de Knack. Mais au-delà des récriminations à l'égard de la classe politique, ces contributeurs émettent des propositions, souvent constructives, parfois aux marges de ce populisme qui menace.Un gouvernement d'experts"Il faut cesser de se voiler la face : ce pays est à la croisée des chemins, souligne Jean-Claude Chamart. D'une part, il y a une Flandre, forte de son économie, de sa majorité numérique et de ses aspirations légitimes à assurer son devenir dans un contexte débarrassé du marasme dans lequel perdure la Wallonie. D'autre part, le plus grand parti wallon qui souhaite continuer à survivre dans un système économique et de paternalisme qu'il est incapable de soutenir seul et qui se replie frileusement sur une notion de "solidarité" censée offrir à tous des conditions de vie décentes. On peut continuer à ergoter, on peut continuer les exclusives, on peut continuer à se renvoyer la balle, assortie de reproches mutuels, mais rien de cela ne résoudra les problèmes récurrents qui s'accumulent au fil du temps. Et pire, ces petits jeux politiciens nous coûtent fort cher !"Alors ? Que peut-on faire ? "Soit on se résout à demander formellement son opinion au peuple, au travers d'un référendum ce qui aura au moins le mérite de permettre-enfin- aux citoyens de décider de leur avenir, prolonge Jean-Claude Chamart. Soit, on met sur pied un gouvernement de technocrates, issus du monde économique, de la société Civile, de la magistrature, de l'armée et de la police au besoin." Face au chaos, attention, la tentation de la remise en ordre n'est jamais loin.Jean-Paul Frisée suggère lui aussi la "formation d'un organe de gestion (gouvernement?) composé de spécialistes/techniciens et ce dans les divers domaines cruciaux, c'est à dire ceux qui préoccupent réellement les citoyens et qui sont vitaux pour la Belgique. Il évoque notamment "le budget (analyse sérieuse et correcte des dépenses / recettes; moyens à mettre en oeuvre, répartition équitable réelle de l'impôt, suivi de ce dernier...), la sécurité sociale (équité sociale développée, plus grande indépendance par rapport aux industries pharmaceutiques...), l'emploi (garantie, création, stabilité, valorisation,...), l'enseignement (vrai place de l'éducation au sein de la société, plus grande adéquation entre le monde du travail et l'enseignement...)."Une révision en profondeur du système électoralEn raison des paralysies récurrentes du pays, les citoyens souhaitent que l'on revoie le système en profondeur. Isabelle Beckers suggère un autre système de vote. "En cas de retour aux urnes: 1: Proposer au vote des coalitions, les citoyens choisissent et votent pour la coalition qui les représente au mieux et toutes les régions ont le même bulletin de vote. Ou 2. En cas de vote classique: toutes les régions ont le même bulletin de vote, c'est-à-dire que la Wallonie peut voter pour des partis flamands et la Flandre pour des partis francophones (comme à Bruxelles)."Claude Vrielynck est sur la même longueur d'ondes : "Il me semble que c'est monsieur Koen Geens qui proposait un autre mode de scrutin : 5 voix par électeur, pouvant se répartir sur plusieurs partis. Bonne idée ! Aucun parti ne rassemble tous nos souhaits, ce qui m'a fait voter pour trois partis différents en mai 2019. Et pourquoi ne pas pouvoir élargir notre choix d'électeur : pouvoir voter au fédéral pour tous ceux qui se présentent d'Ostende à Arlon. Idem au régional de Mouscron à Verviers. Autre suggestion : l'élection du premier ministre au suffrage universel, avec la possibilité de le choisir où qu'il soit en Belgique. En tout cas, revoter sans changer les règles du scrutin amènerait au même blocage, en pire sans doute." Il soutient en outre l'idée proposée par François De Smet, président de DéFi, d'organiser une conférence institutionnelle en marge du gouvernement.Patrick Derwael propose un système électoral majoritaire : "Le principe de coalitions a du bon en ce sens qu'elle est au théoriquement plus près des désirs des votants: on a "un peu de tout". A contrario, de par sa nature, les coalitions génèrent l'éternel sentiment de déjà vu: "on prend les mêmes et on recommence". Pourquoi ne pas se diriger vers un système politique à la française, dans lequel une seule ligne directrice politique est donnée? Je sais pertinemment bien que changement d'approche est illusoire, particulièrement quand aucun parti ne veut perdre sa "part du gâteau électoral", mais on peut rêver d'efficacité politique plutôt que de politique politicienne, non?"Thierry Sauvenière propose un tirage au sort des ministres : "Après des élections, les partis qui ont suffisamment de voix sont représentés à la chambre. Le premier ministre est tiré au sort parmi tous les élus de moins de 45 ans. Les ministres, ils sont tirés également au sort, un par parti politique représenté à la chambre. Plus de vote de parti, les élus votent sur l'idée de la loi, pas par qui elle est proposée." "La solution au fédéral est très simple : que les deux régions désignent leurs favoris et le peuple pourra les choisir, souligne Giovanni Poma, un Italien émigré en Belgique depuis 1947. J'ai toujours été frustré de ne pas pouvoir voter pour Willy Claes ou Louis Tobback." C'est en réalité l'idée de circonscription fédérale portée - en vain, par de nombreux académiques depuis des années.Formation fédérale : une obligation de résultatsPour sortir de l'ornière immédiate, Jean-Pierre Joiret propose d'imposer une obligation de résultat aux élus. "La difficulté de former un gouvernement réside pour l'essentiel dans la peur de s'allier avec de mauvais partenaires, de perdre la capacité de mettre une partie de son programme en vigueur, de perdre sa crédibilité auprès de l'électeur et finalement d'être en peine de se faire ré-élire, constate-t-il. C'est paradoxalement cette crainte qui est la clé d'une solution évidente : il suffirait de considérer que les élus qui ont obtenus un nombre significatif de voix (nombre à définir précisément) lors d'une élection, ont COLLECTIVEMENT l'obligation de mettre en place un gouvernement stable et durable dans les 3 mois. A défaut d'y parvenir, ils deviennent TOUS inéligibles pour 5 ans et doivent donc faire place à d'autres qui seront sans doute plus efficaces qu'eux. C'est assez radical, mais cette solution aurait aussi l'avantage de réconcilier "le peuple" qui n'y comprend plus rien et le monde politique qui s'auto-complait dans des solutions sans issue." Une proposition effectivement assez radicale qui ne résout rien sur le fond des divergences qui paralysent la situation.Françoise Lefèvre propose elle aussi de donner "maximum deux mois pour former un gouvernement". Cette obligation de résultat est effective en Israël, sans délivrer forcément de résultats. Mais elle ajoute d'autres propositions constructives : "se présenter avec deux partis au moins en Flandre en Wallonie et à Bruxelles avec un programme commun sinon pas de présentation au niveau fédéral ; expliquer ce qui se passe en Flandre à la Wallonie (Vu de Flandre, daardaar.be )et à la Flandre ce qui se passe en Wallonie". Elle prône encore la refédéralisation de compétences régionalisées comme la politique énergétique.Un débat sur les rémunérations des élusD'autres ont des considérations plus âpres. Et flirtent avec un populisme qui se répand comme une trainée de poudre avec cette crise qui se prolonge. "Après un mois de négociations infructueuses à compter du résultat des élections, suspendre les rémunérations des parlementaires jusqu'à la formation du nouveau gouvernement, suggère Jean-Marie Flamme. Ceux-ci se dépêcheraient de faire des propositions qui ont du sens et trouveraient sans tarder une solution." "Je serais d'avis que puisqu'il n'y a eu aucune avancée dans la formation d'un gouvernement depuis les élections, que chaque responsable politique rembourse les rémunérations perçues depuis un an et que le versement de leurs salaires futurs soit conditionné au fait d'avoir un gouvernement de plein exercice, prolonge Olivier Michel. Cela pourrait être un incitant non négligeable afin de motiver la classe politique à trouver plus rapidement des solutions pragmatiques et un compromis, à la Belge ou non, afin de former ENFIN un gouvernement." "Ma proposition est la suivante : limitons la rémunération de tous nos représentants élus au niveau fédéral au salaire minimum syndical jusqu'à constitution d'un gouvernement avec un programme viable", clame Johan Vanhecke.Yves Seigneur s'inscrit dans le même rejet du système établi. "Dans un premier temps, mise au repos des partis, propose-t-il. Pendant ce temps, élaborons un questionnaire à soumettre à chaque Belge, lui permettant de s'exprimer dans tous les domaines de la gestion du pays. Dans un deuxième temps, dépouiller les résultats et établir une liste reprenant les points que les Belges veulent voir figurer dans la prochaine déclaration gouvernementale. Dans un troisième temps, laisser deux mois aux partis pour élaborer leur programme, leur laissant le choix de s'inspirer des choix citoyens. Quatrième temps : les programmes étant établis, les médias, les plateformes citoyennes, tous les gens engagés dans la vie réelle du pays s'expriment et éclairent les citoyens sur les choix qu'ils vont poser sur les bases des programmes des partis comparés aux choix des citoyens. Cinquième temps, on vote."Un débat institutionnel et le confédéralismeToucher au coeur du système nucléaire belge, cela pourrait donc induire une septième réforme de l'Etat. Plusieurs contributeurs soutiennent donc l'idée d'une conférence institutionnelle. Cela pourrait aller loin, selon Philippe Marion : "Les débats et commentaires ne semblent pas prendre en compte une donnée essentielle : les politiques commencent à admettre que la question du confédéralisme devrait pouvoir être abordée, expose-t-il. Toutefois, personne ne précise si celle-ci doit être mise en place avec un partage du territoire sur base du découpage retenu pour les communautés ou les régions. (...) Le conflit semble être le même que celui apparut à l'époque de la "régionalisation" entre PS et CVP... solutionné par une double division de la Belgique. Peut-on envisager un confédéralisme avec une double division et des territoires différents? Informer le citoyen et donc l'électeur du véritable enjeu tout en l'invitant à se prononcer sur la division qu'il entend voir retenue dans l'hypothèse d'un confédéralisme serait une première étape primordiale.""Au point où se trouve le Royaume de Belgique, il paraît nécessaire de laisser de côté les idéologies de toutes sortes, appuie Paul Coche. Monsieur Yves Leterme déclara, à juste titre, que la Belgique était un accident de l'Histoire. En quoi, il avait raison. (...) L'Europe d'Ancien Régime créa un grand Royaume des Pays-Bas en y amalgamant, absurdité totale, les provinces wallonnes. Il fallait éloigner Antwerpen de la mainmise française. En 1830, rebelote, sous l'injonction britannique, la création du "Royaume de Belgique" évita qu'Antwerpen ne bénéficie aux Pays-Bas et que les houillères wallonnes ne profitent pas aux Français. Voilà pourquoi Jules Destrée en 1912 put écrire à Albert 1er : "Sire, il n'y a pas de Belges" et permette au Congrès wallon de 1912 d'exiger la Séparation Administrative soit le séparatisme. Les Wallons n'étant jamais que des Gaulois hésitants, le Congrès de 1945 en fut la triste dérobade sous l'influence du PS (déjà). En réalité, la NV-A et la Vlaams Belang, dans la lignée du mouvement Flamand, n'exigent rien d'autre que ce que les Wallons de 1912 exigeaient ! Cette réalité humaine et historique devrait conduire nos "excellences" à concevoir un Royaume de Belgique s'inspirant de la Suisse. En créant quatre "cantons" : Flandre, Wallonie, Ostbelgien et une Ville Etat bruxelloise au sein du canton Flandre. Au point où nous en sommes, tout blocage nostalgique apportera de l'eau au moulin des nationalistes de Flandre."