Europol. Chaque jour de la semaine, durant l'Euro 2020, Le Vif propose un regard décalé sur le tournoi.
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Europol. Chaque jour de la semaine, durant l'Euro 2020, Le Vif propose un regard décalé sur le tournoi.La première image forte de l'Euro 2020 aura donc été celle de Christian Eriksen qui s'effondre, avant de longues minutes, insoutenables, de confrontation à la mort en Mondiovision. A une minute de la mi-temps du deuxième match de la compétition, des questions existentielles ont surgi de toutes parts, violentes, avant un soupir de soulagement: le joueur danois a été sauvé grâce à l'intervention rapide des autres joueurs et des médecins. Une heure durant, tout le peuple du football - et bien au-delà - s'est réuni autour de ce cri du coeur: "Nous sommes tous Danois!". Autour d'une même prière: "Christian, stay strong!". Et d'une "prise de conscience", comme si elle était soudain nécessaire: le football n'est qu'un jeu, bien qu'il mette les nerfs à rude épreuve et attire toutes les convoitises financières et politiques aux quatre coins de la planète. Même si ce sport est sorti de son lit pour devenir un phénomène d'une autre nature.Le malaise du Danois, montré en Mondiovision par les images diffusées en direct par l'UEFA, a illustré le cynisme des instances du football, qui ont attendu d'interminables minutes avant de cesser la retransmission ou de dézoomer davantage. Les instances respponsables ont plaidé la retenue: avec le nombre de caméras présentes autour du terrain, il eut été facile de montrer bien davantage. Les chaînes qui ont diffusé le match - RTBF et BBC en tête - ont présenté leurs excuses et renvoyé la responsabilité à qui de droit. La violence crue des images, désormais, fait trop souvent partie de notre quotidien.L'essentiel, pourtant, ce que tout le monde retiendra, ce sont ces images d'une solidarité incroyable: l'intervention rapide et héroïque de ses coéquipiers pour les premiers gestes d'urgence, les joueurs danois formant un cercle autour du malheureux joueur, leurs adversaires finlandais applaudissant à leur retour sur le terrain, les expressions des auteurs joueurs lors des matchs suivant, pour ne pas parler des millions de messages envoyés de par le monde. L'humanité n'est pas perdue, en dépit des sommes folles et de l'appétit féroce de la victoire. Comme un message pour nos sociétés post-Covid.; Christian Eriksen s'est exprimé, par l'intermédiaire de son agent: "Je me sens mieux maintenant, mais je veux comprendre ce qu'il s'est passé. Je tiens à vous remercier tous pour ce que vous avez fait pour moi. Je n'abandonnerai pas." Les examens médicaux effectués jusqu'ici n'ont pas réussi à mettre le doigt sur ce qui aurait pu causer ce malaise. Les montages russes des émotions ont tourné à plein régime: à peine rassurés sur le sort du Danois, les Belges entamaient leur quête d'un premier trophée d'une étrange manière face à la Russie. A l'ombre de ce drame. L'histoire retiendra un début de parcours facile face à un géant de papier, la blessure de Castagne dans un Euro où les têtes s'entrechoquent trop souvent et le doublé d'un Romelu Lukaku extra-terrestre, rendu plus beau encore avec ce "I love you adressé à Christian Eriksen, face caméra. Et là encore, l'image d'un groupe soudé, se serrant les coudes...La passion s'empare peu à peu de la Belgique tout entière, même si l'engouement semble plus prudent que lors du Mondial russe de 2018. Après une année de restrictions sanitaires, les Belges retrouvent lentement la lumière, avec encore un peu de crainte et une envie de se retrouver. Politiquement, on surfe sur la vague, là aussi en mode mineur: après les photos des gouvernements fédéral et wallon drapés des couleurs nationales, vendredi, les expressions de soutien au Diable se sont multipliées suite à leur victoire, de Georges-Louis Bouchez (MR) à Rajae Maouane (Ecolo) en passant par Sophie Rohonyi (DeFI), notamment.Mot d'ordre actuel, toutefois: nous sommes tous Belges, mais pas question de s'enflammer. Au passage, on épinglera ce reportage de la VRT à Ninove, relayé dimanche par la RTBF, dans un quartier où de nombreux électeurs du Vlaams Belang arborent fièrement les couleurs noir-jaune-rouge. Politique et identité seraient-ils devenus des concepts marketing, avec une dose d'obsolescence programmée, dans notre société de consommation?L'Euro 2020 est, aussi, une expression de cette Unio, européenne à la fois unie et divisée, en constante évolution géopolitique. La Macédoine du Nord, rebaptisée de la sorte en 2019 pour apaiser les tensions avec la Grèce, a vibré au rythme de son premier match en phase finale d'un grand tournoi. Elle dispose d'un héros de légende en la personne de Goran Pandev, qui avait déjà marqué le but de la qualification pour l'Euro, inscrit un but dans une victoire historique en Allemagne lors des qualifications du Mondial et qui vient d'inscrire le premier but de son pays en phase finale. En dépit d'une défaite, cela a le goût d'une victoire, pour s'installer sur la carte du monde. Une expression sympathique... s'il n'y avait pas cette expession nationaliste susceptible de raviver des tensions: sur le maillot, pas de "Macédoine du Nord", mais un simple... "Macédoine". Après le maillot ukrainien aux slogans nationalistes et à la carte revendiquant l'intégrité territoriale, voilà un autre brûlot.L'Euro tournoie. Dimanche soir, lors du premier d'artifice entre Pays-Bas et Ukraine, les spectateurs ont endossé d'autres identités encore. Durant un mois, cela va flamber... Alors, résonne la chanson mythique de Arno version TC Matic: "Putain, putain, nous sommes quand même tous des Européens!".