Sanda Dia, 20 ans, n'intégrera jamais le cercle Reuzegom. Il n'est pas sorti vivant du trou rempli d'eau glacée dans lequel il croupissait depuis des heures en compagnie de deux autres bleus. Son corps à moitié nu a fini par ne plus résister à l'épreuve du baptême estudiantin, par un froid jour de décembre 2018. Les reuzegommers en ont soudain perdu l'envie de continuer à se marrer, à contempler le trio frigorifié sur lequel ils prenaient plaisir à se soulager. Transporté tardivement aux urgences, l'étudiant ingénieur d'origine mauritanienne inscrit à la KULeuven n'a pu être ranimé.
...

Sanda Dia, 20 ans, n'intégrera jamais le cercle Reuzegom. Il n'est pas sorti vivant du trou rempli d'eau glacée dans lequel il croupissait depuis des heures en compagnie de deux autres bleus. Son corps à moitié nu a fini par ne plus résister à l'épreuve du baptême estudiantin, par un froid jour de décembre 2018. Les reuzegommers en ont soudain perdu l'envie de continuer à se marrer, à contempler le trio frigorifié sur lequel ils prenaient plaisir à se soulager. Transporté tardivement aux urgences, l'étudiant ingénieur d'origine mauritanienne inscrit à la KULeuven n'a pu être ranimé. Mortel bizutage qui ne pouvait rester sans suites judiciaires. Le 4 septembre prochain, dix-huit étudiants seront fixés sur leur sort, un éventuel renvoi devant un tribunal correctionnel pour homicide involontaire, traitements humiliants et dégradants. Qui pourrait les envoyer en prison pour dix ans.L'affaire remue les consciences en Flandre depuis qu'elle ne quitte plus les pages des journaux où s'étalent les résultats de l'enquête policière et judiciaire. On y découvre non sans effroi que les reuzegommers n'avaient pas qu'un sens plus que douteux de l'accueil des nouveaux mais qu'ils ont su aussi garder un sang-froid certain à l'heure du drame. On apprend qu'ils ont pris le temps de nettoyer soigneusement les lieux et d'y reboucher le trou fatal à Sanda, pris la précaution de faire le ménage dans son kot qui avait été le théâtre d'un cantus arrosé. Qu'ils se sont entendus pour effacer des portables les images compromettantes du baptême, faire disparaître les profils sur Instagram, Facebook, Twitter. Vaines tentatives de dissimulation : le patient travail des enquêteurs a su ramener à la surface films et échanges de messages. Accablants. Se dévoilent ainsi les pratiques d'un cercle exclusivement masculin, actif sur le campus de la KULeuven et où la brutalité envers les bleus était devenue la norme sur fond de comportements à connotation sexuelle ou à relents racistes et de maltraitance animale. Apparaît sous un jour glauque un club aujourd'hui dissous, engagé dans une dangereuse escalade élitiste, peuplé de fils de bonne famille, rejetons de magistrats, de médecins, d'entrepreneurs. Tout un petit monde estudiantin qui a pu d'emblée compter sur les conseils d'avocats de renom, lesquels ont dissuadé ces jeunes pris de remords d'adresser par écrit leurs excuses à la famille de Sanda. Sale affaire à laquelle le sommet de la KULeuven se devait aussi de réagir. Trente heures de travail d'intérêt général et la rédaction d'un papier sur les baptêmes estudiantins : la sanction est aujourd'hui jugée scandaleusement insuffisante au regard du martyre infligé. Elle met le recteur sous forte pression. Désavoué de toutes parts, taxé de manque flagrant d'empathie, Luc Sels s'est pris de front une lettre ouverte signée par 27 professeurs choqués, honteux de la passivité du rectorat et qui le somment de se ressaisir en décrétant la suspension immédiate des ex-bizuteurs. Le recteur se réfugie derrière la présomption d'innocence, la nécessité d'attendre que justice soit rendue avant de sévir. Et tente de desserrer l'étau en posant la question de l'avenir du folklore estudiantin. Son appel est entendu, puisque de Louvain à Gand en passant par Anvers, des voix politiques s'élèvent pour que s'ouvre le débat sur la bleusaille.