Elle ne voyait vraiment pas le mal, à poser en tenues coquines et à poster le résultat sur les réseaux sociaux. Erreur. Kaat Bollen, 35 ans, psychologue limbourgeoise de son état, n'a pas qu'émoustillé les sens de ses confrères. L'un d'entre eux, sans doute mû par la crainte qu'un tel étalage de photos sexuellement connotées en vienne à éclabousser la réputation de toute une profession, a cru bon de s'en plaindre auprès de la Commission des psychologues pour que soit mis un frein à tant d'indécence présumée.
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Elle ne voyait vraiment pas le mal, à poser en tenues coquines et à poster le résultat sur les réseaux sociaux. Erreur. Kaat Bollen, 35 ans, psychologue limbourgeoise de son état, n'a pas qu'émoustillé les sens de ses confrères. L'un d'entre eux, sans doute mû par la crainte qu'un tel étalage de photos sexuellement connotées en vienne à éclabousser la réputation de toute une profession, a cru bon de s'en plaindre auprès de la Commission des psychologues pour que soit mis un frein à tant d'indécence présumée. Incontournable pour tout qui désire exercer sous le titre protégé par la loi de psychologue, l'organe public fédéral indépendant a chargé son instance disciplinaire de tirer l'affaire au clair. Placement de clichés nus à vocation "artistique", show burlesque, pub pour un film porno et un webshop pour articles érotiques: le compte de Kaat était bon. Verdict: un avertissement, adressé en mars dernier et confirmé à présent en appel, pour atteinte à l'image de la profession. Un peu de (re)tenue que diable, il en va de la dignité du métier et de la relation du psy avec le client, a ainsi jugé par deux fois le jury, majoritairement féminin en première instance, paritaire en degré d'appel. Il a fallu éplucher pour l'occasion le code de déontologie afin d'y trouver matière à sévir. Quoique, comme le fait remarquer un avocat rompu à ce genre de démêlés, c'est en vain qu'on y chercherait la profondeur maximale autorisée d'un décolleté ou la longueur minimale exigée d'une jupe. Qu'importe, à ce stade d'exhibition, prétendre encore dissocier vie privée et professionnelle relèverait, paraît-il, d'une belle mauvaise foi. Dégoûtée, la psy court vêtue a décidé de rendre son tablier et sa licence pour mieux s'adonner aux autres cordes qu'elle a à son arc. C'est que la rouquine à la notoriété ainsi dopée est aussi thérapeute orientée solutions et sexologue, ce qui lui vaut de tâter pas mal de la télé dans des émissions branchées sexualité. Bref, le portrait tout craché d'une bekende Vlaming, ou "Flamande connue". C'est dire si, sur les réseaux sociaux, les malheurs de Kaat font pas mal jaser. Avec du pour et du contre mais, au final, une tendance majoritaire à l'incompréhension nourrie par cette réflexion: comment, en 2021, peut-on remettre en cause l'expertise professionnelle d'une psy pour des photos taxées d'osées? Et dans le camp des indignés s'est résolument rangé le ministre régional chargé du Vivre-ensemble. Bart Somers (Open VLD) n'a pu rester de bois quand il appris la nouvelle, tant il s'est cru propulsé cinquante ans en arrière, au temps où la liberté des femmes de porter sur elles ce qu'elles souhaitent durant leur temps libre se discutait encore très fort. "Une police vestimentaire en Flandre, non merci!" a réagi le ministre, qui annonce avoir diligenté une enquête sur la décision de la Commission des psychologues, gratifiée du mauvais rôle dans cette histoire. Tandis que l'association flamande des psychologues cliniciens appelle au calme et à l'ouverture d'un débat serein, Kaat, elle, envisage non sans lassitude de poursuivre le combat. De saisir Unia, le centre interfédéral de lutte contre la discrimination, d'en appeler s'il le faut à l'Europe pour obtenir réparation à l'atteinte portée à sa liberté de s'exprimer. Fût-ce en tenue olé olé.