Dans un passé pas si lointain, les toutes premières éoliennes du pays étaient source de fierté et d'émerveillement pour les citoyens qui les voyaient s'ériger au fond de leur jardin. Aujourd'hui, alors que nous avons urgemment besoin des énergies renouvelables pour lutter contre le réchauffement de la planète, ces moulins à vent des temps modernes sont de plus en plus mis au pilori.
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Dans un passé pas si lointain, les toutes premières éoliennes du pays étaient source de fierté et d'émerveillement pour les citoyens qui les voyaient s'ériger au fond de leur jardin. Aujourd'hui, alors que nous avons urgemment besoin des énergies renouvelables pour lutter contre le réchauffement de la planète, ces moulins à vent des temps modernes sont de plus en plus mis au pilori.Les effets positifs de l'énergie éolienne sont pourtant multiples. Cette énergie renouvelable a l'avantage d'être captée directement sur le site de production et son exploitation n'induit aucune pollution atmosphérique. A contrario, de plus en plus de riverains de parcs éoliens se plaignent des nuisances sonores causées par les infrasons et les champs électromagnétiques que les éoliennes émettent. Ils craignent aussi l'impact sur le paysage, l'ombre portée, la possible dévalorisation de leur bien immobilier situé à seulement une dizaine de mètres de ces monstres de béton et d'acier. Les défenseurs de la nature regrettent, de leur côté, les contraintes pour certaines espèces d'oiseaux migrateurs. Sans parler du fait qu'aucune véritable disposition n'a pour le moment été prise par les pouvoirs publics pour mettre en place une filière dédiée au recyclage des éoliennes de première génération lors de leur démantèlement prévu après une vingtaine d'années de service (la première éolienne historique a été démantelée en 2017 à Perwez). Une éolienne est constituée à 90 % d'acier et de béton, deux matières facilement recyclables. Cependant, les 10 % restants proviennent des pales, constituées de matières composites, essentiellement du plastique. Aujourd'hui, elles ne sont pas recyclables, ou alors à des coûts très élevés. Tous ces éléments interpellent et inquiètent les riverains des projets éoliens existants ou futurs. Tout récemment encore, dans l'entité de Sommethonne, en province de Luxembourg, une réunion d'information a réuni de nombreux citoyens inquiets par le projet d'érection de 7 éoliennes par la société privée Vortex Energy sur le territoire communal.A Racour, dans la province de Liège, c'est le projet Greensky porté par Engie Electrabel (50 %), Infrabel (10 %), Saint-Trond (23 %), ainsi que l'intercommunale bruxelloise pour l'électricité (IBE, 17 %) qui rassemblait début mai les habitants proches d'une dizaine d'éoliennes construites le long de l'autoroute E40 entre Liège et Bruxelles. Souci: les 9 éoliennes sont au coeur d'un imbroglio juridique atypique. A la suite d'un recours introduit par des riverains, le tribunal de première instance de Bruxelles a jugé qu'elles ne disposaient pas des permis nécessaires. Traduction : elles brassent du vent en toute illégalité depuis 3 ans. Au début du mois de mai, une cinquantaine de riverains ont assisté à une réunion préalable à l'étude d'incidence environnementale du parc éolien (qui est donc déjà en fonctionnement) afin d'introduire un éventuel nouveau permis. Au cours de cette séance d'information qualifiée par certains de "surréaliste", de nombreuses questions ont fusé, souvent sans réponse satisfaisante de la part des porteurs du projet, eux-mêmes sur la défensive. Les riverains se sont interrogés sur les aspects juridiques très flous de ce dossier bien spécifique. Ils sont surtout inquiets de la possible dévalorisation de leur bien immobilier, des effets sur leur santé des champs électromagnétiques, des infrasons, sons à basse fréquence et autres effets acoustiques. Une des riveraines évoque "le bruit permanent d'une turbine dans toute sa maison l'empêchant de fermer l'oeil la nuit." Une autre déplore "cette balafre qui défigure le paysage" et se dit perturbée par l'effet stroboscopique des pales blanches visibles de son salon. De nombreuses personnes présentes évoquent un "malaise inqualifiable" de vivre si proche de ces immenses moulins à vent, allant jusqu'à parler de dépression. Les personnes les plus sensibles à ces nuisances - on parle alors d'hypersensibilité environnementale (lire aussi l'encadré ci-dessous)- envisagent même de déménager tant elles leur sont insupportables au quotidien.En 2017, l'Académie nationale de médecine française s'est intéressée aux nuisances sanitaires des éoliennes terrestres. Dans un rapport, elle reconnaît des nuisances sonores - la principale doléance des riverains - et visuelles, mais elle affirme "qu'aucune maladie organique spécifique ne peut être imputée à ces installations." L'Académie nationale de médecine reconnaît toutefois un risque de traumatisme sonore en fonction de la distance entre les éoliennes et les habitations. Elle ajoute cependant "qu'aucune preuve scientifique ne permet de faire un lien entre ces turbines et l'apparition de maladies physiologiques". Lire aussi : Les infrasons émis par les éoliennes ont-ils un impact sur notre santé ?S'ajoutent aux doléances des citoyens, des inquiétudes concernant la biodiversité. Diverses études internationales ont montré que les parcs éoliens peuvent perturber les oiseaux, comme les grues ou les oies. L'effet épouvantail les désoriente tandis que d'autres oiseaux sont carrément décapités par les pales.Une des solutions à ces désagréments sur la population serait de développer davantage le parc éolien offshore, situé le long des côtés belges, loin des yeux et des oreilles. Les éoliennes en mer du Nord produisent en effet 50% d'énergie en plus que toutes les éoliennes en Wallonie et en Flandre confondues et ont l'avantage de ne pas déranger les citoyens. Mais là aussi, les promoteurs de projets éoliens se heurtent à des levées de boucliers. C'est le cas notamment dans le cadre du projet "Ventilus" qui doit raccorder l'énergie éolienne produite en mer du Nord à une nouvelle "autoroute électrique" en Flandre occidentale, rapporte De Morgen. Le réseau à haute tension de cette province doit être adapté à cette nouvelle fonction, car les capacités actuelles ne sont pas suffisantes. Pour ce faire, le gestionnaire de réseau Elia doit établir une liaison haute tension 380kV d'une capacité de transport de 6 GW, nous explique dans les détails Jean Fassiaux le porte-parole d'Elia. "Ce n'est pas son seul objectif. Le projet Ventilus permettra également de soutenir la grande activité économique de cette zone et des zones voisines et de contribuer à assurer la sécurité d'approvisionnement (fiabilisation du réseau) en anticipant l'accroissement des développements futurs des productions en mer et sur terre", ajoute-t-il. A la question de savoir si la ligne à haute tension aérienne était la seule solution, le porte-parole d'Elia répond : "Sur base de différents critères d'évaluation, différentes technologies applicables à la réalisation de la liaison 'Ventilus' ont été comparées. Cette technologie répond aux besoins du réseau, et ce, à un prix abordable".Dans ce contexte, les promoteurs sont également confrontés au syndrome NIMBY (pour "not in my backyard, "pas dans mon jardin"). La ligne à haute tension qui doit être érigée suscite de nombreuses inquiétudes des résidents locaux. Le projet se heurte aux actions de nombreux comités de riverains de la province qui tentent tous les recours possibles pour faire capoter le projet ou au minimum de le retarder (sa finalisation est prévue pour 2026). Lire aussi : La transition énergétique - aussi dans notre jardin !"Les abeilles resteront à l'écart. Elles ne supportent pas les radiations. Alors, dites-moi, qui va fertiliser mes courgettes ?", s'inquiète, par exemple, un agriculteur de Lichtervelde dans le quotidien flamand De Morgen. Mais ce n'est pas seulement la bonne santé de ses plantations qui le turlupine mais surtout celle de ses enfants. Sa ferme est en effet située dans la zone ou la "nouvelle autoroute de l'énergie" devrait être établie. Les conséquences sanitaires des champs électromagnétiques des lignes à haute tension sont encore à l'étude. À l'heure actuelle, il n'existe aucune preuve scientifique que le fait de vivre sous ou à proximité de ce type d'infrastructure est nocif, peut-on lire sur le site du Groupe Belge de Bioélectromagnétique (BBEMG), un projet mené par trois universités (Liège, Gand et Bruxelles) et financé par... Elia elle-même.Toutefois, d'après le BBEMG, un lien statistique a été établi dans les enquêtes démographiques entre le fait de vivre à proximité d'une ligne à haute tension et l'incidence accrue de leucémie infantile sans pour autant démontrer scientifiquement que les champs magnétiques en sont la cause. Leucémie, mais aussi maux de tête - surtout par temps de pluie, car il y aurait alors plus de radiations - ou insomnies sont les autres désagréments cités par les personnes résidant à proximité d'une ligne à haute tension. La maladie d'Alzheimer serait aussi également plus fréquente dans ces zones. Selon Elia, "en 40 ans de recherches biomédicales en laboratoire et de recherches épidémiologiques sur des populations réelles, aucun lien de causalité entre l'exposition aux champs électriques et magnétiques générés par les lignes à haute tension et des effets néfastes sur la santé n'a été établi." Lire aussi : Leucémie : est-il dangereux de vivre à proximité d'une ligne à haute tension ?Le gestionnaire de réseau dit comprendre les préoccupations des citoyens lors des séances d'information données à la population sur le projet 'Ventilus' ces dernières semaines. "Nous prenons très au sérieux cette thématique, et ce, aussi bien au niveau de chaque projet réalisé sur le réseau électrique qu'au niveau des études scientifiques qui alimentent les connaissances en la matière." Mais pour de nombreux observateurs, la bataille s'apparente à celle livrée entre David et Goliath.Car, il est indéniable qu'à l'heure actuelle, le transport de l'électricité produite par l'éolien est une nécessité pour assurer la transition énergétique de l'énergie fossile vers l'énergie durable. D'ici 2030, 18 % de notre consommation d'énergie devra provenir de sources renouvelables, et d'ici 2050, la Flandre veut atteindre un équilibre énergétique durable, détaille De Morgen. On attend une croissance importante de l'énergie éolienne onshore de l'ordre de 50 MW/an pour 2020-2030 selon le Plan Energie du Gouvernement flamand. Selon Elia, dans les prochaines années, la capacité de production dans la partie belge de la mer du Nord doublera pour atteindre une capacité installée d'environ 4 GW.De plus en plus d'éoliennes seront donc érigées dans les années à venir sans que les citoyens ne puissent être en force de les bloquer. Un sacré dilemme pour le spécialiste de l'énergie Luc Barbé qui s'exprime dans les colonnes du Morgen: "Dans cette histoire, d'une part, vous avez le souci de l'environnement et du climat et, d'autre part, vous devez faire attention au droit à un environnement de vie sain". "Construire des éoliennes terrestres supplémentaires est aussi impérativement nécessaire. La partie belge de la mer du Nord est très petite. On peut encore y ajouter beaucoup d'éoliennes, mais pas suffisamment. De plus, une éolienne terrestre offre une production supérieure à celle de 20 000 panneaux solaires, et ce, non seulement par temps clair, mais aussi le soir, la nuit et au coeur de l'hiver. Nous avons besoin d'elles et elles viendront s'ajouter. Alors, accueillons-les au mieux dans nos jardins ! ", surenchérit Sam Hamels, collaborateur scientifique à l'Université de Gand et membre invité du centre de réflexion Itinera. L'éolien, primordial à la transition énergétique, n'a certainement pas fini de faire parler de lui, que ce soit en bien, ou en mal.