"Not in my backyard", "pas dans mon jardin", le terme est utilisé généralement pour décrire l'opposition de résidents à un projet local d'intérêt général dont ils considèrent qu'ils subiront des nuisances. Dans le cas de l'installation d'un parc d'éoliennes, les autorités communales sont souvent confrontées à ce type de réactions de la part des riverains. Ces derniers craignant les nuisances visuelles et sonores apportées par ces énergies renouvelables.

Le débat, clivant à souhait, fait rage depuis les premiers développements de l'énergie éolienne dans le monde. Les études et analyses sur leurs éventuelles nuisances sonores et autres se suivent, se complètent ou se contredisent. La littérature à ce sujet est riche et variée et les associations de défense de riverains incommodés pullulent. Certains détracteurs avancent que le déni des nuisances émises par les éoliennes émane souvent de scientifiques dont les intérêts sont liés à ceux des industriels de l'éolien, comparant leurs pratiques à celles des lobbies du tabac, de l'industrie chimique ou encore pharmaceutique.

Dernièrement, l'Académie nationale de médecine en France s'est intéressée aux nuisances sanitaires des éoliennes terrestres. Dans un rapport, elle reconnaît des nuisances sonores - la principale doléance des riverains - et visuelles, mais elle affirme "qu'aucune maladie organique spécifique ne peut être imputée à ces installations." L'Académie nationale de médecine reconnaît toutefois un risque de traumatisme sonore en fonction de la distance entre les éoliennes et les habitations. Elle ajoute cependant "qu'aucune preuve scientifique ne permet de faire un lien entre ces turbines et l'apparition de maladies physiologiques".

"Les infrasons sont situés au-dessous de 20 hertz, c'est-à-dire qu'en principe ils sont inaudibles par l'oreille humaine puisqu'elle perçoit théoriquement des sons entre 20 et 20.000 hertz. Pourtant, ces infrasons étaient incriminés par beaucoup de riverains dans la genèse de leurs troubles. En réalité, toutes les études expérimentales et cliniques ne permettent raisonnablement pas de retenir cette cause de nuisance", explique le Pr Patrice Tran Ba Huy, ORL et membre de l'Académie nationale de médecine.

"Le syndrôme éolien"

Ce rapport appuie donc, pour l'heure, ce que la communauté scientifique qualifie de "syndrome des éoliennes". Cette appellation regroupe divers troubles neurologiques, cardiovasculaires ou sociocomportementaux. Face à la proximité d'éoliennes dans leur environnement proche, les riverains se plaignent de céphalées, dépression, conjonctivites, saignements de nez, insomnies, bourdonnement dans les oreilles...se faisant souvent passer pour des affabulateurs et renvoyant les scientifiques les ayant analysés à l'effet "nocebo", soit des symptômes néfastes et psychogènes provoqués par des informations négatives, véhiculées, entre autres, par les mouvements anti-éoliens, comme l'explique cet article de Slate.

"Lorsque l'on analyse le syndrome des éoliennes, la plupart des symptômes sont de type subjectif ou fonctionnel, sauf peut-être les troubles du sommeil. Ils sont avérés notamment par des enregistrements somnographiques durant le sommeil", ajoute le Pr Tran Ba Huy.

Dans d'autres pays d'Europe, ces nuisances sonores sont, par contre, prises plus au sérieux. C'est notamment le cas au Danemark, pionnier de l'éolien. Depuis 2014, le pays a suspendu la majorité des nouvelles implantations d'éoliennes sur son sol, en attente des résultats d'une étude sanitaire à grande échelle. En mai 2016, l'assemblée des médecins allemands, réunie en congrès, a également recommandé l'arrêt du développement éolien en Allemagne, attestant les risques liés aux infrasons, et soulignant la carence des études et des critères de dangerosité retenus par les promoteurs et les constructeurs. La très sérieuse revue médicale British Medical Journal a publié, pour sa part, en 2012 un article Editorial: Wind turbine noise, qui concluait à la preuve d'un lien étroit entre le bruit des éoliennes, une dégradation de la santé et une mauvaise qualité de sommeil. Le débat fait rage...

Infrasons

Les infrasons sont principalement générés par le passage des pales d'une éolienne devant son mât, et par les turbulences que ce passage crée dans l'air aux alentours. Le mécanisme est connu, mais il est par contre difficile de former un modèle théorique permettant d'en prévoir la fréquence, l'intensité et la propagation. Ces facteurs, et notamment la distance à laquelle les sons pourront être perçus, distance bien plus importante que pour la gamme des sons audibles, dépendent en effet de la vitesse et de la direction du vent, des conditions météorologiques générales, mais également de la taille de l'éolienne. La gamme des fréquences perçues par l'oreille humaine s'étendant de 20 à 20 000 Hz, les basses fréquences sont - arbitrairement - comprises entre 100 et 20 Hz et les infrasons au-dessous.

(Sources : association Entre Vent et Bocage et rapport de l'Académie nationale de médecine)