L'épidémie reflue doucement. A l'hôpital, les services sont loin d'avoir quitté leur état de tension tandis que les contaminations demeurent élevées parmi les enfants, les adolescents et les moins de 35 ans. Alors, est-ce trop tôt pour rouvrir les écoles? Non, selon les ministres de l'Enseignement, qui ont redit le 30 avril que "ce retour rapide est plus essentiel que jamais pour des raisons à la fois pédagogiques et psychologiques". Il sera obligatoire chez les francophones. Ben Weyts, du côté flamand, laisse le soin aux établissements de choisir la formule. Il n'existe ainsi aucune obligation de tout rouvrir à temps plein, cinq jours sur sept. "Les écoles sont les mieux placées pour évaluer la situation et les besoins locaux", estime le ministre flamand.
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L'épidémie reflue doucement. A l'hôpital, les services sont loin d'avoir quitté leur état de tension tandis que les contaminations demeurent élevées parmi les enfants, les adolescents et les moins de 35 ans. Alors, est-ce trop tôt pour rouvrir les écoles? Non, selon les ministres de l'Enseignement, qui ont redit le 30 avril que "ce retour rapide est plus essentiel que jamais pour des raisons à la fois pédagogiques et psychologiques". Il sera obligatoire chez les francophones. Ben Weyts, du côté flamand, laisse le soin aux établissements de choisir la formule. Il n'existe ainsi aucune obligation de tout rouvrir à temps plein, cinq jours sur sept. "Les écoles sont les mieux placées pour évaluer la situation et les besoins locaux", estime le ministre flamand. La décision suscite la joie parmi des profs, les parents et les élèves. Mais il y a aussi ceux qui sont moins contents, notamment dans les cercles d'enseignants et leurs syndicats. Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC Enseignement, décrit une "crise de confiance". "Avant Pâques, on nous dit que l'école est au coeur de la dynamique épidémique. Aujourd'hui, ce lieu ne serait plus une source de contaminations." Sur le fond, ils sont demandeurs de retrouver leurs élèves. Mais tous ne se montrent pas rassurés. Ils craignent pour leur santé. Et puis, il y a ceux qui se disent "à quoi bon tout ça". Il reste 35 jours de cours, mais seulement 17 jusqu'au 7 juin, date du début des sessions d'examens. Du moins, pour les établissements qui entendent conserver les examens. Dans l'enseignement libre, le choix est laissé à l'école. Il n'y en aura pas pour les 127 000 élèves de l'école officielle, ni en juin ni en septembre, sauf pour ceux qui achèvent leurs secondaires. Pour autant, "il faut que cette rentrée du 10 mai ne soit pas loupée, reconnaît Roland Lahaye. Il faut qu'elle dure jusqu'au 30 juin. On ne peut plus faire marche arrière." Tenir donc dix semaines, avant l'été, soit durant le "plus long tunnel" de l'année scolaire, en les accompagnant de conditions strictes. Le protocole sanitaire reste par ailleurs inchangé: port du masque, distanciation sociale, gel hydroalcoolique, désinfection des locaux et du matériel, vigilance renforcée dans les cantines, fermeture d'une classe dès deux cas de Covid-19 confirmés... Dans sa dernière circulaire, datée du 28 avril, la ministre Caroline Désir insistait sur ces règles en milieu scolaire: "Il est impératif de les respecter strictement en vue de garantir la sécurité de toutes et de tous." Or, il revient du terrain que dans des établissements, il demeure impossible d'ouvrir des fenêtres, soit parce qu'elles sont trop vétustes, soit parce qu'elles ont été condamnées. "Les ados se fréquentent hors du lycée et sans distanciation physique, observe Eric Delbeque, enseignant en Brabant wallon. Beaucoup d'élèves ne viennent désormais plus en classe avec leur flacon de gel." Les syndicats d'enseignants se rejoignent en tout cas sur un constat: il y a dans les établissements des lieux "à risque". Les toilettes, par exemple. Certaines écoles sont vraiment en détresse à ce niveau. Or, les enfants doivent pouvoir se laver les mains régulièrement. La cantine fait l'unanimité contre elle. Il s'agit du moment le plus fragile: ça parle fort, ça crie, ça favorise la promiscuité. Dans tous les cas, aucun repas ne peut être servi. Dans des écoles primaires, on a demandé aux parents, sur la base du volontariat, de garder leur enfant à la maison le midi. La seule solution a été d'imposer aux élèves de manger exclusivement avec leurs camarades en classe, parfois en demi-jauge, sous la supervision d'un enseignant. Ce qui permet de retracer très vite les cas contacts. Le même raisonnement tient pour la salle des profs, "actuellement un des principaux lieux de contacts à haut risque", toujours selon la note ministérielle. Dans son lycée, Eric Delbeque a fait une croix dessus. "On se met en petits groupes de trois ou quatre, on déjeune dans des classes, raconte-t-il. Cela peut sembler un détail, mais c'est la possibilité de monter des projets ou de partager nos impressions sur des élèves qui en prennent un coup. On se recroqueville sur une forme d'entre-soi... comme le reste de la société." Autre moment jugé à risque: la récréation, où les élèves retirent leur masque et où "c'est impossible d'exiger qu'ils ne s'approchent pas les uns des autres", reconnaît un directeur. Ou encore les cours philosophiques durant lesquels se regroupent les élèves de différentes classes. "Une absurdité face à l'injonction de non-brassage." Reste à savoir comment "faire mieux" quand tous, de la maternelle à la 6e secondaire, ont déjà le sentiment de "faire le maximum". Pour les syndicats enseignants, s'exprimant en front commun, il faudrait nécessairement accroître les mesures. En particulier un renforcement du dépistage, une ventilation des locaux et une vaccination prioritaire des personnels enseignants. Ces "sujets essentiels" vont-ils tous être réellement pris à bras-le-corps pour empêcher les contaminations? Le testing, d'abord. Près de 200 000 autotests auront été commandés pour les enseignants, en renfort des tests PCR classiques. Annoncés il y a un mois, ils seront déployés dès qu'on repère un cluster (soit deux cas positifs au cours des quatorze derniers jours). Les personnels seront alors testés deux fois par semaine durant quatorze jours. Un choix a contrario de celui de la Flandre, où les autotests seront également mis à la disposition, dès la mi-mai, des enseignants mais aussi des élèves. Ceux-ci seront alors testés deux fois par semaine, puisque la sensibilité d'un autotest se révèle inférieure à celle d'un test PCR (81% pour les personnes présentant des symptômes ; pour les asymptomatiques, elle tombe à 50%). "Pas assez ambitieux, réagit Roland Lahaye. Revenir en classe le 10 mai sans pouvoir proposer un testing massif et régulier, sans pouvoir proposer des tests à tous les élèves, c'est une fausse bonne nouvelle. En Flandre, on en a fait une condition de la réouverture des écoles. En Autriche, en Allemagne, au Royaume-Uni, on défend cette logique." Les enquêtes semblent lui donner raison. Ainsi, selon la toute dernière analyse de l'équipe de Vittoria Colizza, physicienne à l'institut de santé publique français et spécialiste de la modélisation des épidémies, les tests hebdomadaires sur au moins 75% des élèves permettraient de réduire de 50% le nombre de cas, soit une mesure plus de trois fois plus efficace que la stratégie de mise en quarantaine d'une classe. Avec des températures plus clémentes, renouveler l'air des locaux scolaires toutes les heures et laisser deux fenêtres entrouvertes pour éviter les concentrations de CO2 au-delà des limites, comme le recommande la circulaire, est devenu possible. Certaines - rares - écoles ont leur propre système d'aération automatisé. Mais, selon Emmanuel Fayt, secrétaire permanent communautaire au Setca-Sel, "dans pas mal d'établissements du libre", la consigne est une "gageure". Une faille identifiée dès la rentrée. "Rien n'a été fait pour équiper sérieusement les établissements de purificateurs d'air. On aurait pu anticiper et on reste à une aération au doigt mouillé", estime Roland Lahaye. Cependant, "la ventilation et l'aération ne sont pas suffisantes et ne constituent qu'une des mesures de protection", rappelle la ministre, qui insiste sur les règles barrières que tout le monde devrait suivre. D'autant que recommander d'aérer est une chose, mais savoir quantitativement si c'est bien fait, c'en est une autre. Car il n'existe aucun seuil d'alerte. Il est, pour l'instant, impossible à donner, parce que personne ne sait quelle charge virale est contaminante et, a fortiori, quelle concentration de l'air serait risquée. Deux hypothèses peuvent être avancées. L'une est que la probabilité d'être infecté est proportionnelle à la concentration en virus. Alors, mesurer la concentration en CO2 est une bonne manière d'estimer le risque de contamination. L'autre hypothèse est qu'il existe un seuil au-delà duquel on est contaminé et en deçà duquel on ne l'est pas. L'estimation du risque serait plus délicate, mais cela signifierait aussi qu'il est possible d'empêcher toute contamination. Ainsi, en 2019, une équipe taïwanaise a rapporté avoir réussi à supprimer la tuberculose dans des salles de classe correctement ventilées. Mais pour le coronavirus, aucun seuil ne peut encore être défini. Enfin, cette reprise repose avec acuité l'enjeu du vaccin. A quelques jours de la réouverture, selon la ministre, la campagne de vaccination avance très bien et les enseignants en bénéficient également - bien qu'aucun chiffre les concernant ne peut être livré. "Vraie-fausse annonce", réagit-on dans les cercles d'enseignants. Alors que, face à la flambée des cas de Covid-19, les écoles ont fermé leurs portes le 29 mars, la vaccination prioritaire des enseignants continue d'être réclamée par leurs syndicats, ou à tout le moins une stratégie spécifique (leur réserver les doses excédentaires, par exemple), pour permettre un retour dans les meilleures conditions possibles. Une vingtaine de pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont fait d'eux un public prioritaire. Ces "bons élèves" ont en commun d'avoir démarré la vaccination des enseignants avant la fin du premier trimestre 2021. En comparaison, la Belgique accuse bien un certain retard.