Emmanuel André a occupé le devant de la scène durant de longues semaines, douloureuses pour le pays. Chaque jour, il égrenait les statistiques des nombres de décès, d'hospitalisation ou de contaminations. On l'a vu s'étrangler, au bord des larmes, lorsqu'un enfant de douze ans est mort du virus. Puis, il s'est retiré quand l'épidémie est passée à une autre phase, sur fond de tensions avec le monde politique. En coulisses, on évoquait son ambition personnelle dans le domaine du tracing, avec en ligne de mire une application pour gérer les contacts en vue de maîtriser la maladie. Il est effectivement devenu responsable du programme fédéral en la matière, avant de faire un nouveau pas de côté.
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Emmanuel André a occupé le devant de la scène durant de longues semaines, douloureuses pour le pays. Chaque jour, il égrenait les statistiques des nombres de décès, d'hospitalisation ou de contaminations. On l'a vu s'étrangler, au bord des larmes, lorsqu'un enfant de douze ans est mort du virus. Puis, il s'est retiré quand l'épidémie est passée à une autre phase, sur fond de tensions avec le monde politique. En coulisses, on évoquait son ambition personnelle dans le domaine du tracing, avec en ligne de mire une application pour gérer les contacts en vue de maîtriser la maladie. Il est effectivement devenu responsable du programme fédéral en la matière, avant de faire un nouveau pas de côté.Le scientifique souhaite retrouver son laboratoire. Mais sa notoriété lui permet désormais de porter des messages, librement, en touchant un public séduit par la maîtrise des experts en cette période de défiance politique. De plus en plus d'observateurs lui prédisent une carrière politique - lui affirmait qu'il n'en veut pas dans un long entretien accordé au vif.be - et certains le propulsent aisément chez Ecolo. Il est vrai que ces dernières semaines, il a pris des positions engagées sur des terrains que la gauche progressiste et écologique ne renierait pas, en plus de continuer à exprimer son point de vue scientifique.Ce lundi, il a ainsi souligné combien le "port du masque était une nécessité" alors que le Conseil national de sécurité a décidé de ne pas le rendre obligatoire dans les magasins, la semaine passée. Une façon de peser sur le débat alors que la Première ministre, Sophie Wilmès (MR), puis la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD), affirmait que cette obligation pourrait intervenir en cas de deuxième vague de la maladie. Mais avant cela, on la rencontré sur des terrains sociaux, sociétaux ou environnementaux.Emmanuel André a ainsi adopté un registre plus social en relayant une enquête du site d'investigation Apache démontrant que les subsides octroyés aux maisons de repos ont nourri le portefeuille de grands groupes et des Belges les plus riches : "Durant les dernières décénies, des gros portefeuilles se sont enrichis sur le dos de subsides destinés aux maisons de repos. Elles en avaient pourtant bien besoin..."Récemment, il a également pris position sur le terrain de l'antiracisme en appuyant l'élu CDH Pierre Kompany ou la coprésidente Ecolo Rajae Maouane, victimes d'attaques déplacées sur les réseaux sociaux. Avec des accents sincères, teintés d'émotion. "Pierre Kompany, restez fier de vos origines. Nous sommes fiers de vous." Ou encore: "Ces derniers jours en Belgique, 3 femmes politiques ont été exposées à de la violence. Leur point commun: elles ont des origines représentant la diversité de notre société. Moi, je trouve pas ça normal."Le réchauffement climatique est un autre domaine sur lequel il s'est exprimé, alors que des records de chaleur sont battus dans le cercle arctique : "Si vous trouvez qu'il fait chaud aujourd'hui, dites-vous qu'il fait encore plus chaud au pôle Nord. Puis demandez-vous ce qui ne va pas. Puis dites-vous que les "courageux" vont continuer de faire semblant, dire que tout va bien qu'il ne faut pas trop écouter les scientifiques."L'homme dérange. Dans la presse, un ministre-président l'a accusé d'être à l'origine de la fuite du rapport du Groupe d'experts qui avait court-circuité le premier Conseil national de sécurité chargé de baliser le déconfinement. Emmanuel André s'en défend. Comme il revendique sa libre expression : "Nous avons tous le devoir de réfléchir à ce qui peut rendre notre société meilleure, de confronter nos idées aux opinions des autres, et aussi de se laisser inspirer. Pas besoin d'être scientifique pour être citoyen..." Cela n'empêchera pas que des observateurs le voient très bien sur une liste pour les prochaines élections. A l'issue de chaque grande crise (affaire Dutroux, crise de la dioxine, attentats terroristes...), des acteurs de la société civile, soudain projetés dans l'arène publique, ont, il est vrai, été tentés de se lancer dans le bain de la politique. Là où l'on peut tenter de vraiment faire changer les choses.