Lors de la conférence de presse du Comité de concertation, le premier ministre Alexander de Croo a employé des mots forts pour qualifier la situation vaccinale de Bruxelles, affirmant en outre que les non-vaccinés pourraient être à l'origine d'un nouveau confinement.

Nous revenons avec Emmanuel André sur ces propos, pour tenter de décortiquer une situation complexe. Il est microbiologiste et chercheur responsable du laboratoire de diagnostic au pôle des maladies infectieuses de l'hôpital universitaire UZ Leuven.

Tout d'abord, un nouveau lockdown est-il toujours envisageable?

Le lockdown arrive quand, en tant que société, on n'a pas d'autres moyens de répondre à la propagation incontrôlable du virus. En Belgique, on a une grande partie de la population qui est vaccinée, ce qui réduit fortement la transmission. Et ces personnes sont protégées contre toutes les formes sévères de la maladie. Par rapport aux situations passées, on a beaucoup plus de temps entre le moment où la situation se dégrade et le moment où il faut trouver des solutions comme le confinement. Il y aura toutes une série de mesures qui pourront être prise entre-temps, mais j'imagine mal qu'on puisse arriver jusqu'au confinement, vu tous les efforts. Tout est toujours possible, mais je pense que ce n'est pas forcément réaliste de parler de lockdown en ce moment.

Alexander De Croo a qualifié les non-vaccinés "d'égoïstes et d'irresponsables". Pensez-vous que c'est le cas?

Il y a les personnes vaccinées qui ont toute une série de raisons pour le faire et il y a les personnes qui ne sont pas ou pas encore vaccinées. Ces personnes sont dans différents niveaux de processus de réflexion. Il y en a qui demandent simplement du temps ou plus d'informations. Et puis il y a quelques personnes qui sont antivax et qui sont très systématiques. Ça concerne une infime partie des non-vaccinés, mais cela est malheureusement très repris dans les médias, donc cela fait beaucoup de bruit. Il faut bien séparer les différents cas. Ce n'est pas parce que ces gens se posent des questions qu'il faut les déresponsabiliser. Je crois que ces gens se posent des questions justement parce qu'ils se sentent très responsables de leur propre santé et de leur propre choix. Ces personnes sont souvent très responsables.

Quelle solution alors pour inciter à la vaccination?

Je pense qu'il faut apporter les réponses adaptées à chaque situation. On fait de la sensibilisation dans les écoles et les quartiers pour entrer en débat avec ces personnes. Ce sont des actions qui sont faites au quotidien pour répondre à un besoin. Il faut informer de façon ciblée. Pour cela, ça sert de pouvoir identifier ceux qui ont besoin de l'information, pas pour les stigmatiser mais pour aller au contact.

Le recours à la vaccination obligatoire est-il envisageable?

Dans les retours qu'on reçoit, beaucoup de gens ont le sentiment que toutes les mesures qui sont prises sont destinées à leur rendre la vie impossible sans vraiment assumer des choix qui seraient une obligation. C'est une société qui est mise sous pression, mais il n'y a pas de solution magique. L'efficacité d'une mesure est toujours liée à l'adoption de la mesure pour cette population. Chaque jour de nouvelles personnes franchissent le pas et c'est super. On a montré que c'était possible d'arriver à 90% de vaccination sans obligation vaccinale en Flandre, donc c'est possible de le faire sans la vaccination obligatoire. On comprend qu'à Bruxelles la tentation de recourir à l'obligation vaccinale est plus forte, mais c'est une solution qui peut être vécue, par les populations hésitantes, de manière agressive.

Pensez-vous que la stigmatisation des non vaccinés est problématique?

Il y a cette notion de temps dans une épidémie qui nous met souvent sous pression. Dans ce processus de sensibilisation et d'information, il ne faut pas perdre de temps et c'est ce qu'on tente de faire depuis février 2020. Mais il y a une certaine pression qui s'exerce sur les personnes qui doivent donner ces informations et ceux qui ont besoin de la recevoir et de la digérer. Il faut aussi réaliser que la vaccination des jeunes n'est arrivée que récemment sur l'agenda. Il faut donc prendre en compte qu'on a offert peu de temps aux jeunes pour mûrir un choix ; bien moins qu'aux adultes. Il faut respecter ça et compenser en apportant de l'information. Le temps permet aussi de collecter de l'information, par exemple sur les effets secondaires, etc.

Lola Buscemi

Lors de la conférence de presse du Comité de concertation, le premier ministre Alexander de Croo a employé des mots forts pour qualifier la situation vaccinale de Bruxelles, affirmant en outre que les non-vaccinés pourraient être à l'origine d'un nouveau confinement. Nous revenons avec Emmanuel André sur ces propos, pour tenter de décortiquer une situation complexe. Il est microbiologiste et chercheur responsable du laboratoire de diagnostic au pôle des maladies infectieuses de l'hôpital universitaire UZ Leuven.Tout d'abord, un nouveau lockdown est-il toujours envisageable?Le lockdown arrive quand, en tant que société, on n'a pas d'autres moyens de répondre à la propagation incontrôlable du virus. En Belgique, on a une grande partie de la population qui est vaccinée, ce qui réduit fortement la transmission. Et ces personnes sont protégées contre toutes les formes sévères de la maladie. Par rapport aux situations passées, on a beaucoup plus de temps entre le moment où la situation se dégrade et le moment où il faut trouver des solutions comme le confinement. Il y aura toutes une série de mesures qui pourront être prise entre-temps, mais j'imagine mal qu'on puisse arriver jusqu'au confinement, vu tous les efforts. Tout est toujours possible, mais je pense que ce n'est pas forcément réaliste de parler de lockdown en ce moment.Alexander De Croo a qualifié les non-vaccinés "d'égoïstes et d'irresponsables". Pensez-vous que c'est le cas? Il y a les personnes vaccinées qui ont toute une série de raisons pour le faire et il y a les personnes qui ne sont pas ou pas encore vaccinées. Ces personnes sont dans différents niveaux de processus de réflexion. Il y en a qui demandent simplement du temps ou plus d'informations. Et puis il y a quelques personnes qui sont antivax et qui sont très systématiques. Ça concerne une infime partie des non-vaccinés, mais cela est malheureusement très repris dans les médias, donc cela fait beaucoup de bruit. Il faut bien séparer les différents cas. Ce n'est pas parce que ces gens se posent des questions qu'il faut les déresponsabiliser. Je crois que ces gens se posent des questions justement parce qu'ils se sentent très responsables de leur propre santé et de leur propre choix. Ces personnes sont souvent très responsables. Quelle solution alors pour inciter à la vaccination? Je pense qu'il faut apporter les réponses adaptées à chaque situation. On fait de la sensibilisation dans les écoles et les quartiers pour entrer en débat avec ces personnes. Ce sont des actions qui sont faites au quotidien pour répondre à un besoin. Il faut informer de façon ciblée. Pour cela, ça sert de pouvoir identifier ceux qui ont besoin de l'information, pas pour les stigmatiser mais pour aller au contact.Le recours à la vaccination obligatoire est-il envisageable?Dans les retours qu'on reçoit, beaucoup de gens ont le sentiment que toutes les mesures qui sont prises sont destinées à leur rendre la vie impossible sans vraiment assumer des choix qui seraient une obligation. C'est une société qui est mise sous pression, mais il n'y a pas de solution magique. L'efficacité d'une mesure est toujours liée à l'adoption de la mesure pour cette population. Chaque jour de nouvelles personnes franchissent le pas et c'est super. On a montré que c'était possible d'arriver à 90% de vaccination sans obligation vaccinale en Flandre, donc c'est possible de le faire sans la vaccination obligatoire. On comprend qu'à Bruxelles la tentation de recourir à l'obligation vaccinale est plus forte, mais c'est une solution qui peut être vécue, par les populations hésitantes, de manière agressive. Pensez-vous que la stigmatisation des non vaccinés est problématique? Il y a cette notion de temps dans une épidémie qui nous met souvent sous pression. Dans ce processus de sensibilisation et d'information, il ne faut pas perdre de temps et c'est ce qu'on tente de faire depuis février 2020. Mais il y a une certaine pression qui s'exerce sur les personnes qui doivent donner ces informations et ceux qui ont besoin de la recevoir et de la digérer. Il faut aussi réaliser que la vaccination des jeunes n'est arrivée que récemment sur l'agenda. Il faut donc prendre en compte qu'on a offert peu de temps aux jeunes pour mûrir un choix ; bien moins qu'aux adultes. Il faut respecter ça et compenser en apportant de l'information. Le temps permet aussi de collecter de l'information, par exemple sur les effets secondaires, etc. Lola Buscemi