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Pour Benoît Bayenet, professeur de politique économique (ULB) et de finances publiques (ULB-ULiège), le moment serait opportun pour mener une politique industrielle ambitieuse au niveau européen. " Tout est lié ", aime à rappeler celui qui reconnaît volontiers le caractère historique de la crise actuelle. Du jamais-vu selon lui : " On n'a tout simplement pas de recul. On traite les priorités dans l'ordre où elles viennent. Il faut gérer le défi sanitaire, ensuite maintenir l'activité et enfin s'assurer un redémarrage dans les meilleures conditions. " Raison selon lui pour laquelle on assiste à une telle multiplication des groupes d'experts. De quoi dire que l'on navigue à vue ? Benoît Bayenet s'y refuse : " Tout le monde a pris la mesure de l'urgence et on a vu les différents niveaux de pouvoir interagir en cascade. La Banque centrale européenne a rapidement réagi, suivie du fédéral et des Régions qui sont venus compléter son action. " Selon lui, agir seul n'aurait aucun sens. La Belgique est une économie fortement ouverte qui échange de manière privilégiée avec ses voisins limitrophes. Mécaniquement, cela a pour conséquence que ses plans de relance bénéficient autant à ses voisins qu'à elle-même, et vice versa. D'où l'importance d'une coordination supranationale. Pour Benoît Bayenet, il faut une vision européenne, puis belge, puis wallonne : " Ça ne veut pas dire qu'il faut rester les bras croisés en attendant, mais il faut être conscient de cette interdépendance. "Il faut mettre en place une politique industrielle de transition. Le scénario idéal ? Un plan en quatre temps. 1 réfléchir en chaînes de valeur (la production d'un bien depuis les premiers composants jusqu'aux produits finis) et identifier celles qui sont les plus porteuses. 2 créer des champions européens sur ces chaînes de valeur stratégiques. " Il faut oser créer et être compétitif, déclare Benoît Bayenet, comme on l'a fait avec Airbus. On a de l'or dans les mains. Il faut davantage valoriser les résultats de la recherche. Appliquer au modèle sanitaire l'exemple d'Airbus. " 3 fixer des normes cohérentes avec les ambitions européennes d'une politique bas carbone. " Nous devons être capables de protéger nos champions, c'est-à-dire non pas fermer notre marché, mais exiger des autres qu'ils répondent aux mêmes normes que celles que nous nous fixons. " 4 procéder de la sorte serait encore plus cohérent si l'on assistait à une réelle coordination sociale et fiscale. En 2008-2009, une fois le problème financier réglé, on est vite passés à autre chose, rappelle Benoît Bayenet. Maintenant que l'humain et le sanitaire sont au centre, il faut espérer que cela appellera un autre type de réponse.Par Clément Jadot.