Les événements survenus cette semaine aux Etats-Unis ont réveillé le débat chez nous aussi sur les menaces qui pèsent sur nos démocraties, en raison de la montée des extrémismes de tous bords, des idées populistes qui se répandent ou de ces fausses informations qui pullulent, souvent en soutien de théories complotistes.
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Les événements survenus cette semaine aux Etats-Unis ont réveillé le débat chez nous aussi sur les menaces qui pèsent sur nos démocraties, en raison de la montée des extrémismes de tous bords, des idées populistes qui se répandent ou de ces fausses informations qui pullulent, souvent en soutien de théories complotistes."Le Capitole est une fameuse leçon pour nous aussi, confirmait ce matin à la radio Jean-Marc Nollet, coprésident d'Ecolo. Nos démocraties sont fragiles et il faut les protéger. En Belgique, certains partis, comme le Belang, remettent en question des fondements la démocratie. Rappelons-nous la manifestation au parking C du Heysel." Le débat parlementaire consacré aux événements américains, jeudi à la Chambre, a d'ailleurs souvent élargi le propos à ce qui se passait chez nous.Lire aussi : "Ce qui s'est passé à Washington illustre que la démocratie est fragile"Si la lutte contre l'extrémisme, le populisme et le complotisme était simple, si les solutions étaient à la portée de tous les démocrates, sans doute les aurait-on déjà mises en oeuvre. Il est "facile" de tenir des propos radicaux en quelques mots, souvent bien plus compliqué de les démonter avec de longs discours ou des nuances. C'est, en outre, un faisceau de mesures qui devraient être mises en place pour éviter le risque d'un "coup" à l'américaine. Certaines sont en discussion, d'autres réclamées : les voici sous forme de dix commandements. C'est le premier degré de la réflexion : pour éviter que des ennemis de la démocratie envahissent le parlement, qui en est le théâtre principal, il s'agit de... le sécuriser. "Les forces de l'ordre sont présentes en nombre pour éviter à Bruxelles le genre d'incidents qu'on a pu voir au Capitole à Washington", défend André Flahaut (PS), ancien président de la Chambre. "Des procédures existent pour protéger le fonctionnement démocratique du parlement", assure l'actuelle présidente, Eliane Tillieux (PS). Ce n'est toutefois qu'un palliatif, une façon de se barricader face aux mécontents sans forcément les entendre. C'est d'ailleurs aussi le principe de la "zone neutre" bruxelloise pour endiguer les manifestants : sans doute utile face aux violents, mais forcément insatisfaisant.S'il s'agit de se protéger, il est plus important d'ouvrir les portes du temple de la démocratie à la population. Il y a ce qui est de l'ordre du symbolique: les portes ouvertes à l'occasion des journées du patrimoine, par exemple. Mais plus fondamentalement, le parlement doit remplir davantage encore son rôle de représentation du peuple. Voilà pourquoi des expériences se mettent en place pour créer des assemblées citoyennes ou pour stimuler la participation de la population/ La démocratie délibérative n'en est qu'à ses balbutiements ou utilisée à titre expérimental : les partis ont encore peur de lâcher les leviers du pouvoir. Mais à l'heure du numérique, des expressions populaires tous azimuts, des systèmes doivent être inventés pour canaliser les espoirs ou les colères du peuple.Un travail conséquent doit encore être mené sur les pratiques de nos responsables politiques. Les scandales des dernières années (Publifin, Samusocial...) ont témoigné de comportements inadéquats, de corruptions, de conflits d'intérêt renforçant le sentiment que certains dirigeants profitent d'une rente de situation au pouvoir. Des réformes ont été initiées, mais l'opacité des prises de décisions politiques reste trop grande, quand il ne s'agit pas de ses mesures donnant l'impression de favoriser les puissants - comme la transaction pénale, légale mais symbole d'une justice de classe. Lutter contre le populisme, c'est aussi, dans la mesure du possible, gouverner avec un livre ouvert.Le fondement même de notre système politique est souvent remis en cause parce qu'il n'a guère été adapté depuis la création de nos démocraties, alors que les temps ont bien changé. La simple délégation du pouvoir à des représentants de la population au sein de la Chambre ou du Sénat ne suffit plus. D'où la réflexion sur des assemblées citoyennes. Des mécanismes doivent encore être complétés pour restreindre les cumuls de mandat ou faire en sorte que la politique ne soit plus une profession à vie. En Belgique, le type de scrutin et l'évolution fédérale du pays ont coupé une partie des dirigeants de leur base électorale : devant qui un Premier ministre ou un ministre fédéral de la Santé sont-ils encore responsables ? L'idée d'une circonscription fédérale, par exemple, est dans l'air depuis des années - sans que ses partisans ne réussissent à la concrétiser.En raison d'une démocratie de plus en plus complexe, singulièrement dans un pays comme la Belgique, les partis se sont imposés comme les acteurs principaux qui structurent le paysage politique. Ils n'ont pas toujours la représentativité nécessaire et confisquent bien des leviers du pouvoir. Leur rôle de stabilisateur est certes bienvenu, mais rendre une capacité de décision aux gens passera aussi par une réforme de leurs structures, une plus grande démocratisation de leur fonctionnement et une façon de préciser les limites de leurs compétences. Le paysage politique, par essence assez conservateur, pourrait aussi évoluer.Les fausses informations, ou fake news, sont devenues un instrument majeur de manipulation sur les réseaux sociaux. Le cours d'élections a été changé par des interventions de puissances étrangères, des courants révolutionnaires s'en nourrissent comme ceux présents au Capitole. Alexander De Croo, Premier ministre, a insisté sur ce chantier, jeudi à la Chambre : "Les événements d'hier sont une piqûre de rappel pour tous les démocrates: notre démocratie n'est jamais acquise. Pour la protéger, nous devons nous lever contre celles et ceux qui sèment la haine, attisent la peur et répandent constamment des mensonges." Un chantier loin d'être évident, comme en a témoigné la réaction de la N-VA : l'autorité peut-elel définir ce qui est bien ou pas ?Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft : les GAFA font désormais la pluie et le beau temps dans le monde, ne se souciant guère des frontières nationales et entravant les marches démocratiques plus souvent qu'à leur tour. "Voir Mark Zuckerberg en mesure de faire taire le Président des USA, quel qu'il soit, pose aussi une vraie question démocratique", soulignait Georges-Louis Bouchez, président du MR, après que Facebook, Instagram et Twitter aient suspendu les comptes de Donald Trump." "Supprimer les messages d'un Président élu et suspendre son compte sont des actes symboliques ultra-puissants, commente notre collègue de Trends, Christophe Charlot. Les GAFA ont un pouvoir démesuré." Des amorces de régulations sont en discussion, l'Europe tente de faire pression sur ces géants, mais une régulation s'imposerait, de toute évidence.Tout cela ne pourrait avoir aucun effet sans un travail de fond, qui a été bien trop délaissé, d'éducation à la démocratie. Des cours de citoyenneté à l'école ont été timidement introduits, mais restent trop souvent des gadgets, tandis que la politique - pour des raisons que l'on peut comprendre, mais contreproductives - est la grande absente des établissements scolaires. Même l'approche médiatique, dans certains cas, mérite d'être interrogée. Le chantier démocratique, au sens large, devrait être la prioité numéro un de tout gouvernement pour toucher les plus jeunes avant tout, il passe pourtant au second plan. Les crises d'ampleur qui s'accumulent dans nos sociétés globalisées induisent sans aucun doute de la peur et génèrent des sentiments de replis. En donnant du grain à moudre aux nationalistes aux populistes ou à tous ceux qui transforment les angoisses en votes ou en cris de haine. "Il faut protéger la population des conséquences sociales de la crise sanitaire", disait notamment Jean-Marc Nollet, coprésident d'Ecolo, ce matin. L'extrême droite ne s'est jamais vraiment envolée en Belgique francophone "grâce" aux voix rassurantes, à une politique sociale forte et, faut-il le dire, à une forme de clientélisme.L'audace d'espérer : dans son dernier livre, Terre promise, l'ancien président Barack Obama raconte la genèse de son projet qui a su faire rêver : "Yes we can !". Trois mots simples, l'ascenseur social réveillé ou la capacité de se projeter dans l'avenir. Face aux élans nationalistes - et ouvertement populistes/racistes dans le chef du Vlaams Belang -, la coalition Vivaldi d'Alexander De Croo a pour ambition de porter un projet d'avenir pour la Belgique. C'est celui-là qui devra convaincre, comme dans bien des pays d'Europe ou du monde, pour faire barrage aux ennemis de la démocratie.