La prise d'assaut du Capitole par les partisans du président américain sortant Donald Trump a ouvert les débats des questions d'actualité de la Chambre, ce jeudi après-midi. La démocratie bafouée et les effets des discours populistes ont secoué notre assemblée, avec des échos qui nous parlent de près : les événements historiques des dernières heures aux Etats-Unis sont un révélateur du péril de désunion qui menace le "monde libre", avec sa polarisation excessive, la progression d'extrémismes décomplexés et les appels parfois à peine camouflés à "l'insurrection".
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La prise d'assaut du Capitole par les partisans du président américain sortant Donald Trump a ouvert les débats des questions d'actualité de la Chambre, ce jeudi après-midi. La démocratie bafouée et les effets des discours populistes ont secoué notre assemblée, avec des échos qui nous parlent de près : les événements historiques des dernières heures aux Etats-Unis sont un révélateur du péril de désunion qui menace le "monde libre", avec sa polarisation excessive, la progression d'extrémismes décomplexés et les appels parfois à peine camouflés à "l'insurrection".Elian Tilleux (PS), président de la Chambre, a entamé la séance en soulignant combien ces images venues de Washngton ont "heurté". "Ces images au sein de la démocratie européenne sont totalement inacceptables", dit-elle en rappelant les faits, les quatre morts et les blessés. "Ce qui s'est passé à Washington illustre une nouvelle fois que la démocratie est fragile, dit-elle. Démocratie assiégée, menacée. Les inquiétudes sont légion. Ces faits démontrent l'importance de lutter contre tous les populismes. Le pilier de la démocratie, c'est respecter les élections libres. Au nom de la Chambre, j'exprimerai le souten de la Chambre à Nancy Pelosi, présidente du Congrès."Alexandre De Croo (Open VLD), appuie ses propos: "Ces images étaient inquiétantes. Une démocratie ne peut jamais prendre les allures d'une dictature de la majorité, mais, en retour, un président élu est en droit de gouverner. Il est hallucinant de dire qu'il faut rappeler ça aujourd'hui. Nous sommes arrivés à un point où les majorités démocratiques ne peuvent plus être acquises en paix dans un scrutin, mais doivent être défendues juridiquement et dans les rues."Etonnament, c'est un populiste qui ouvre les questions d'actualités. Peter Mertens (PvdA) constate que "des personnes appartenant à l'extrême droite ont tenté un coup, ce qui démontre ce dont ils sont capables". "Il y a quelque chose qui ne fonctione plus aux Etats-Unis, lance cet élu d'extrême gauche en dénonçant ceux qui défendent la haine ou le racisme.Mélissa Depraeter (SP.A) s'inquiète des tendancespopulistes qui sont perceptibles chez nous aussi. "Il y a des secrétaires d'Etat qui ont un certain respect pour M.Trump, c'est très inquiétant", dit-elle en visant le N-VA Theo Francken. "Reconnaissez-vous que certains groupes extrémistes diffusent ces discours chez nous aussi?", demande-t-elle au Premier ministre en évoquant plusierus les expressions de l'extrême droite en Flandre.Georges Dallemagne (CDH) parle d'un "choc" pour "tous les amis des Etats-Unis et de la démocratie". Il évoque la "folie" de Donald Trump: "Ce n'est pas seulement s'en prendre à la démocratie, à l'Etat de droit, c'est s'en prendre à la raison!" Ce qui s'est passé cette nuit aux Etats-Unis nous concerne tous. "Il faut dire que Donald Trump n'est plus un partenaire, qu'il n'est plus jamais le bienvenu en Belgique!", clame-t-il."La démocratie a été attaquée en plein coeur", poursuit Michel De Maegd (MR). "De tels actes sont l'effet d'un climat de haine, de populisme, c'est un avertissement pour tous les démocrates". L'ancien président du JT de RTL-TVI souligne: "Je me retourne vers mes collègues: depuis dix-huit mois que je suis dans cette assemblée, je suis consterné" par les expressions extrémistes et simplistes qui y ont lieu.Kristof Calvo (Groen) parle d'un "virus de la haine tout assi contagieux que celui du coronavirus, qui se trouve déjà au sein de cet hémicycle, notre Capitole". "On connaît déjà le vaccin contre le virus de la haine, souligne-t-il. Nous sommes ce vaccin!" Il défend l'importance de soutenir Joe Biden dans sa défense de la démocratie. "C'est la mission aussi de notre coalition Vivaldi", insiste-t-il."C'est un avertissement pour toutes les démocraties", prolonge encore Els Van Hoof (CD&V).Peter De Roover (N-VA) condamne "ce genre de folie révolutionnaire" telle qu'on l'a vue aux Etats-Unos et se réjouit que la démocratie américine soit résiliente. "Les règles de l'Etat de droit sont fondamentales", dit-il. Mais en évoquant la nécessité de "lutter contre les fake news", il demande aussi à la majorité au pouvoir des garanties sur le fait de ne pas toucher à la liberté d'expression. Patrick Dewael (Open VLD), farouche combattant de l'extrême droite, constate que ce qui se passe démontre que le pire était possible. "Nous l'attendions dans beaucoup de pays, mais pas aux Etats-Unis, regrette-t-il. Ce qu'il a fait hier devra faire l'objet d'une enquête aux Etats-Unis. Vous me connaissez tous comme quelqu'un qui est agacé par la tentation des extrémismes. Monsieur De Roover, il y a aussi, chez nous, des langages sur les réseaux sociaux que vous qualifiez de liberté d'expression", mais qui sont des incitations à la haine.Dans sa réponse, Alexander De Croo souligne en citant la chancelière allemande Agnela Merkel que souvent "de mauvais mots peuvent déclencher de mauvais actes" et les responsables de ceux-ci s'en lavent souvent les mains". "J'espère que c'est clair au sein de cette hémicycle qu'il faut lutter contre les désinformations, souligne-t-il. N'utilisons pas des rhétoriques selon lesquelles des élections sont volées ou qu'une majorité est illégitime. Soyons clairs: seules les règles de la Constitution comptent. Mais il faut aussi montrer que l'on respecte la position de l'autre.""Une majorité doit pouvoir fonctionner, conclut-il. Mais sans devenir une dictature de la majorité, il faut respecter la minorité." En se disant "convaincu" que l'on ne tombera pas aussi bas chez nous.Dans leurs répliques, les partis démocratiques insistent pour chacun soit soucieux de respecter. "Oui, la démocratie peut est frustrante, mais plus que tout, c'est la liberté et la responsabilité", dit Michel De Maegd. En dénonçant le "virus du complotisme et du populisme". "Nous ne sommes pas à l'abri', insiste-t-il "Plus que la corruption de quelques-uns, c'est le relâchement de tous qui est la menace", dit-il en citant Tocqueville.La N-VA, elle, continue à s'inquiéter des mesures annoncées par le gouvernement pour lutter contre la désinformation et ose la seule note discordante dans le débat: "Vous n'est pas le ministre le plus libéral de l'histoire", clame son chef de file Peter De Roover, en estimant que le gouvernement veut "définir ce qui est une nouvelle qui ne l'est pas". Il s'en prend aussi aux écologistes qui polarisent le débat, selon lui. "Je me battrai pour la liberté d'expression, mais il faut un débat pour que l'on empêche de dire n'importe et d'inciter à la violence", réplique Patrick Dewael. Le débat, chez nous aussi, s'annonce vif ces prochaines semaines.