Lors d'une opération exceptionnelle, Levif.be répond à vos interrogations sur le Covid. Aujourd'hui nous répondons à une question sur Noël :
...

On l'oublie souvent, mais fêter Noël ne doit pas toujours être synonyme de repas pantagruélique et montagne de cadeaux. Si chaque année, la période des fêtes est un révélateur de fracture sociale et fragilise encore un peu plus les gens en situation de précarité, le but premier de cette fête n'est pas nécessairement de consommer, mais d'être ensemble. Dans cette optique, on pourrait voir dans les circonstances l'occasion idéale de revenir à l'essence de Noël qui est surtout un jour de fête pour se retrouver. Car l'essentiel est là. S'arrêter quelques instants pour être avec ceux qui nous sont chers et leur montrer qu'on les aime. Pour cela pas besoin d'être à 36.000 ou même dans la même pièce.La famille est un des liens les plus forts et l'une des principales valeurs de notre société. Et c'est pourquoi, malgré la peur ou les interdictions, pour beaucoup il est inenvisageable de ne pas fêter Noël. Interdire purement et simplement Noël est donc impossible. Il est par contre envisageable de réduire le nombre d'invités. La situation pousse beaucoup de personnes à se montrer raisonnables. Ainsi, selon une étude effectuée auprès de 6.000 personnes de tous âges confondus, la plupart se contenteraient de pouvoir inviter deux ou quatre personnes. Un chiffre restreint, probablement inspiré par l'inquiétude. Personne ne souhaite contaminer ses proches. Des fêtes en mode mineur et plus échelonné dans le temps pourraient même être vues comme une preuve d'amour. Néanmoins, réduire le nombre d'invités entraîne dans son sillage des choix difficiles et peut, dans, certaines familles en situation conflictuelle, encore exacerbé les tensions intrafamiliales. Il est presque certain que les grandes tablées familiales seront interdites. Pourtant nul besoin que cela tourne à la zizanie, comme nous l'explique Jacinthe Mazzocchetti, sociologue de l'UCLouvain et spécialiste notamment des traditions. "Choisir avec qui l'on partage son Noël ne doit pas virer en hiérarchisation de l'amour que vous portez aux autres". Pour éviter cet écueil, vous avez deux options. La première est que vous invitez en priorité ceux qui sont les plus isolés. La deuxième est d'établir des critères objectifs et argumentés. Par exemple, un tel n'en a rien à faire de Noël alors que tel autre lui accorde beaucoup d'importance. Un tel est une personne beaucoup plus à risque et ce n'est peut-être pas prudent. On peut aussi dispatcher en différents moments et activités selon les membres de sa famille. Par exemple avec un tel on ira marcher, avec tel autre on se retrouve dans le jardin et avec ceux-là on fait le repas. L'important est de vérifier auprès de chacun que cela convient à tout le monde et d'expliquer le plus sincèrement possible son choix. Il n'y a rien de pire que le non-dit.On le répètera jamais assez: ce n'est pas par ce qu'on ne peut pas se voir qu'on ne doit pas montrer son attachement. La distance physique ne veut pas dire distance sociale. Il existe mille façons de montrer qu'on est là pour l'autre. Alors, c'est vrai, il va falloir une bonne dose de créativité pour pouvoir inventer une nouvelle façon d'être ensemble. L'important n'est pas tant la façon de se voir, mais la qualité du moment. Ainsi, il arrive que le lien ou la connexion avec les autres gagne en profondeur avec la distance. La pudeur est moins présente et on peut se dire plus de choses et de manière plus profonde si l'on n'est pas face à face. Le fait qu'on l'on est plus dans le traditionnel Noël peut aussi faire que l'on va exprimer davantage et autrement ce que l'on ressent les uns pour les autres. Rien n'empêche d'envoyer des dessins, des vidéos, des poèmes ou encore des cadeaux choisis avec soin alors qu'auparavant notre présence pouvait suffire. En d'autres termes, cette année des bons cadeaux risquent de ne pas suffire. Autant le préciser tout de suite : se mettre tous en pré-quarantaine à partir du 10 décembre pour pouvoir fêter le jour de Noël en toute tranquillité n'est pas la solution idéale. En effet, celle-ci n'est pas complètement étanche. Il y a ce qu'on appelle le risque résiduel. Exemple : vous avez été infecté juste avant de vous mettre en quarantaine. Mais vous êtes asymptomatiques ou n'avez que de vagues symptômes. Vous infectez votre bulle sans que personne ne s'en rende compte. Ceux-ci ne vont développer que plus tardivement la maladie et donc potentiellement infecté les autres membres de la famille. Des membres qui à leur tour risquent d'être super contagieux autour de la bûche. Ensuite cela exige beaucoup de discipline (une denrée rare) et pas d'enfants qui vont à l'école. Pour Van Gucht, "la pré-quarantaine peut réduire le risque, mais certainement pas l'éliminer". Une autre fausse bonne idée est un barbecue d'hiver. On est dehors et cela peut être très festif. Parfait, peuvent se dire certains. Mais là encore ce n'est pas sans risque. On y mange, on y boit et pendant tout ce temps on n'a pas son masque. Toujours selon Steven Van Gucht, manger à l'extérieur en groupe, c'est l'assurance d'un faux sentiment de sécurité. Dans cette atmosphère détendue, on peut vite se laisser aller à quelques familiarités comme des baisers ou des accolades. Et le virus n'en demande pas tant.Une troisième idée peu judicieuse est celle de faire de se faire tester juste avant le soir de Noël. Comme pour se rendre à quelques destinations lointaines, on pourrait en effet exiger un test avant de passer à table. C'est techniquement possible puisqu'il existe des tests rapides en pharmacie, on peut aussi demander un test PCR à son médecin ou réserver un test dans un des centres. Mais là encore, si l'idée semble presque tentante, cette option est chaudement découragée par les experts. Premièrement, on ne sait toujours pas à quel point les tests rapides sont fiables, par exemple chez les asymptomatiques. Ensuite, pour qu'ils aient une quelconque valeur, ils doivent être effectués par des médecins. Donc, même si rien n'interdit à celui qui l'a acheté de le faire lui-même, il y a de fortes chances que celui-ci soit mal effectué. En plus parmi les tests que l'on peut acheter en ligne, il y a de tout et souvent du pas terrible. Beaucoup ne sont absolument pas fiables. Selon Van Gucht, virologue de Sciensano, certains tests ne détectent pas encore la moitié des infections. Enfin, même les tests PCR ne seront pas utiles avant Noël. Et ce pour des raisons d'ordre pratique. A la fin de l'année, les laboratoires ne pourront traiter au mieux que cent mille échantillons par jour. Or si seulement dix pour cent des Belges se font tester avant les festivités, on est déjà à un million de tests en même temps. Beaucoup ont été dégoutés par les apéros Skype. Ces derniers étaient souvent une véritable cacophonie et encore quand la connexion était bonne. Nombre d'entre nous se sont aussi usé les yeux à essayer de voir tout le monde sur un très petit écran (celui de leur smartphone ou tablette). Pourtant, pour le réveillon de Noël, rien n'empêche de voir les choses en grand. Par exemple en le faisant sur grand écran, via sa télévision. De nombreux appareils possèdent une sortie pour un câble HDMI et il suffit alors de relier l'ordinateur à sa télé. Pas besoin non plus de logiciel cher et compliqué. Via Zoom, teams ou encore plus simple d'utilisation (et totalement gratuit) le Jitsi Meet. Rien ne vous empêche non plus d'étirer ce moment en commençant dès les préparatifs. Par exemple en cuisinant la même chose ensemble. En plaçant l'écran dans la cuisine ou en cuisinant devant la télé, vous pourrez papoter de tout et de rien, comme si vous étiez dans la même pièce. Alors oui, cela fait surtout illusion, mais c'est une des options les plus sages. En bonus, personne ne doit faire bob. Autre point positif si certains vous crispent, ou en cas de désaccord familial, vous pouvez couper leur micro. On le sait, les activités en extérieur sont beaucoup plus sûres qu'à l'intérieur, car vous n'avez pas le problème des aérosols. Faire la fête dehors semble donc a priori une bonne idée. Sauf que si l'on abuse de champagne, ou autre, les règles de distanciation risquent de ne pas faire long feu. Pareil pour le masque. Et puis, fin décembre, il risque de faire vraiment froid et humide. Ne pas avoir le covid, mais hériter d'une grosse pneumonie n'est peut-être pas le meilleur des calculs. La solution pourrait être de bouger, pour ne pas prendre froid. Dans cette optique la promenade en famille est une très bonne option. Pour les plus âgés, on ne prévoit pas un trop grand tour et pour les plus petits on organise par exemple une chasse au trésor avec des cadeaux cachés.Enfin, s'il fait vraiment trop moche, pourquoi ne pas faire un jeu de piste à la recherche de cadeau à faire en voiture avec sa bulle et qui passerait devant les uns et chez les autres. Ce n'est pas très écolo, mais ludique et cela crée du lien. L'idée est envisageable, mais en respectant quelques conditions très strictes. On doit être un petit groupe, tenir ses distances et porter un masque, et ne pas rester longtemps (30 minutes étant l'idéal). Cette option permet de faire de visites en tournante pour un budget modeste puisqu'on trouve des braseros suffisamment larges à partir de 30 euros. On oublie par contre les marshmallows et autres trucs à griller puisque, rappelons-le, il est fortement déconseillé de manger. Un vin chaud que l'on boit avec une paille (non jetable) ou boire un verre à distance sur un banc est une option envisageable.