DéFI propose l'abrogation du "décret Inscription". Dommage Monsieur Maingain d'avoir attendu autant de temps pour dire haut et fort ce que les directions d'école [1] - enfin celles qui ont encore une certaine liberté de parole - clament depuis quasi 10 ans, contre un décret que tout responsable de terrain savait absurde, inefficace et contre-productif. On voit alors ceux qui s'accrochent au pouvoir essayer de sauver les meubles... Madame Onkelinx déclare que "tel qu'il est devenu, elle ne l'aime pas non plus" ! Et qu'elle veut bien en changer...

Sans doute Madame Onkelinx considère-t-elle que le décret d'origine, pensé dans le giron socialiste, valait beaucoup mieux ! Préparé dans la précipitation et sur base de critères purement idéologiques, il a généré d'emblée stress, iniquité, bureaucratie, files d'attente, blocage institutionnel, travail supplémentaire pour le secrétariat des écoles et l'administration, angoisse pour les parents et, pire, pour beaucoup d'élèves de 11-12 ans, etc. Qui dira le coût humain de ce décret raté et qui en dira le coût financier, avec les groupes de travail créés - CIRI -, les procédures administratives imaginées - avec leurs ratés, etc. ?

Mieux, madame Onkelinx a découvert que les "enfants sont enfermés dans leur quartier". Nous l'avions dénoncée d'emblée cette carte géographique que les Français connaissaient depuis longtemps et contre laquelle les parents français se débattaient, en usant de tous les artifices de contournement faciles à prévoir chez nous ! Il ne fallait pas être grand clerc pour savoir où cela menait. Mais l'aveuglement idéologique a prévalu. Dire "mixité sociale", concept indispensable à tout discours politique, était le sésame vis-à-vis duquel on ne pouvait émettre le moindre doute sous peine d'être taxé d'élitiste ou "de droite".

Conçu essentiellement pour régler des problèmes du Brabant wallon et en particulier de Bruxelles, ce décret même revu n'a rien réglé du tout - d'où l'intérêt de DéFI -, mais a perturbé la vie de toutes les écoles de la Communauté. Les trois buts affichés étaient "la transparence, la mixité sociale et l'apport pédagogique" (dixit la porte-parole de DéFI). Sur ces deux derniers buts, c'est l'échec absolu.

Transparence. Un des rares points positifs, de façon pratique, est le fait que les parents ont un bulletin d'inscription reçu de l'école primaire d'origine à déposer dans l'école de leur choix et ne peuvent plus s'inscrire dans deux (ou plus) écoles à la fois, comme cela se faisait souvent, désorganisant la rentrée dans certaines écoles. La centralisation de l'information - sans influer sur le choix libre des parents - a amené un plus.

Les trois buts du décret Inscription étaient "la transparence, la mixité sociale et l'apport pédagogique". Sur ces deux derniers, c'est l'échec absolu.

Mais ce décret a donné l'illusion à tout un chacun que toutes les écoles se valent, que toutes les écoles font la même chose et que chaque école doit et peut s'adapter à chaque enfant, quel que soit son projet. Et dès lors, l'objectif de la mixité sociale serait de facto atteint. Or, la réalité est autre.

D'abord, parce que les écoles de l'enseignement général, donné - à tort - comme la voie royale de toute réussite, ont forcément reçu une majorité d'enfants dont les parents, indépendamment des aptitudes et des goûts de leur enfant, voulaient la filière générale. Ce faisant, ils se détournaient sans autre forme de procès de l'enseignement technique, dont il est de bon ton de dire qu'il faut le revaloriser, mais pour lequel bon nombre de décisions des dernières années ont été fatales - cf. les chutes de fréquentation des premiers degrés des écoles techniques, dont certaines avaient pourtant une excellente réputation et formaient des techniciens dont la région avait besoin. (Réforme(s) du premier degré, suppression des 2P, etc.) Donc le décret a renforcé une tendance existante.

Ensuite, parce que la mixité sociale ne se décrète pas, Camarades ! Elle est un long processus à construire sur des bases solides et une volonté partagée. Elle doit l'être dans tous les secteurs de la société, pas seulement dans l'enseignement. Il y a un large consensus sur l'obligation de la mixité sociale, il faut en indiquer la voie et aider ceux qui l'empruntent à mener à bien leur travail. Tout décret est contre-productif. De décret en décret, la Communauté française, et l'enseignement en particulier, a vécu la décret-pitude !

Quant aux effets "pédagogiques" du décret inscription, il en est de même. La pédagogie, ou mieux, les changements pédagogiques, ne se décident pas par décret, mais se construisent dans le temps grâce à quelques éléments essentiels : l'autonomie des écoles, qui peuvent initier des projets, les qualités de meneurs d'hommes des chefs d'établissement - rien à voir avec la réussite d'examens administratifs d'entrée dans une réserve de recrutement -, le travail d'équipes (de direction et d'enseignants) dans le cadre de cette autonomie, la formation -volontaire et non imposée, l'information de tous, et toujours le travail d'équipes de gens de terrain... Sans eux, motivés et volontaires, vos décrets sont du vent.

Le décret inscription a généré aussi des effets secondaires dont peu de personnes ont pris conscience. D'abord, parmi les critères de classement des enfants, il y a bien sûr la géolocalisation. "Dis-moi où tu habites et je te dirai qui tu es". Que tu habites à Lasne, à Molenbeek, à Wépion ou à Charleroi Nord, cela dit quelque chose de ton existence... Que de parents embarrassés, obligés d'indiquer avec précision (Google maps - Google Streets) leur habitat! Et les parents séparés ou en difficultés de dire... Avec quelques aberrations aussi : d'un côté de la rue tu es en zone "riche" et de l'autre côté en zone... moins riche... Car, ce n'est pas seulement la distance par rapport à l'école qui est visée, les enfants sont aussi classés via un indice socioéconomique censé être celui des parents, via le quartier où ils habitent. Bien sûr l'intention est d'aider les familles défavorisées, mais ce classement reste évidemment approximatif, et surtout, l'existence même de cette "étiquette" interpelle : suffit-il de répartir les jeunes dans les écoles sur base de ces critères pour régler les distorsions sociales ? De plus, ce critère socioéconomique permettrait d'autres utilisations d'exclusion que certains régimes totalitaires ont pratiquées ailleurs ...

Et si Monsieur Maingain veut faire oeuvre utile, qu'il ajoute une 81e condition : l'abrogation du décret "Réforme des titres et fonctions", qui cherche à régler des problèmes du XXème siècle et qui, au XXIème bien engagé, a détruit, détruit et détruira encore bien des perspectives pédagogiques (EMILE-immersion, interdisciplinarité, etc.) et des vocations d'enseignants. Mais ceci est une autre histoire, qu'il faudra sans doute laisser pour la prochaine crise...

[1] http://www.lalibre.be/debats/opinions/je-remercie-le-tirage-au-sort-51b8a37ce4b0de6db9b4c1e7 "Je remercie le tirage au sort" COLLECTIF DE DIRECTEURS D'ÉCOLES SECONDAIRES LLB Publié le lundi 08 décembre 2008

DéFI propose l'abrogation du "décret Inscription". Dommage Monsieur Maingain d'avoir attendu autant de temps pour dire haut et fort ce que les directions d'école [1] - enfin celles qui ont encore une certaine liberté de parole - clament depuis quasi 10 ans, contre un décret que tout responsable de terrain savait absurde, inefficace et contre-productif. On voit alors ceux qui s'accrochent au pouvoir essayer de sauver les meubles... Madame Onkelinx déclare que "tel qu'il est devenu, elle ne l'aime pas non plus" ! Et qu'elle veut bien en changer... Sans doute Madame Onkelinx considère-t-elle que le décret d'origine, pensé dans le giron socialiste, valait beaucoup mieux ! Préparé dans la précipitation et sur base de critères purement idéologiques, il a généré d'emblée stress, iniquité, bureaucratie, files d'attente, blocage institutionnel, travail supplémentaire pour le secrétariat des écoles et l'administration, angoisse pour les parents et, pire, pour beaucoup d'élèves de 11-12 ans, etc. Qui dira le coût humain de ce décret raté et qui en dira le coût financier, avec les groupes de travail créés - CIRI -, les procédures administratives imaginées - avec leurs ratés, etc. ? Mieux, madame Onkelinx a découvert que les "enfants sont enfermés dans leur quartier". Nous l'avions dénoncée d'emblée cette carte géographique que les Français connaissaient depuis longtemps et contre laquelle les parents français se débattaient, en usant de tous les artifices de contournement faciles à prévoir chez nous ! Il ne fallait pas être grand clerc pour savoir où cela menait. Mais l'aveuglement idéologique a prévalu. Dire "mixité sociale", concept indispensable à tout discours politique, était le sésame vis-à-vis duquel on ne pouvait émettre le moindre doute sous peine d'être taxé d'élitiste ou "de droite". Conçu essentiellement pour régler des problèmes du Brabant wallon et en particulier de Bruxelles, ce décret même revu n'a rien réglé du tout - d'où l'intérêt de DéFI -, mais a perturbé la vie de toutes les écoles de la Communauté. Les trois buts affichés étaient "la transparence, la mixité sociale et l'apport pédagogique" (dixit la porte-parole de DéFI). Sur ces deux derniers buts, c'est l'échec absolu. Transparence. Un des rares points positifs, de façon pratique, est le fait que les parents ont un bulletin d'inscription reçu de l'école primaire d'origine à déposer dans l'école de leur choix et ne peuvent plus s'inscrire dans deux (ou plus) écoles à la fois, comme cela se faisait souvent, désorganisant la rentrée dans certaines écoles. La centralisation de l'information - sans influer sur le choix libre des parents - a amené un plus.Mais ce décret a donné l'illusion à tout un chacun que toutes les écoles se valent, que toutes les écoles font la même chose et que chaque école doit et peut s'adapter à chaque enfant, quel que soit son projet. Et dès lors, l'objectif de la mixité sociale serait de facto atteint. Or, la réalité est autre. D'abord, parce que les écoles de l'enseignement général, donné - à tort - comme la voie royale de toute réussite, ont forcément reçu une majorité d'enfants dont les parents, indépendamment des aptitudes et des goûts de leur enfant, voulaient la filière générale. Ce faisant, ils se détournaient sans autre forme de procès de l'enseignement technique, dont il est de bon ton de dire qu'il faut le revaloriser, mais pour lequel bon nombre de décisions des dernières années ont été fatales - cf. les chutes de fréquentation des premiers degrés des écoles techniques, dont certaines avaient pourtant une excellente réputation et formaient des techniciens dont la région avait besoin. (Réforme(s) du premier degré, suppression des 2P, etc.) Donc le décret a renforcé une tendance existante. Ensuite, parce que la mixité sociale ne se décrète pas, Camarades ! Elle est un long processus à construire sur des bases solides et une volonté partagée. Elle doit l'être dans tous les secteurs de la société, pas seulement dans l'enseignement. Il y a un large consensus sur l'obligation de la mixité sociale, il faut en indiquer la voie et aider ceux qui l'empruntent à mener à bien leur travail. Tout décret est contre-productif. De décret en décret, la Communauté française, et l'enseignement en particulier, a vécu la décret-pitude ! Quant aux effets "pédagogiques" du décret inscription, il en est de même. La pédagogie, ou mieux, les changements pédagogiques, ne se décident pas par décret, mais se construisent dans le temps grâce à quelques éléments essentiels : l'autonomie des écoles, qui peuvent initier des projets, les qualités de meneurs d'hommes des chefs d'établissement - rien à voir avec la réussite d'examens administratifs d'entrée dans une réserve de recrutement -, le travail d'équipes (de direction et d'enseignants) dans le cadre de cette autonomie, la formation -volontaire et non imposée, l'information de tous, et toujours le travail d'équipes de gens de terrain... Sans eux, motivés et volontaires, vos décrets sont du vent. Le décret inscription a généré aussi des effets secondaires dont peu de personnes ont pris conscience. D'abord, parmi les critères de classement des enfants, il y a bien sûr la géolocalisation. "Dis-moi où tu habites et je te dirai qui tu es". Que tu habites à Lasne, à Molenbeek, à Wépion ou à Charleroi Nord, cela dit quelque chose de ton existence... Que de parents embarrassés, obligés d'indiquer avec précision (Google maps - Google Streets) leur habitat! Et les parents séparés ou en difficultés de dire... Avec quelques aberrations aussi : d'un côté de la rue tu es en zone "riche" et de l'autre côté en zone... moins riche... Car, ce n'est pas seulement la distance par rapport à l'école qui est visée, les enfants sont aussi classés via un indice socioéconomique censé être celui des parents, via le quartier où ils habitent. Bien sûr l'intention est d'aider les familles défavorisées, mais ce classement reste évidemment approximatif, et surtout, l'existence même de cette "étiquette" interpelle : suffit-il de répartir les jeunes dans les écoles sur base de ces critères pour régler les distorsions sociales ? De plus, ce critère socioéconomique permettrait d'autres utilisations d'exclusion que certains régimes totalitaires ont pratiquées ailleurs ... Et si Monsieur Maingain veut faire oeuvre utile, qu'il ajoute une 81e condition : l'abrogation du décret "Réforme des titres et fonctions", qui cherche à régler des problèmes du XXème siècle et qui, au XXIème bien engagé, a détruit, détruit et détruira encore bien des perspectives pédagogiques (EMILE-immersion, interdisciplinarité, etc.) et des vocations d'enseignants. Mais ceci est une autre histoire, qu'il faudra sans doute laisser pour la prochaine crise... [1] http://www.lalibre.be/debats/opinions/je-remercie-le-tirage-au-sort-51b8a37ce4b0de6db9b4c1e7 "Je remercie le tirage au sort" COLLECTIF DE DIRECTEURS D'ÉCOLES SECONDAIRES LLB Publié le lundi 08 décembre 2008