Il y a 2 ans, BeWapp lançait un projet-pilote dans 24 communes wallonnes. Le principe était de donner une petite récompense aux personnes ramassant des canettes abandonnées dans la nature et d'observer les changements éventuels au niveau des déchets sauvages.

Les résultats de ces tests sont attendus fin septembre et c'est en partie sur base de l'évaluation de ces projets-pilotes que les débats sur la consigne vont reprendre au parlement wallon.

Selon la majorité des bénévoles qui ramassent régulièrement les déchets sauvages et réclament la consigne à corps et à cris (1), les résultats de ces expériences ne sont pas fiables.

Pourquoi ce scepticisme ?

Parce que ces expériences pilotes sont totalement différentes de la réalité d'un système de consigne.

Tout d'abord, le montant récupéré est dérisoire : 5 cents alors que le montant de la consigne varie généralement entre 10 et 25 cents.

Ensuite, le système de récupération de la "prime" est extrêmement compliqué, voire décourageant, pour les utilisateurs. Pour bénéficier d'une prime-retour minime,il faut réaliser toute une série de démarches administratives ... alors que le système de consigne permet de récupérer son argent immédiatement.

Au niveau des communes, les machines promises par BeWapp n'ont pas été fournies en nombre suffisant, ce qui a engendré une charge de travail fastidieuse pour les ouvriers communaux de certaines communes pilotes.

En Allemagne, il n'y a presque pas de canettes par terre et une étude commanditée par le gouvernement néerlandais conclut que la consigne réduit la présence de bouteilles et canettes dans la nature de 70 à 90 pourcent.

La vraie consigne

Ces projets-pilotes ne sont donc pas comparables au vrai système de consigne que nos voisins allemands et néerlandais, par exemple, pratiquent quotidiennement. Ceux-ci récupèrent le montant de la consigne facilement dans la plupart des points de vente. La consigne est plus élevée, de 10 à 25 cents et constitue un véritable incitant à ne pas jeter sa canette ou bouteille vide dans la nature. La consigne permet d'obtenir d'énormes améliorations au niveau de la propreté publique. En Allemagne, il n'y a presque pas de canettes par terre et une étude commanditée par le gouvernement néerlandais conclut que la consigne réduit la présence de bouteilles et canettes dans la nature de 70 à 90 pourcent. (2) Jusqu'à dix fois moins de canettes au bord des routes donc.

La philosophie "prime retour" est complètement différente de la philosophie "consigne". La prime retour n'est qu'un minime incitant à ramasser (5 cents) alors que la consigne est à la fois un incitant à ramasser et un réel incitant à ne pas jeter. Chaque fois qu'un incivique jette une canette consignée, il perd 10 à 25 cents. Si il continue à jeter, la punition à la fin du mois est sévère et réellement dissuasive !

De plus, le système "prime retour" n'est pas tenable à long terme car il est coûteux. Chaque fois que quelqu'un rapporte une canette, une instance (privée ou publique) doit payer une certaine somme. Tandis que la consigne est intégrée dans le prix d'achat et récupérée intégralement quand le consommateur rapporte le contenant. Personne ne doit injecter de l'argent dans le système, la consigne n'est rien de plus qu'une caution sur l'emballage.

Aucun pays n'a jamais abandonné la consigne

La consigne se finance par elle-même et est une solution durable. Aucun pays qui l'a instaurée, ces dernières décennies, n'a abandonné le système. Elle est d'application depuis longtemps dans 40 pays, dont les pays scandinaves et l'Allemagne. Aux Pays-Bas, la consigne a démarré le 1er juillet 2021 sur les petites bouteilles en plastique et les Néerlandais constatent déjà une diminution visible du nombre de bouteilles en plastique dans la nature. (3) Une mesure environnementale qui apporte des résultats concrets en 2 mois, ce n'est pas banal ! De son côté, le Québec va bientôt étendre son système de consigne à de nouveaux contenants. Par contre, un système de "prime au retour" n'existe nulle part ailleurs au monde.

La consigne se finance par elle-même et est une solution durable. Aucun pays qui l'a instaurée, ces dernières décennies, n'a abandonné le système.

Autre source de circonspection

La circonspection des "pro-consigne" vient aussi du fait que le système a été mis sur pied par les instances qui se sont régulièrement exprimées contre la consigne, qui n'en veulent pas et qui semblent seulement chercher à "gagner du temps".

À cet égard, il y a un conflit d'intérêt clair dans le chef de BeWapp, l'ASBL qui était chargée de mettre sur pied l'expérience pilote : l'organisme a, en effet, été créé par FostPlus, organisme privé financé par l'industrie, qui se positionne ouvertement et depuis longtemps contre la consigne.

Par ailleurs, il n'est pas anodin de noter que BeWapp censure systématiquement les messages pro-consigne sur les réseaux sociaux. Il semble que BeWapp veut bien exploiter la bonne volonté des "pigeons ramasseurs", mais refuse d'envisager la mise en place d'un système qui faciliterait grandement le travail des ramasseurs bénévoles. Un article récent du Soir fait d'ailleurs la lumière sur le fait que les "grands nettoyages" de BeWapp, auxquels des bénévoles participent avec entrain, sont en réalité des "armes anti-consigne".(4)

Il semble que BeWapp veut bien exploiter la bonne volonté des "pigeons ramasseurs", mais refuse d'envisager la mise en place d'un système qui faciliterait grandement le travail des ramasseurs bénévoles.

Pourtant, malgré l'opposition du monde de l'industrie, le mouvement est en marche.

À ce jour, plus de 53 % des communes belges, dont 106 communes wallonnes, ont adhéré à l'Alliance pour la consigne (5) - un groupement de communes et d'entités soutenant l'instauration d'un système de consigne - entre autres la commune d'Hamoir, dirigée par M. Patrick Lecerf (MR) - leader des bourgmestres au niveau de ce "combat".

Après les pétitions citoyennes adressées au parlement bruxellois et wallon, une pétition parlementaire est en phase de récolte côté flamand, elle doit rassembler 15 000 signatures pour générer une audition par le parlement flamand. (6)

Le débat consigne est donc relancé et de nombreux acteurs de la question devraient être auditionnés dès le 19 octobre 2021. Les "pigeons ramasseurs" se demandent : Quelle place sera laissée aux industriels ? Quelle place aux défenseurs de l'intérêt public ? Ils comptent bien se faire entendre.

Régine Florent, initiatrice de la pétition adressée au parlement wallon.

Références

Il y a 2 ans, BeWapp lançait un projet-pilote dans 24 communes wallonnes. Le principe était de donner une petite récompense aux personnes ramassant des canettes abandonnées dans la nature et d'observer les changements éventuels au niveau des déchets sauvages.Les résultats de ces tests sont attendus fin septembre et c'est en partie sur base de l'évaluation de ces projets-pilotes que les débats sur la consigne vont reprendre au parlement wallon.Selon la majorité des bénévoles qui ramassent régulièrement les déchets sauvages et réclament la consigne à corps et à cris (1), les résultats de ces expériences ne sont pas fiables.Parce que ces expériences pilotes sont totalement différentes de la réalité d'un système de consigne. Tout d'abord, le montant récupéré est dérisoire : 5 cents alors que le montant de la consigne varie généralement entre 10 et 25 cents.Ensuite, le système de récupération de la "prime" est extrêmement compliqué, voire décourageant, pour les utilisateurs. Pour bénéficier d'une prime-retour minime,il faut réaliser toute une série de démarches administratives ... alors que le système de consigne permet de récupérer son argent immédiatement.Au niveau des communes, les machines promises par BeWapp n'ont pas été fournies en nombre suffisant, ce qui a engendré une charge de travail fastidieuse pour les ouvriers communaux de certaines communes pilotes.Ces projets-pilotes ne sont donc pas comparables au vrai système de consigne que nos voisins allemands et néerlandais, par exemple, pratiquent quotidiennement. Ceux-ci récupèrent le montant de la consigne facilement dans la plupart des points de vente. La consigne est plus élevée, de 10 à 25 cents et constitue un véritable incitant à ne pas jeter sa canette ou bouteille vide dans la nature. La consigne permet d'obtenir d'énormes améliorations au niveau de la propreté publique. En Allemagne, il n'y a presque pas de canettes par terre et une étude commanditée par le gouvernement néerlandais conclut que la consigne réduit la présence de bouteilles et canettes dans la nature de 70 à 90 pourcent. (2) Jusqu'à dix fois moins de canettes au bord des routes donc. La philosophie "prime retour" est complètement différente de la philosophie "consigne". La prime retour n'est qu'un minime incitant à ramasser (5 cents) alors que la consigne est à la fois un incitant à ramasser et un réel incitant à ne pas jeter. Chaque fois qu'un incivique jette une canette consignée, il perd 10 à 25 cents. Si il continue à jeter, la punition à la fin du mois est sévère et réellement dissuasive !De plus, le système "prime retour" n'est pas tenable à long terme car il est coûteux. Chaque fois que quelqu'un rapporte une canette, une instance (privée ou publique) doit payer une certaine somme. Tandis que la consigne est intégrée dans le prix d'achat et récupérée intégralement quand le consommateur rapporte le contenant. Personne ne doit injecter de l'argent dans le système, la consigne n'est rien de plus qu'une caution sur l'emballage. La consigne se finance par elle-même et est une solution durable. Aucun pays qui l'a instaurée, ces dernières décennies, n'a abandonné le système. Elle est d'application depuis longtemps dans 40 pays, dont les pays scandinaves et l'Allemagne. Aux Pays-Bas, la consigne a démarré le 1er juillet 2021 sur les petites bouteilles en plastique et les Néerlandais constatent déjà une diminution visible du nombre de bouteilles en plastique dans la nature. (3) Une mesure environnementale qui apporte des résultats concrets en 2 mois, ce n'est pas banal ! De son côté, le Québec va bientôt étendre son système de consigne à de nouveaux contenants. Par contre, un système de "prime au retour" n'existe nulle part ailleurs au monde.La circonspection des "pro-consigne" vient aussi du fait que le système a été mis sur pied par les instances qui se sont régulièrement exprimées contre la consigne, qui n'en veulent pas et qui semblent seulement chercher à "gagner du temps".À cet égard, il y a un conflit d'intérêt clair dans le chef de BeWapp, l'ASBL qui était chargée de mettre sur pied l'expérience pilote : l'organisme a, en effet, été créé par FostPlus, organisme privé financé par l'industrie, qui se positionne ouvertement et depuis longtemps contre la consigne.Par ailleurs, il n'est pas anodin de noter que BeWapp censure systématiquement les messages pro-consigne sur les réseaux sociaux. Il semble que BeWapp veut bien exploiter la bonne volonté des "pigeons ramasseurs", mais refuse d'envisager la mise en place d'un système qui faciliterait grandement le travail des ramasseurs bénévoles. Un article récent du Soir fait d'ailleurs la lumière sur le fait que les "grands nettoyages" de BeWapp, auxquels des bénévoles participent avec entrain, sont en réalité des "armes anti-consigne".(4)Pourtant, malgré l'opposition du monde de l'industrie, le mouvement est en marche.À ce jour, plus de 53 % des communes belges, dont 106 communes wallonnes, ont adhéré à l'Alliance pour la consigne (5) - un groupement de communes et d'entités soutenant l'instauration d'un système de consigne - entre autres la commune d'Hamoir, dirigée par M. Patrick Lecerf (MR) - leader des bourgmestres au niveau de ce "combat".Après les pétitions citoyennes adressées au parlement bruxellois et wallon, une pétition parlementaire est en phase de récolte côté flamand, elle doit rassembler 15 000 signatures pour générer une audition par le parlement flamand. (6)Le débat consigne est donc relancé et de nombreux acteurs de la question devraient être auditionnés dès le 19 octobre 2021. Les "pigeons ramasseurs" se demandent : Quelle place sera laissée aux industriels ? Quelle place aux défenseurs de l'intérêt public ? Ils comptent bien se faire entendre.Régine Florent, initiatrice de la pétition adressée au parlement wallon.Références